Richesse et mystères des musiques indiennes traditionnelles Dhrupad, Khyal et carnatique

L’Inde est un pays continent dont l’histoire, les arts et la cosmogonie sont d’une richesse inouïe. Tenter de nous faire découvrir les multiples facettes de sa musique traditionnelle en soixante minutes, tel est le projet du réalisateur Thomas Coispel. Une véritable gageure, qui reviendrait, si l’on tentait la comparaison, pour un chercheur indien de s’interroger, à la fois, sur la diversité et le continuum qui lierait en Europe le compositeur nordiste Edvard Grieg au flamenco sudiste des Gipsy Kings...!  Sa démarche : aller puiser dans les racines de la nation, son histoire et sa spiritualité.

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Sous l’écorce des différences apparentes, mettre en évidence un noyau, une perle commune : un élan vers le haut. 

Ainsi, en compagnie d’Emmanuelle Martin (Carnatique), Michel Guay (Khyal) et Jérôme Cormier (Dhrupad), trois professeurs et interprètes aguerris, nous vous proposons d’entrer dans "l’expérience esthétique" de cette musique orientale.

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A travers cette musicalité, et ses fameux "ragas" dont les contraintes varient selon les latitudes de l'Inde, se tisse au fil des notes et des partitions, une sorte d'intimité d'ordre mystique. Un seuil où les mots deviennent désuets. Une émotion qui ne relève plus de la sphère "culturelle", mais bien du rapport avec "l’Ineffable" !

Extrait de la vidéo

Jérôme répète le Raga Bero, un mode musical qui accompagne le lever du jour dans le nord de l'Inde. A 8000 kilomètres de ce petit coin d'Eurellois, le maître indien de Jérôme a fait de même cinq heures plus tôt. Chaque raga est une suite d'intervalles entre certaines notes de la gamme qui doivent être jouées dans un ordre spécifique. Ces règles constituent le canevas à partir duquel le chanteur de Drupal va explorer une mélodie dont il peut découvrir chaque jour de nouveaux détails.

Le Drupad date du XVe siècle, c'est le plus ancien style de la musique hindoustanique qui s'est développé dans les cours de Maharaja moghol dont les ancêtres venaient de l'ancienne Perse. Le Drupad est donc au confluent des traditions musicales et philosophiques d'une grande partie de l'Asie du Sud-Est. Si les musiques indiennes sont formées autour d'un ensemble de techniques vocales, rythmiques et mélodiques, sont-elles également autant de chemin d'initiation ?

On peut parler des chakras, mais en prenant des pincettes, parce qu'il n'y a pas un mode d'emploi où vous allez faire ceci, ça va toucher tel chakra. On a une théorie communément admise en Inde. On partirait de la base, de la terre, le chakra racine, avec Donc ça c'est la théorie. Après il y a vraiment dans le corps, on sent que selon qu'on chante plus aiguë ou plus grave, c'est des zones différentes qui sont appelées et donc il y a forcément un rapport.

On peut faire toujours l'analogie entre le corps et l'univers et la manifestation cosmique. Donc c'est sûr que si vous chantez des notes aiguës, vous serez beaucoup plus dans le front. Et là c'est beaucoup plus l'abdomen, la note se transforme quasiment en pure vibration à un moment. Et dans le Drupad on a cette singularité qui est le Gamak, qui est aussi utilisé en Mais disons, il y a beaucoup de sortes de Gamak dans le Drupad.

Le Gamak se présente comme ça, c'est une manière, c'est une sorte d'oscillation, encore une fois, de l'oscillation rapide avec un arrêt sur une note. Et plus on descend, plus on va avoir encore ce rapport à la terre. Et donc là il y a un rapport, il y a une notion importante qu'on peut peut-être lire dans cette histoire des chakras, c'est que pour atteindre quelque chose de céleste, on doit toujours avoir une base solide, terrestre, dans notre condition d'existence.

Quand vous chantez une note, c'est une fréquence. On va dire que là sur Do, on est à peu près dans ce Do-là, autour de 131 Hertz. Et donc si vous chantez, par exemple, une note, un intervalle assez simple, on va dire le deuxième intervalle le plus simple, après l'octave qui est la même note au-dessus. Ça c'est l'octave, ça c'est 2 sur 1.

C'est-à-dire que la fréquence, c'est-à-dire la rapidité de battement qui fait la note, est multipliée par 2. Cette complexification est intéressante parce que ce n'est pas, par exemple, en montant dans les notes que ça va se complexifier. La deuxième la plus simple, elle est au milieu à peu près de l'octave, c'est la 15. Donc imaginez tous ces rapports que le corps perçoit, parce que c'est des lois d'acoustique.

Par exemple, un intervalle si étrange, c'est 16 sur 15. Et là, vous passez sur un 5 sur 4. C'est beaucoup plus simple, beaucoup plus clair. Et donc vous passez à des états plus ou moins complexes, vibratoires, je dirais, dans le sens sonore, audible.

Et c'est vrai qu'on peut tracer une sorte d'analogie par rapport à ce que moi, j'ai pu apprendre dans mon parcours personnel de la mystique iranienne. C'est-à-dire qu'il y a une idée de cycle, en fait, dans l'existence. Et donc dans l'existence présente, une idée de cycle où on partirait d'un paradis originel qui serait un paradis commun à toute l'espèce et même à toute l'existence peut-être, qu'on appellerait un observateur comme ça initial, qui peut s'assimiler dans les traditions qu'on connaît monothéistes à ce fameux paradis perdu, on peut dire, c'est-à-dire paradis originel.

Mais qui est un paradis d'ignorance parce que c'est une étape où l'observateur n'a pas encore vécu une sorte de déclinaison de l'être qui est comme ça initial, unique, un, ce fameux un qu'on trouve dans pratiquement toutes les cosmogonies, les cosmologies, où il y a un être initial qui va petit à petit se subdiviser pour créer la multiplicité, la fameuse dualité dont on parle souvent et qui est l'un des aspects les plus fondamentaux de cette fameuse séparation de la source comme en parlent beaucoup les traditions.

Et donc il va y avoir une complexification petit à petit de l'existence qui va mener cet observateur évidemment à se subdiviser, à se refléter on va dire dans des formes de plus en plus complètes, c'est-à-dire qu'on va gagner des couches, il y a la couche temporelle, il y a la couche spatiale, il y a encore d'autres couches plus subtiles, la couche de la division entre individus, la dualité c'est une des premières et les dernières du coup à disparaître.

Donc toutes ces couches c'est des complexifications de l'être et on peut faire une analogie dans ce cycle-là avec la musique et c'est sans doute pour ça qu'elle a souvent, pratiquement toujours été associée à ces disciplines qui visaient à se réunir comme ça à la source

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