Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues de René Guénon

Nous sommes en 1921. Dans cette Europe encore meurtrie par le premier conflit mondial de 14-18, entend-t-on résonner, à nouveau, au loin, un son de tocsin…. Qui ose agiter, encore, cette alarme devenue trop familière alors que nos ruines sont encore fumantes et que les corps de nos enfants gisent toujours, par milliers, ensevelis dans les tranchées ? René Guénon, 34 ans, auteur encore méconnu du grand public, fait paraître son premier ouvrage Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues (Marcel Rivière Ed.). Contrairement à ce que son titre peut laisser supposer, cet ouvrage ne se limite pas à une simple description de la pensée hindoue....

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Ce premier ouvrage nous propose d’aller puiser aux racines des textes les plus anciens connus de l’humanité (les Vedas, XVème siècle A.V.J.-C. puis l’Advaita-Vedanta / Shankara, VIIIème siècle A.P.J.-C.) et, de cette façon, tente d'identifier les différentes origines de ce mal, pluriel, qui consume notre civilisation.  

Un rare consensus alliant « gauche » et « droite », des surréalistes jusqu’à l’Action Française!

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Assez étonnamment, dans ce paysage post-apocalyptique, Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues reçut un accueil enthousiaste et parvint même à réunir derrière lui des sensibilités aussi divergentes que celles des surréalistes, des universitaires du Collège de France, des néothomistes que de l’Action Française. Une « unanimité » (Pax Romana ?) dont pu se flatter Guénon dans ces années, mais qui sera éphémère. En effet, celle-ci s’effilochera au fur et à mesure que sa plume s’acèrera, mais ses propositions intellectuelles demeureront néanmoins toujours amplement écoutées. Et commentées.

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Dans la continuité de notre étude bibliographique, rigoureuse et objective, des ouvrages de René Guénon : après « La crise du Monde moderne », « Le Règne de la quantité », « Le Roi du Monde », nous approchons ici pas-à pas des vertigineux sommets de la métaphysique intégrale proposée par René Guénon. Son concept-clef de Tradition Primordiale, la notion de cyclicité du Temps et d’une transmission initiatique ininterrompue seront ainsi largement commentés.

Extrait de la vidéo

Bonjour à toutes et à tous, bienvenue sur Bagliss TV, nous allons aujourd'hui évoquer le contenu de l'introduction générale aux doctrines hindoues de René Guénon, et pour cela nous avons le grand plaisir d'accueillir M. Jean-Pierre Laurent et Jean-Marc Vivenza. Donc nos deux invités sont bien connus des habitués de Bagliss TV, mais je vais cependant les présenter de manière succincte. Je vais commencer par vous M.

Jean-Pierre Laurent, donc vous êtes historien, vous avez enseigné l'histoire des courants ésotériques à l'école des hautes études, vous êtes membre associé du groupe Société Religion-Laïcité du CNRS, alors non content d'avoir dirigé le cahier de l'Erne consacré à René Guénon, vous lui avez également consacré deux ouvrages, un ouvrage pionnier en 1975, Le sens caché dans l'œuvre de René Guénon, et un ouvrage un peu plus récent, paru en 2006 aux éditions d'Hervey, René Guénon, les enjeux d'une lecture.

M. Vivenza, vous avez un parcours de philosophe, d'historien de l'art et de musicologue. Dans votre œuvre philosophique, vous abordez de manière transversale, dites-vous, les questions du temps, de la dialectique et de l'ontologie, vous êtes notamment intéressé à Nagarjuna et aux logiciens indiens du troisième et quatrième siècles, vous êtes l'auteur d'innombrables livres, parmi lesquels vous en avez consacré quatre à René Guénon, donc ça commence en 2001 avec le dictionnaire de René Guénon, on poursuit en 2004 avec un complément, la métaphysique de René Guénon, ensuite un ouvrage un peu plus pointu, René Guénon et le rite écossais rectifié en 2009, et plus récemment, René Guénon et la tradition primordiale.

Donc, rentrons tout de suite dans le vif du sujet. Alors, en adepte de la trop fameuse méthode historique, comme dirait René Guénon, j'aimerais d'abord commencer par restituer l'ouvrage dans son contexte. Donc, l'ouvrage que je vais montrer à l'écran, voilà, Introduction générale des doctrines hindoues, donc là, c'est publié aux éditions Vega. Ce livre sort en 1921, René Guénon a 35 ans, c'est le premier livre qu'il publie, il a publié beaucoup d'articles auparavant, mais c'est son premier livre.

Et la première question que j'aimerais vous poser à vous, monsieur Jean-Pierre Laurent, c'est à qui s'adresse ce livre ? On sait que, par exemple, un autre livre, un autre chef-d'œuvre de René Guénon, Le règne de la quantité et les signes des temps, polémiquait de manière implicite avec des représentants du courant néotomiste tels que Jacques Maritain ou Étienne Gilson, et si on ne le sait pas, on a un peu de mal à comprendre au moins les huit premiers chapitres, alors, dans le cas de l'Introduction générale aux doctrines hindoues, à qui s'adresse René Guénon ?

Contre qui écrit-il cet ouvrage, monsieur Jean-Pierre Laurent ? Oui, c'est une excellente attaque, et effectivement, l'expression « d'où parle-t-il ? » a été une expression assez à la mode à un certain temps, elle est un peu passée maintenant, et là, c'est « pour qui parle-t-il ? ».

Alors, dans le cas de l'Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues, c'est une thèse, en fait. C'est une thèse de doctorat qui n'a pas marché pour diverses raisons, ce sera assez intéressant de les éclaircir, et qui en même temps se transforme en un livre grand public. Jusque dans les années 1910, Guénon a été immergé dans le monde occultiste, le monde des sociétés secrètes, de Papus, de Lagnos, etc.

Et puis, à la veille de la guerre, en 1912, il retourne sur les bancs de l'université, il va faire une thèse de philosophie, il va faire une licence de philosophie, et puis il va s'inscrire ensuite, pour un mémoire de maîtrise, un master 2, on dirait aujourd'hui, auprès d'un historien des sciences qui est Millot, avec qui il a une relation tout à fait personnelle. Ils s'écrivent pendant l'été, et Guénon demande conseil à Millot pour trouver un sujet en disant qu'il veut préparer l'agrégation, qu'il veut aussi faire une thèse, il voudrait mener les deux en même temps.

Et c'est Millot lui-même qui lui dit, le premier sujet, c'est les principes du calcul infinitésimal, il en fera un livre plus tard aussi, mais à mon avis, il lui dit, Millot, vous n'avez pas là de sujet particulièrement original. Après ce que j'ai compris, vous reprenez un peu les thèses de Renouvier, donc ce n'est pas l'objet d'une thèse. En revanche, ce que vous m'avez dit sur les Indes pourrait être très intéressant, c'est quand même assez extraordinaire, parce qu'après le livre, comme vous avez pu le voir, contient des torrents de critiques contre la science officielle, mais l'origine du livre vient tout à fait, et on ne peut plus, de la science officielle.

Et c'est Millot qui l'envoie au grand spécialiste universitaire de l'époque, qui est Sylvain Lévy, qui était professeur à l'école des hautes études, où d'ailleurs Guénon a été inscrit en réalité, et qui était à ce moment-là, au moment où on lui propose la thèse de Guénon, il est professeur au Collège de France, c'est vraiment les sommités universitaires auxquelles il s'adresse. Et Lévy va donner une réponse qui est tout à fait encourageante, en disant, ça correspond un peu à ce que je pense, bien que ça va probablement vous faire hurler de me lire, c'est un peu la vision de l'Inde que j'ai, et je pense qu'effectivement ça pourrait être un sujet extrêmement intéressant.

Et puis après, il a changé d'avis, il a fait au doyen Bruno une réponse, en disant, il se moque de la méthode universitaire, il veut tout réduire au Védantin, c'est à la fois très intéressant, très polémique, et la thèse n'est pas prise par le doyen, pas par Sylvain Lévy, qui considérait que ce serait quand même intéressant. Alors, la thèse étant refusée, il va y avoir une brouille très forte, vous avez fait allusion avec l'équipe maritaine, parce que tout ça en même temps est assez parallèle, une brouille très très forte, et Guénon va donc sortir un livre qui est un peu en rupture avec tout, et qui aura un très grand succès en fait.

Donc, une question à monsieur Vivenza, en 1900, à la fin de l'année 1921, sort un deuxième livre, le Théosophisme, histoire d'une pseudo-religion, y a-t-il un lien entre ces deux livres, et quel est-il ? Le lien entre les deux ouvrages est, si l'on peut dire, basé sur une critique de la pseudo-spiritualité,

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