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Odon Vallet s'attaque ici à forte partie mais son souci du mot juste, sa sagacité d'historien et d'amoureux des langues fait merveille et le voilà qui pourfend avec bonheur les lieux communs, les contre-sens et les confusions. Par exemple ? L'Islam n' a pas de clergé, Le célibat des prêtres date seulement du Moyen Age, La capitalisme est né du protestantisme, Le christianisme est la religion de l'Amour, La Paradis est une création de la Bible, Le syncrétisme est une perversion des religions, etc.

Odon Vallet invite à la réflexion, à la nuance. Son petit lexique permet d'éviter ce que Paul Watzlawick appelle les " terribles simplifications " et les " utopies ".
Ainsi, il note combien le syncrétisme a mauvaise presse, "Pourtant, nous dit-il, aucune religion n'est mystiquement pure. Les traditions les plus vénérables sont composites et les croyances les mieux ancrées nomades. Le judaïsme a emprunté la circoncision à l'Egypte, les mythes de la création du monde à la Mésopotamie, les anges et le paradis à l'Iran, et le nom même de la synagogue aux Grecs. [...]
Le christianisme n'est pas seulement une synthèse d'histoire juive (l'Ancien Testament) et de philosophie grecque (l'amour platonique et l'ascèse stoïcienne). C'est aussi un syncrétisme du judaïsme " tardif " (la résurrection de la chair) et de la religion grecque ou romaine (le culte marial emprunte beaucoup à la vénération des chastes déesses Athéna ou Diane). [...]
L'islam est un syncrétisme du judaïsme (par la filiation d'Abraham et la foi monothéiste) et du christianisme (par l'hommage au prophète Jésus et à la virginité de Marie) dont il radicalise la tendance monophysite (Jésus est pleinement homme de Dieu mais nullement Dieu).[...]
Le boudhisme est un syncrétisme des croyances du védisme tardif (la spirale des existences successives ou samsâra) et du doute des agnostiques indiens (l'âme ou âtman n'a pas d'existence certaine). Il s'amalgame aux cultes animistes d'Indochine, voire au taoïsme chinois ou au shintoïsme japonais, pour donner les mélanges les plus divers. [...]"
Ce petit lexique, par la flexibilité intellectuelle qu'il apporte, empêchant toute identification radicale, par la distance qu'il impose, est aussi un véritable manuel de tolérance, l'occasion aussi de redécouvrir la richesse et la complexité du phénomène religieux.