La salive de la lune : surréalisme et alchimie
En étudiant les liens qui unissent surréalisme et alchimie, Patrick Lepetit analyse, de manière inédite et en s’appuyant sur des documents rares ou jamais publiés auparavant, les liens qu’après Rimbaud, certains des amis ou compagnons de route d’André Breton ont initialement établi entre littérature et alchimie, dès les origines du mouvement et jusque dans l’après-guerre.
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Il met aussi en évidence l’influence parfois déterminante sur leurs recherches poétiques et sur leurs œuvres des travaux alchimiques, spéculatifs aussi bien qu’opératifs, auxquels se sont livrés ces hommes et femmes discrets, férus d’hermétisme et proches d’Eugène Canseliet, le disciple du mystérieux auteur du Mystère des Cathédrales et des Demeures Philosophales, Fulcanelli.
Une Alchimie envisagée comme moteur du monde, « Qand sel y est »...
Les travaux des contemporains Philippe Sollers et Bernard Roger mais aussi de René Alleau, Jorge Camacho, Élie-Charles Flamand seront ainsi passés au fil de la loupe de Patrick Lepetit. Une loupe, qui à l’instar de la lune et ses pouvoirs réfléchissants embrasera les cœurs et fera jaillir la première étincelle de nos fourneaux intérieurs…
Un livre paru en 2023 chez Selena Editions
Extrait de la vidéo
et de l'occultisme, un terme du reste fourre-tout créé un peu auparavant par Eliphas Lévy. Les surréalistes de la première génération ont baigné pendant le temps de leur formation intellectuelle, au cours de l'immédiatisme, et ont été les premières à s'intégrer à l'intellectualisation. C'est pour ça qu'il y a eu la création de l'intellectualisation. C'est pour ça qu'il y a eu la création de l'intellectualisation.
C'est pour ça qu'il y a eu la création de l'intellectualisation. C'est pour ça qu'il y a eu la création de l'intellectualisation. Les surréalistes de la première génération ont baigné pendant le temps de leur formation intellectuelle, au cours de l'immédiate avant-guerre, dans ce bouillonnement intellectuel qui, en réaction contre l'hégémonie positiviste dominante, agite alors les milieux ésotéristes et se trouve caractérisé par l'émergence de multiples sociétés plus ou moins secrètes, comme les différents ordres de Rose-Croix en France ou la Golden Dawn anglaise, ainsi que les nombreuses publications de personnalités comme Lévy lui-même, Papus ou Helena Blavatsky.
Et ils sont tous également, ces surréalistes, au moins en partie, les héritiers de ces poètes maudits, entre guillemets, Nerval, Baudelaire, Pau, qui, selon André-Roland Renéville, le sont en raison du fait qu'ils suivent une direction proche des sciences dites maudites, puisqu'ils épuisent le fondement même de leurs pensées. Comme j'ai déjà eu l'occasion de le montrer dans mes livres, André Breton et ses amis ont de fait toujours manifesté le plus vif intérêt pour l'ésotérisme sous toutes ses formes et pour l'alchimie en particulier, cet art de musique, cet art magique traditionnel, comme dit René Allaud, que Gaston Bachelard disait traversé par une immense rêverie sexuelle, par une rêverie de richesse et de rajeunissement, par une rêverie de puissance.
Breton en personne, du reste, l'identifie directement dans sa lettre voyante à une, je cite, « vérité morale, celle qui sous-tend la quête de l'or du temps, ce moteur perpétuel du surréalisme » comme dit Eugène Cancelier, « par laquelle lui, comme ses proches, se trouve engagé, celle que recherchait sans doute déjà Nicolas Flamel et les autres disciples de la science d'amour, fondée sur la loi universelle d'analogie par laquelle communiquent tous les règnes et tous les niveaux d'existence.
» Et à cet égard, on se gardera bien de minimiser le contenu symbolique de la Maxime de 1924, choisie après sa mort par ses amis pour figurer comme épitaphe sur sa tombe, « je cherche l'or du temps ». L'attirance des surréalistes pour le grand art remonte ainsi pratiquement aux origines du mouvement et elle ne fera avec les années qu'aller en s'approfondissant, Breton entretenant encore essentiellement lors de leur première rencontre, le 20 avril 1960, le jeune Philippe Solers d'Alchimie.
N'indique-t-il pas déjà, en effet, les gens assez intéressés lorsqu'ils écrivent sur l'un de leurs célèbres papillons qu'ils diffusent dans les années 1920, « Vous qui avez du plomb dans la tête, fondez-le pour en faire de l'or surréaliste ». Convient du reste, à cet égard, de bien prendre en considération que c'est dès le second manifeste du surréalisme, donc en 1929, que Breton déclare explicitement « je demande qu'on veuille bien observer que les recherches surréalistes présentent avec les recherches alchimiques une véritable analogie de but.
La pierre philosophale n'est rien d'autre que ce qui devrait permettre à l'imagination de l'homme de prendre sur toute chose une revanche éclatante et nous voici à nouveau, après des siècles de domestication de l'esprit et de résignation folle, à tenter d'affranchir définitivement cette imagination par le long, immense, raisonné dérèglement de tous les sens et le reste ». Et même s'il ne fut pas un initié, parce que poursuivre ses connaissances alchimiques, c'était pour lui privilégié une voie particulière, même s'il n'est jamais allé lui-même au fourneau, comme on a coutume de dire, écrivant même plus tard à René Allaud, un homme sur lequel je reviendrai, qu'il persiste à buter contre la nécessité qu'il n'arrive pas à faire sienne organiquement de ce travail pratique de l'alchimie, Richard Danier a montré très clairement que la description d'une alchimie opérative telle aussi parallèle des transformations intérieures du poète est un authentique fil rouge qui court à travers en particulier les trois grands récits du principal animateur du mouvement, Nadja, L'amour fou et Arkane 17.
Et c'est à juste titre encore que Danier fait observer que c'est sur les bases de la pensée magique que Breton effectuera une démarche analogue à celle des alchimistes. Ces derniers, à partir des postulats traditionnels de la haute magie, n'ont d'autre but que de rendre la vie, de refaire à l'échelle de l'homme, du microcosme, ce que Dieu, ou le moteur du monde dans une terminologie moins religieuse, fit sur le cosmos.
Je cite, Ce n'est rien moins que ce que veulent les surréalistes, continue-t-il, précisant que ceux-ci veulent que l'homme rompe avec son univers étriqué, lui accorder le don de voyance, le faire pénétrer dans les mystères du cosmos, métamorphoser l'homme, et par là, le monde. Mais cet intérêt de Breton pour la philosophie par le feu n'apparaît pour assez dire au grand jour qu'en 1952, lorsqu'il invite un certain nombre de ses amis à assister en sa compagnie aux conférences sur l'alchimie, il y en aura 25 en tout, données par René Allaud à la Société de géographie, et dont Breton a écrit dans Medium que c'est de la crème du lait de vierge.
Lui-même alchimiste opératif, René Allaud, qui deviendra le directeur de la Bibliotheca Hermetica aux éditions de Noël-Retz, consacrée à la réédition des grands classiques de la magie, de l'astrologie et de l'alchimie, est l'un de nos plus éminents spécialistes de l'histoire de la pensée symbolique et des sciences dites hermétiques, auteur notamment d'Aspect de l'alchimie traditionnelle et de la science des symboles, contribuant à l'étude des principes et des méthodes de la symbolique.
Pour camper une atmosphère, disons que l'auteur de Nadja l'avait probablement rencontré chez le docteur Henri Unwald, où se retrouvait aussi Eugène Cancellier, l'héritier spirituel tout autant que le rédacteur puis le propagateur des œuvres du plus célèbre alchimiste du XXe siècle, l'adepte de Fulcanelli, mais aussi Gaston Sauvage, Claude Digé, lui-même disciple de Cancellier, Jean Palou, l'historien d'afro-maçonnerie, et peut-être Bernard Rogé, l'auteur de l'essentiel Paris et alchimie, promenade dans la ville-lumière sur les pas des fils de science.
Halo, en tout état de cause, est l'homme qui joue un rôle déterminant dans le rapprochement entre surréaliste et alchimiste. Quant au docteur Unwald, chez qui se tenaient ces rencontres qui, du reste, sont évoquées dans la première partie du portrait de l'artiste en jeune singe d'un jeune homme proche du groupe, Michel Buthor, c'est un réfugié politique venu de Hongrie qui, nous dit Buthor, je cite, devait pouvoir exercer la médecine en France pour pouvoir exercer la médecine en France, soutenir une nouvelle thèse sur Paracels dont il était l'un des grands spécialistes.
Fin de citation. Ce personnage de Unwald, apparemment aussi discret et mystérieux qu'influent, sur lequel nous n'avons, malgré tout, que très peu d'informations, maître est-ce fantôme, qui possédait naturellement toutes les œuvres de Jacob Böhm, et fondateur du cercle Hermès, était franc-maçon et apparenait certains de ses amis dans sa loge, la loge Theba, celle aussi, jadis, de René Guénon. Comme le rappelle Henri Dessoubaud, Buthor, dans son capriccio prétendument autobiographique dont le titre contient au moins deux termes qui évoquent l'alchimie, l'artiste, au Moyen-Âge, étant un des noms utilisés pour désigner les alchimistes qui était perçu comme sage de nature, Buthor, donc, est l'un des rares à parler du docteur Hache, un homme dont l'âge nous est précisé.
Je cite, il ne devait pas avoir plus d'une quarantaine d'années, mais que le narrateur va sans cesse vieillir et que plus loin, il associera, du seul fait qu'il est hongrois, à, je cite, l'homme de grande vieillesse du théâtre alchimique. À la suite de Serge Hultin,