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Yolaine Escande est sinologue et calligraphe, chargée de recherche au CNRE/EHESS, chargée de cours de calligraphie chinoise à l’Ecole d’architecture de Paris-la-Villette et de cours de philosophie chinoise de Paris X-Nanterre.
Si ce cours est consacré à la calligraphie de l’écriture sigillaire, il touche bien sûr à la dimension même de l’être tant la calligraphie touche immanquablement l’expérience du Réel. Pilippe Sers dans son introduction précise le lien entre art et éveil et avertit sur la nécessité d’éviter tant l’écueil d’une tradition figée qu’une rupture radicale qui serait sans fondement :
« La Chine met tout cela en évidence. L’art y est relation entre l’œil, le geste et le monde. C’est une discipline d’écriture commençant d’abord avec soi, car l’apprentissage de la calligraphie sert à améliorer sa personnalité et lorsqu’on copie, il s’agit de copie des modèles reconnus pour leurs qualités morales, c’est-à-dire de repasser par l’expérience des autres. (…) Comme chez Le Corbusier, l’art a une mission de définir le point de départ de l’harmonie entre l’homme et le monde. Mais la Chine exclut toute géométrisation rigide qui fixerait la vie. Le caractère est un possible de la forme, fruit d’une rencontre entre les éléments naturels de l’esprit humain. La combinaison des caractères devient alors l’image de la mystérieuse compossibilité des individus, tandis que l’espace qui les entoure véhicule toutes les virtualités, ou plutôt l’énergie mystérieuse qui est à leur origine, ce silence ineffable de l’Être dont nous entretient si bien la brume des paysages de montagne chinois. C’est en ce sens que Shitao nous parle de l’unique trait de pinceau comme unique origine des choses qui se fait trait de pinceau par le geste de l’artiste. L’œuvre calligraphique, l’écriture chinoise est une unité organique qui nous parle aussi de cette origine. Les pages qui suivent nous entretiennent de tout cela comme elles nous montrent le dialogue des caractères entre eux, perçu par le regardeur grâce au parcours oculaire. Tous ces éléments caractérisent une expérience que confirme le principe d’apposer un sceau sur l’œuvre en tant que marque d’authentification et d’emblème de transmission. Le rouge des regards extérieurs sur l’œuvre. »
L’excellence de ce cours, la subtilité des remarques et des commentaires de Yolaine Escande assigne clairement à la calligraphie la « fonction » de voie d’éveil.