Assomption de l’Europe : vers une communauté gnostique occidentale ?

Troisième et dernier volet de notre triptyque consacré à « Raymond Abellio (1907-1986) un mystique contemporain » et s’inscrivant à la suite des deux table-rondes : "Gnose et rationalité" suivie de "L’Edification de l’Homme intérieur". Ici, Françoise Bonardel, entourée de Daniel Verney, Eric Coulon et René Chaminade, va tenter d’aborder  la difficile question de  "l’Assomption de l’Europe", essai de Raymond Abellio paru chez Flammarion en 1954.

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51:07
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En préambule, Françoise Bonardel cite Raymond Abellio (phrases âgées de soixante ans mais n’ayant pas pris une ride) : " je n’ai pas à dénoncer mais à annoncer, dénoncer n’a jamais suffi, l’indignation soulage les nerfs sans nourrir l’esprit, et au contraire : qui annonce juste par-là-même, dénonce… ".

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A l’heure actuelle, où les mouvements d’indignation pullulent dans une grande confusion caractéristique de notre époque où l’horizontal tutoie le vertical,  nos intervenants vont tenter d’interpréter l’Europe que Raymond Abellio appelait de ses vœux : celle d’une communauté gnostique et non celle « des boutiquiers, des généraux ou des managers ».

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Selon vous, quels rapports les notions d’ "Occident" et d’ "Europe" entretiennent-ils ? L’un et l’autre forment-ils comme nous le dit Françoise Bonardel  "le terreau d’une transmutation" ? 
L’Europe des années 1950 ou 2010 se construit-elle selon vous sur  ses faiblesses, dans son conglomérat de "nations fatiguées" ,ou bien se constitue-elle  sur ses forces ?
Le gnostique, s’il  est celui qui a opéré sa transfiguration, peut-il s’adjoindre à une communauté ? Si oui que représente cette communauté  et quelles sont ses règles?
Quelle différenciation faire entre annonciation  et dénonciation ?
Eléments de réponses de nos quatre intervenants dans cette table ronde de 51 min.

Extrait de la vidéo

Alors nous abordons maintenant le troisième et dernier volet de ce triptyque consacré à l'œuvre, à la pensée de Raymond Avelio en nous intéressant maintenant à cette question non moins complexe que les précédentes qu'est la question de l'Europe telle qu'il l'envisage tout au moins dans le volume Assomption de l'Europe qui a été la matrice en quelque sorte de la structure absolue. Les deux précédentes émissions, je le rappelle, étaient consacrées d'une part à la question des rapports entre la connaissance et la gnose, en tout cas la science, la connaissance, la gnose, la partie la plus rationnelle donc de l'œuvre d'Avelio, la deuxième émission portant sur l'édification de l'homme intérieur.

Alors nous avons terminé justement la deuxième émission en faisant référence aux difficultés que pose la question qui est celle qu'Avelio aborde, à savoir celle d'une communauté et au fond c'est celle que nous retrouvons d'emblée dans Assomption de l'Europe, à savoir quelle communauté est encore possible et quel est le rôle, la responsabilité sans doute du gnostique, celui qui a opéré en lui cette transfiguration par rapport à l'élaboration, à la construction, si tant est que le mot est un sens pour Avelio dans ce contexte, de l'Europe, d'une Europe qui serait en voie d'Assomption et nous ne verrons évidemment pas d'une Europe bureaucratique et technocratique comme celle que nous connaissons.

Alors j'ai pensé introduire cette troisième partie par une remarque d'Avelio qui me paraît à tort ou à raison assez bien résumer sa position ambigüe là aussi ou en tout cas complexe par rapport à cette question. Avelio écrit « Je n'ai pas à dénoncer mais à annoncer. Dénoncer n'a jamais suffi. L'indignation soulage les nerfs sans nourrir l'esprit.

» C'est évidemment un propos que je cite avec une certaine jubilation dans le contexte actuel. Au contraire qui annonce juste par la même dénonce. Alors je crois que c'est assez intéressant, vous me direz ce que vous en pensez, par rapport non seulement à l'ensemble de l'attitude d'Avelio telle que nous l'avons abordé dans les émissions précédentes mais aussi par rapport spécifiquement à cette question de l'Europe.

C'est-à-dire quelle est la part de dénonciation et la part d'annonciation si on peut dire par rapport à la question de l'assomption où me semble-t-il le regard d'Avelio se fait prophétique. S'il y a un livre me semble où le regard d'Avelio remplit véritablement la tâche prophétique qu'il a annoncé vers un nouveau prophétisme, il me semble que c'est dans cet ouvrage. Donc est-ce que l'un ou l'autre d'entre vous a envie de rebondir je dirais sur cette dialectique de la dénonciation et de l'annonciation avant d'entrer plus précisément dans le vif du sujet, c'est-à-dire du rapport Europe-Occident en fait ?

Je crois qu'avant tout il faut bien se rendre compte qu'il y a une crise de l'Europe, ce qu'il dit Avelio aussi, dans la droite filiation de Husserl toujours, il y a une crise de la raison qui est d'abord liée à la crise de la rationalité. C'est incontestable comme la ration moderne, la raison moderne est omniprésente, elle a noyauté tous les domaines d'investigation du réel ou de rapport au réel, évidemment la crise de la raison entraîne une crise automatiquement de l'ensemble de l'Europe.

La dénonciation après comment se manifeste-t-elle si tant est qu'elle se manifeste explicitement chez Avelio par rapport à ce que vous venez de citer de lui ? Elle passe par la mise en évidence d'une intellectualité qui est incapable de fonder un avenir, ça c'est assez explicite, il appelle ça cette impossibilité qu'a l'intellectuel de fonder un avenir se retourne contre lui et crée une mauvaise conscience dit-il.

L'intellectuel contemporain aurait une mauvaise conscience de son impossibilité d'une certaine façon à fonder l'avenir. Donc là il y a une forme de dénonciation, ce n'est pas une dénonciation empirique, ce n'est pas un polémisme dans ce cas-là, mais c'est quand même quelque chose de très fondamental, c'est-à-dire qu'il remet en question la capacité qu'a l'intellectuel de mettre en oeuvre une démarche qui serait celle de la, là on rejoint le sujet que nous avons annoncé, qui est celle d'une fondation, d'une communauté humaine qui aurait pour nom l'Europe.

Communauté gnostique ? Alors oui, maintenant on peut annoncer qu'il s'agira d'une communauté gnostique. Il ne peut s'agir que d'une communauté gnostique. Qu'aux yeux d'Abelio, une communauté ne peut être que gnostique.

Et non plus politique. Voilà, ça on verra plus précisément après dans le rapport Europe-Occident. Est-ce que vous pensez que la crise dont vous rappelez très justement l'existence qui est au fondement même de la pensée d'Abelio, est-ce que d'un point de vue plus traditionnel, je me tourne à ce moment-là peut-être plutôt vers vous, est-ce que cette crise est un aspect, un épiphénomène de ce que Abelio appelle plus généralement la crise diluvienne ?

La crise diluvienne veut dire déluge ? Déluge, oui, bien sûr. Oui, certainement. Quel déluge ?

Est-ce qu'il y a vraiment une crise diluvienne ou simplement une crise, simplement ? Il emploie cette expression de crise diluvienne. Mais c'est son côté tragique. Le déluge est le point culminant d'une crise qui est, en ce qui concerne l'Europe, il me semble, quasiment permanente depuis que l'Europe existe.

Et qui est d'ailleurs beaucoup liée, comme disait Eric... Je le rappelle, je crois, dans le début de l'ouvrage « L'Assomption de l'Europe » que tous les essais de votre fédéralisme, vous ne l'étiez pas employé à d'autres époques, mais ça revient au même, ont échoué. Que ce soit par les empereurs d'Allemagne au Moyen-Âge, que ce soit dans l'époque moderne... Je sais qu'Henri IV avait un projet, par exemple, de cet ordre, d'unification de l'Europe, de politique...

Il y a même eu Charlemagne. Quand je disais les empereurs, il y avait Charlemagne dedans. Bon, Napoléon Hitler a échoué. Et Cabellio, dans son engagement politique que j'évoquais rapidement ce matin, qu'on qualifie de « collaborationniste » pendant la dernière guerre, a certainement caressé un moment avec une Allemagne vainqueur.

Très, très rapidement, certainement. Il n'était pas le seul. Non, il n'était pas le seul, bien sûr. Disons que ma question vise simplement, si vous voulez, à élargir le décor, enfin le champ de cette réflexion sur le rapport Europe-Occident, en rappelant, si tel est le cas, que, au fond, cette crise, qui est celle de l'Europe, s'inscrit, aux yeux de Cabellio, dans une crise plus large encore,

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