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Le premier tome de cette magnifique anthologie de la peinture et de la calligraphie est consacré aux textes fondateurs des Han aux Sui.

Chaque traité est replacé dans son contexte historique, véhicule des valeurs et des critères formateurs de l’esthétique, puis exposé, traduit, annoté et commenté.
Peinture et calligraphie ne peuvent être envisagées hors d’une transmission initiatique. Yolaine Escande restitue avec rigueur le caractère initiatique de la voie du pinceau.
Dans la présentation de l’ouvrage, Philippe Sers apporte des indications utiles au lecteur :
« La lecture de ces traités permet de réaliser d’abord que le « beau » n’est pas une catégorie opératoire et que l’esthétique en tant que science du beau n’existe pas dans l’art chinois. Si des catégories de classement y sont employées, elles concernent avant tout les artistes et non les œuvres. Des catégories telles que le beau, le sublime, le gracieux, le tragique, etc., sont donc absentes de la théorie. En outre, faire l’expérience d’une œuvre d’art ne se limite pas à la rencontre d’un objet autonome ayant des qualités esthétiques, idéologiques, morales, religieuses ou didactiques, mais induit la rencontre intime avec son auteur. La description à visée « objective » des œuvres n’est donc pas prédominante dans la théorie traditionnelle. Ce qui intéresse les théoriciens est le rapport établi entre le spectateur et l’artiste, par le truchement de l’œuvre, au détriment de celui qui peut exister entre l’objet représenté et l’œuvre. (…)
Donner accès à des traités sur l’art n’implique pas seulement des problèmes classiques de traduction ; la difficulté tient à ce que le vocabulaire employé est identique à celui des autres activités du lettré et que son sens ne peut être perçu qu’à travers une transmission initiatique, de maître à élève, offrant la possibilité de comprendre sa spécificité. En Chine, l’esthétique comme la philosophie ne sont pas en effet considérées comme des activités en soi, mais comme des éléments de la vie de tout lettré. »
Le lecteur intéressé par l’art trouvera dans ces traités des dimensions peut-être insoupçonnées de la peinture et de la calligraphie. Le pratiquant des voies d’éveil sera frappé du caractère initiatique de la simplicité.

texte: Le Crocodile, http://lettreducrocodile.over-blog.net