Le Roi du Monde de René Guénon

Angélisme, naïveté, syncrétisme ? Les critiques contre Le Roi du Monde, ouvrage de René Guénon, paru en 1927 (Ed. Gallimard) sont nombreuses et, pour certaines d’entre-elles, fort justifiées. Certes, affirmer, le plus sérieusement possible, l’existence matérielle d’une sorte de super Olympe, au centre du monde, où trônerait un "Roi" peut prêter à sourire. Mais la clef ne serait-elle pas de s’astreindre à une lecture exclusivement métaphysique de cet ouvrage ? Et la principale erreur de René Guénon n’est-elle pas d’avoir omis de nous le préciser ?

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Ce qui fait dire à Jean-Pierre Laurant : "d’une documentation discutable, René Guénon aboutit à une métaphysique remarquable… ". Ouf !

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La tradition hindoue a ouvert Le Cycle, et l’actuel Kali Yuga est en train de le clore.

Souhaitez-vous ainsi vous familiariser avec la notion de Tradition Primordiale : "cette tradition qui naquit quand naquirent les jours… "? Et selon cette grille de lecture métaphysique, comprendre que les apparitions de Melchisédech (pour les juifs), Manu (pour les hindous), les Rois Mages (pour les chrétiens) ou même l’Adam Kadmon (pour les franc-maçons !) ne sont que des évènements "auxiliaires" au regard de cette Tradition ?

Eléments de réponses de Jean-Pierre Laurant et de Jean-Marc Vivenza, interrogés ici par Caroline chabot.

Extrait de la vidéo

Bonjour, nous sommes sur Bagliss TV, nous avons le plaisir de recevoir aujourd'hui Jean-Pierre Laurent et Jean-Marc Vivenza pour parler du Roi du Monde de René Guénon, livre qui date de 1927, qui a toujours une actualité et j'espère que nous pourrons le démontrer. Bonjour Jean-Pierre Laurent, bonjour Jean-Marc Vivenza, je vais vous demander de vous présenter rapidement, bien que les téléspectateurs de Bagliss TV vous connaissent déjà puisque vous avez longuement débattu sur d'autres sujets.

On va laisser la parole à Jean-Pierre, s'il vous plaît, qui est l'historien spécialiste de René Guénon. L'historien d'abord, voilà, j'ai pu être spécialiste de René Guénon grâce à les pratiques de hautes études, qui était un des grands lieux de liberté dans le domaine de la recherche et à Sorbonne, et qui reste d'ailleurs, et le maître en ésotérisme François Socré a accepté que je fasse un mémoire de l'école sur René Guénon, alors que lui-même le détestait, et il l'a dit après seulement, un personnage très étonnant, lui-même ne pouvait pas supporter les certitudes de Guénon.

Puis ensuite, de fil en aiguille, j'ai enseigné les pratiques de hautes études pendant très longtemps, disons, et en association avec le groupe Société, Religion, Laïcité du CNRS, qui permet de voir un peu les prolongements actuels qu'on peut voir dans ces types de pensées. C'est un souci bienvenu des sociologues, d'essayer de rattacher la recherche proprement sociologique à ses sources historiques, ce qui permet de faire autre chose en sociologie que de comptabiliser des boubelles et autres fantaisies pratiques par certains.

Vous avez contribué aussi à de nombreuses revues, en particulier Politica Hermetica, et puis d'autres revues spécialisées sur René Guénon. Oui, un petit peu toutes les revues guénoniennes, bien sûr, mais aussi Renaissance Traditionnelle dans les revues maçonniques, qui est une revue vraiment assez remarquable, je veux dire, et Politica Hermetica qu'on a créée il y a trente ans, en fait, et sur les thèmes de l'insertion de la pensée isotérée dans les sociétés contemporaines, dans quelle mesure même des choses qui sont du domaine du non-dit habituellement influent sur le cours des événements.

Merci beaucoup, Jean-Marc Vivenza, si vous pouviez maintenant vous présenter. Rapidement, en quelques mots, j'ai un parcours de philosophie, d'histoire de l'art et de musicologie, où j'ai essayé de réfléchir sur les questions touchant au temps, au devenir, à la dialectique, à l'anthologie, sur ces trois domaines de manière transversale, et j'ai plus particulièrement, je dirais, travaillé, cherché sur le plan philosophique autour des logiciens indiens des troisième et quatrième siècles, en particulier les logiciens de l'école bouddhiste tardive, enfin tardive pour l'Inde, évidemment, pour l'Orient, et travaillé sur un personnage qui s'appelle Nagarjuna, et ce personnage est celui qui, sans doute, a poussé le plus loin les conceptions dont Georges Valin disait qu'elles outrepassaient même ceux des néo-platoniciens les plus absolus, comme Damasius, Jamblick ou Plotin.

Et puis, de Nagarjuna, j'en suis arrivé à l'illuminisme européen, en passant par toute la tradition de l'école asiatique et mystique, les rainants, jusqu'à la découverte qui pour moi a été quand même une sorte de révélation de tout le courant germanique, en particulier à partir de Jacob Bohm, et de ce qui est issu de la pensée de Jacob Bohm. C'est ainsi que, d'une certaine manière, les problématiques liées à l'idée de tradition sont apparues dans ma réflexion, et donc la rencontre avec René Guénon, mais par l'intermédiaire de Maestre, de Franz von Bader, de ce type de personnages.

Je n'ai pas abordé Guénon directement, et puis ça a donné lieu à l'écriture d'un dictionnaire de René Guénon, et d'une métaphysique. C'est cet ouvrage publié en 2001, et surtout, ce qui en est son complément, qui pour moi a été vraiment l'objet propre de ma passion intellectuelle, théorique et doctrinale vis-à-vis de René Guénon, c'est-à-dire la métaphysique de René Guénon, pour le faire très bref. Justement, nous allons peut-être rebondir immédiatement sur cette métaphysique de René Guénon.

Ce roi du monde nous parle-t-il d'un endroit réel, ou d'un endroit symbolique ? Je pense que Jean-Pierre en conviendra sans doute. On ne peut pas aborder, à mon avis, la question du roi du monde sans parler des sources de René Guénon, pour comprendre pourquoi, tout à coup, apparaît dans la pensée de René Guénon cette question du roi du monde, qui pourrait paraître à la limite de l'héroïque fantaisie.

C'est quelque chose qui relève de l'imaginal pour parler, comme Corbin et un certain nombre de grands intellectuels qui ont approché les questions de la pensée fantastique et imaginale. Guénon va puiser, je pense que Jean-Pierre, qui a beaucoup travaillé sur le sujet, me complétera, mais a puisé à des sources qui sont celles, globalement, pour le dire brièvement, de tout le courant occultiste du XIXe siècle, Fabre d'Olivier, Louis Jacoyau, etc.

et Saint-Yvres d'Alvedre. Il a retiré de la lecture extraordinaire de ses penseurs plusieurs notions clés. La notion des âges cycliques, âge d'or, âge d'argent, etc., le fameux Kali Yuga dans lequel nous serions plongés. Il en a retiré, outre cette doctrine

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