1 1 1 1 1 1 1 1 1 1

Ce très beau livre retrace l’histoire de la calligraphie chinoise à travers ses grands calligraphes. Avec la calligraphie, c’est toujours la profonde philosophie chinoise qui s’exprime, comme le remarque Shi Bo :
« Leurs œuvres reflètent parfaitement les conceptions chinoises de l’univers régies par la fameuse théorie du Yin et du Yang, l’ancestral principe de l’équilibre, et par l’omniprésent critère du Vide.

En effet, pour les Chinois, le Vide est non seulement présent, mais encore considéré comme le pivot de tout le système philosopho-culturel. Le Vide n’est pas flou, encore moins néant. Bien au contraire, il est très dynamique et susceptible de multiples métamorphoses ; il est souvent une autre expression de la plénitude. A travers les œuvres de ces Dieux de calligraphie, on constate que le Vide garantit l’équilibre, renferme des souffles vitaux et nous entraîne dans le monde invisible mille fois plus émouvant, pittoresque et vivant que notre monde visible. »
A propos de Wang Xizhi (IVème siècle) connu comme le « Dieu de la calligraphie », dont la Préface au Pavillon Bleu constitue la référence absolue en matière de calligraphie, il relate l’événement suivant, très significatif :
Le père de Wang Xizhi, lui-même calligraphe réputé, donna à son fils, dès l’âge de trois ans, une préceptrice renommée, Madame Wei. « Cette dernière commença ses cours par des promenades dans le jardin et à la campagne, montrant et expliquant à l’enfant les différentes lignes présentes dans la nature, celle du bambou droit, de l’herbe tortueuse, de la chute d’eau gracieusement rectiligne ou encore celle du vol courbe d’un oiseau dans le ciel. Au bout d’un mois, le jeune apprenti n’avait pas touché un pinceau et son père, inquiet, convoqua la préceptrice qui s’expliqua alors dans ces termes :
Votre Excellence le Premier ministre, la calligraphie s’inspire des souffles de la nature. Si un élève ne connaît pas l’équilibre entre le Vide et le Plein qui prédomine dans la nature, il pourra bien sûr apprendre l’art calligraphique mais il ne deviendra jamais un brillant calligraphe. Nos promenades dans les champs et les montagnes servent à donner à votre fils une base solide de la philosophie traditionnelle qui lui permettra de construire d’immenses œuvres artistiques.
Wang Xizhi apprit ainsi à se familiariser avec la philosophie chinoise qui se caractérise par l’équilibre entre le Yin et le Yang, le Vide et le Plein, le Visible et l’Invisible, et seulement ensuite avec les techniques du pinceau. »