Jean Dubuis et l'aventure des Philosophes de la Nature

Nous sommes à la fin des années 70 et la scène initiatique française coule des jours tranquilles, à la fraiche, sous l’ombre protectrice de certaines grandes figures tutélaires du nom de Papus, Fulcanelli ou Canseliet. Des « vieux chênes », immuables, que le vent de contestation de Mai 68 n’a pas vraiment fait tanguer, du moins jusqu’à présent. Mais en cette année 1979, un jeune retraité du nom de Jean Dubuis, féru de kabbale et d’alchimie, lance une association d’un genre inédit en France : Les Philosophes de la Nature. Alias les «  LPN  ».

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Une initiative qui prit la forme d’un pavé dans cette calme marre. Et à la suite de laquelle une foule de jeunes gens s’engouffrèrent : Matthieu Frécon et les parents de Guillaume Attewell en furent les témoins privilégiés ...

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De quel message la Nature est-elle porteuse et en quoi celle-ci intéresse-t-elle tant ces « philosophes-alchimistes » ?

Le projet des LPN était triple : premièrement il s’agissait de faciliter la diffusion d’un certain nombre de textes clés trop souvent accaparés par une élite de haut-grades de certains cénacles ésotériques. Cénacles que Dubuis avait bien connus, par ailleurs.
En second lieu, ils souhaitaient organiser des ateliers - conférences hors de toute pratique rituellique. Une démarche diamétralement opposée, donc, aux nombreuses structures pyramidales, ou concentriques, plus ou moins sectaires. Chez les LPN : pas de « cercles intérieurs », ni de « figure centrale », de type gourou.

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Et en troisième lieu, Dubuis avait à cœur d’injecter un « sang nouveau » dans les champs d’études de la kabbale, de l’alchimie minérale ou végétale. Cela en ouvrant la voie à des auteurs encore peu étudiés en France : britanniques comme Dee, Fortune, Mathers ; ou allemands, comme Scholem, von Bertus et l’incontournable Paracelse.
Souhaitez-vous découvrir l’histoire et le résultat de cette initiative toute-à-la-fois ambitieuse et libertaire qui incitait tous ses élèves à, systématiquement, vérifier par eux-mêmes tous les dogmes et passer au fil de la praxis toutes les théories ?

Extrait de la vidéo

C'est avec grand plaisir que je vous salue aujourd'hui sur un sujet, je pense, fort intéressant. On va parler aujourd'hui sur les philosophes de la nature et sur Jean Dubuis. Et nous avons pour cela aujourd'hui deux invités. Mathieu Fréquent, alchimiste, destillateur, vivant en Suisse, et qui nous rejoint ici aujourd'hui sur Bagliss TV.

Et puis Guillaume Attevel, ésotériciste, alchimiste lui aussi, musicien, artiste, plein de choses. Bonjour Mathieu, bonjour Guillaume. Bonjour, bonjour. Voilà, c'est un grand plaisir de vous avoir parmi nous.

Je voudrais commencer par vous demander, un après l'autre, un petit peu, votre relation personnelle avec les philosophes de la nature, votre expérience personnelle aussi avec Jean Dubuis. Je sais que vous en avez tous les deux une. Et donc aussi pour parler un peu de vous, et pour nous donner une idée pourquoi vous êtes parmi nous aujourd'hui. J'ai rencontré les philosophes de la nature et Jean Dubuis, qui était le personnage principal de cette association en 1984, dans ma jeunesse.

Et j'ai commencé à étudier l'ésotérisme en général, la cabale et l'alchimie, la spagyrie. Avec eux, c'était très très enthousiasmant. Je pense que c'est cette période-là, qui a duré cinq ou six ans, où j'étais très présent au sein de l'association, m'a donné beaucoup d'enthousiasme pour développer ce que je suis devenu, c'est-à-dire la distillation, la production de spiritu, etc. Et puis en background, toujours l'alchimie, que je pratique encore aujourd'hui.

Voilà comment j'ai rencontré les philosophes de la nature et ce que ça m'a apporté aujourd'hui. Merci Mathieu. Dites-moi, est-ce que vous pensez que cette période de travail avec les philosophes de la nature a été marquante pour vous, pour votre évolution spirituelle d'une manière générale, ou est-ce que c'était un épisode tout simplement ? Quel était l'effet sur vous ?

C'est absolument déterminant. C'était une rencontre déterminante, comme on a la chance d'en faire parfois au cours de la jeunesse, parce qu'elle était déterminante sur plusieurs points, notamment la façon de concevoir l'ésotérisme, qui est très loin de l'occultisme à ce niveau-là, qui est plus associatif, plus proche de ce que deviendra ensuite l'écologie, et une sensibilité, disons, très liée à la vie.

Voilà, c'est ce qui différenciait les philosophes de la nature des autres écoles mystiques de l'époque. C'est que c'était une association, en 1901, qui n'avait pas vraiment d'ésotérisme, qui ne fonctionnait pas comme une loge en quelque sorte, mais plutôt comme une association, un groupe de recherche, où les gens travaillaient entre eux, ils communiquaient beaucoup, il n'y avait pas de hiérarchie, pas de hiérarchie spirituelle, etc.

Et ça, c'est très important, et c'est ça qui m'a beaucoup marqué. Guillaume, et vous, quelle était votre relation, quel était votre intérêt particulier sur les philosophes de la nature et sur Jean Dubuis ? Alors moi, étant plus jeune que tout le monde ici, ce n'est pas vraiment les philosophes de la nature que j'ai connus, à proprement parler, mais plutôt Jean Dubuis, finalement, qui était, en fin de compte, un ami de la famille.

Au départ, c'était plutôt vraiment de la relation, comment on pourrait dire ça, quotidienne, et puis finalement, a germé des questions, des questions intérieures, profondes, qui m'ont à un moment donné amené, effectivement, à me rapprocher de lui et à commencer à étudier à ses côtés. Et là aussi, la question supplémentaire, à quel niveau cette relation avec Jean Dubuis, cette rencontre, vous a marqué, à titre personnel, pour votre travail ésotérique, mais aussi d'une manière générale ?

Alors c'est sûr que, comme l'a dit Mathieu avant moi, ça fait partie des rencontres qui marquent énormément sur le sentier, sur les sentiers de la nature, on pourrait dire ça comme ça. Disons que ce qui m'a beaucoup frappé dans la relation avec Jean Dubuis, c'est un vrai contact et une vraie expérience de l'intériorité. C'était vraiment un moment dans mon parcours personnel où je suis sorti du, on va caricaturer ça en disant du théorique, pour vraiment commencer à toucher l'intériorité et ce qui est possible de vivre dans cette direction-là.

Et c'est grâce aux travaux et à la présence de Jean Dubuis, ça c'est clair. Parlons un petit peu de Jean Dubuis, parce qu'il est quand même au centre de tout ce que nous discutons aujourd'hui ensemble. Jean Dubuis, né en 1919, décédé en avril 2010, donc il y a huit ans à peine, il a marqué quelque part tout un siècle, peut-on presque dire, de l'ésotérisme en France. Et c'était une période qui, à mon sens, était extrêmement importante, parce qu'elle a, surtout après-guerre, fait un progrès, une évolution énorme.

Mathieu, vous nous avez parlé tout à l'heure de cette différence entre occultisme et ésotérisme, est-ce qu'on peut venir un petit peu à ça, parce que ça m'a frappé dans ce que vous aviez dit en préparation de cette émission, que la différence que vous faites là, est-ce que vous pouvez expliquer un petit peu quelle est pour vous la différence entre ces termes occultisme et ésotérisme, et pourquoi Jean Dubuis a tourné son art, son art de la chimie, etc., vers plutôt vers l'ésotérisme, d'après votre pensée ?

Alors, on va utiliser ces deux termes, occultisme et ésotérisme, sans les fixer vraiment. Je ne sais pas si ce sont les termes vraiment adéquats, mais disons que la mystique était très intériorisée autrefois, et s'est organisée en petits groupes secrets ou discrets, disons, séparés de la vie normale, la vie courante. Et c'est ça que j'ai appelé un peu rapidement occultisme. C'est ce qui a donné d'ailleurs l'occultisme de Papus, etc., les loges, la maçonnerie, etc.

Après-guerre, notamment, on arrive dans une société où les moyens de communication se développent, et du coup, il y a une certaine, alors c'est encore un terme qu'il faudrait, excusez-moi de l'employer, on arrive dans une certaine démocratie, en quelque sorte. Bon, ce n'est pas du tout politique, en politique on pourrait discuter de ça, ce n'est pas du tout le sujet. Mais disons qu'il y a une certaine révélation des pratiques mystiques, qu'on appelle les secrets, et Jean Dubuy a été absolument, et les philosophes de la nature, cette association, ont été absolument déterminants dans les années 80 pour sortir ces connaissances et ces pratiques mystiques, que ce soit la Chigny ou la Cabal, donc de cet occultisme en quelque sorte, et puis de faire le lien avec la vie courante.

Que le lien entre sacré et profane ne soit plus un lien qui n'ait pas ce côté conflictuel qu'il y avait avant.

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