Le corps comme voie de transformation spirituelle ? Regards croisés entre Orient et Occident
Yogis, moines, ascètes, mystiques et disciples de traditions initiatiques : tous aspirent, sous des noms différents, à se rapprocher d’un Principe supérieur, de la Lumière, de la Félicité ou de l’Amour divin. D’Orient en Occident, ces chemins spirituels ont reçu, selon les époques et les écoles, des appellations variées : éveil, salut, libération, illumination, non-dualité, philosophie pratique, état de grâce ou sainteté.
abonnez-vous pour un accès à tout le catalogue !
Au-delà de cette diversité, qui accorde toujours une place centrale à la transformation de l’être, une question fondamentale demeure : quelle est la place du corps dans cette démarche ? Comment nos cinq sens participent-ils – ou résistent-ils – à cette quête de transformation intérieure ?


Le corps : doit-on le considérer comme une prison, un manteau de servitudes, ou au contraire comme un lieu de connaissance suressentielle, et véritable temple de l’Esprit ?
Dans cet entretien, Jean-Marc Vivenza, interrogé par Anne Bouillon, éclaire ces interrogations essentielles. Depuis plus de trois millénaires, elles traversent les philosophies, les mystiques et les courants initiatiques ; et demeurent encore d’une brûlante actualité.
Souhaitez-vous découvrir comment votre corps – cette enveloppe de chair, substance universelle qui ne ment jamais et ne connaît ni bien ni mal – peut entrer en participation active avec le divin ? Comment il peut devenir foyer de fécondation, espace où la Grâce se dépose, naît et se déploie ?
------------------------
Voici la liste des entretiens de notre collection "Yoga éternel" que nous allons mettre en ligne entre octobre 2025 et octobre 2026
Le corps comme voie de transformation spirituelle ? Regards croisés entre Orient et Occident - Jean-Marc Vivenza, Anne Bouillon (animatrice)
Une histoire du yoga : 3 500 ans d’adaptation et d’évolution pour un message atemporel et universel - Rodolphe Milliat, Frédéric Blanc (animateur)
Corps énergétique et kundalini - Christian Tikhomiroff, Sandrine Cilia (animatrice)
Vivre sa vie comme une œuvre d’art via le tantra (hindouisme et bouddhisme en miroir) - Jean-Marc Vivenza, David Dubois, Anne Bouillon (animatrice)
Rodolphe Milliat : « mon parcours en Yoga » - Rodolphe Milliat, Frédéric Blanc (animateur)
Advaita vedanta et "non-dualité" : approches plurielles, ou unifiées ? Yann Le Boucher, David Dubois, Frédéric Blanc (animateur)
Christian Tikhomiroff, un shivaïte d'aujourd'hui - Christian Tikhomiroff, Sandrine Cilia (animatrice)
La dimension alchimique du Yoga : le Corps Yogique - Rodolphe Milliat, Frédéric Blanc (animateur)
Idéalisme magique et tantra - Jean-Marc Vivenza, David Dubois, Anne Bouillon (animatrice)
L'Adhyatma Yoga de Swami Prajnanpad - Yann Le Boucher Frédéric Blanc (animateur)
Tantra d’hier et d’aujourd’hui - Rodolphe Milliat, David Dubois, Nicolas Noldus (animateur)
Le Banquet de Shiva - Christian Tikhomiroff, Sandrine Cilia (animatrice)
Abhinavagupta et le Shivaïsme du Cachemire - David Dubois, Nicolas Noldus (animateur)
Les mantras et leurs objectifs selon B Bhattacharya - Rodolphe Milliat Frédéric Blanc (animateur)
Les « élements » du natha yoga - Christian Tikhomiroff, Sandrine Cilia (animatrice)
Le monde du Tantra de B. Bhattacharya - Rodolphe Milliat, Frédéric Blanc (animateur)
Extrait de la vidéo
Bonjour Jean-Marc Guivens, alors nous allons parler d'un sujet très difficile, qui est aussi le plus évident, celui du corps, la notion de corps entre Orient et Occident. Tout le monde bien sûr sait ce que Nietzsche a dit dans Le Guet Savoir sur la philosophie comme malentendue au sujet du corps et comme exégèse du corps, vaste problème, mais en fait j'ai envie de commencer à vous questionner à partir d'une vision dialectique qui marque l'Occident, peut-être avec un parachèvement heguelien, sur le corps comme lieu de l'épreuve spirituelle, comme lieu de bataille, le corps comme un lieu de bataille.
Et alors, on va naïvement pour commencer peut-être dire qu'en Orient, on va chercher dans le corps le lieu de la délivrance, la délivrance pour sortir, pour arrêter le cycle des réincarnations, et en Occident, la perspective du salut. Mais au fond, la première question que je vais vous poser, c'est est-ce que ces deux perspectives présentes comme opposées ne sont pas en fait très ressemblantes ? D'un côté le salut, de l'autre la délivrance, est-ce qu'on n'est pas en train de dire la même chose sur le lieu de l'épreuve spirituelle ?
Salut et délivrance, c'est vraiment une thématique sur laquelle Guénon a beaucoup travaillé. Il les met en opposition, en opposition franche, en considérant que ce qui distingue l'Orient, c'est précisément cette capacité d'accès au-delà du salut, le salut étant pour lui considéré comme une étape intermédiaire, au fond, le paradis est encore un lieu, un environnement limité, conditionné, pour les êtres qui sont appelés à la rencontre avec l'absolu.
C'est d'ailleurs un point à noter, même si Guénon à certains égards était relativement critique sur le bouddhisme, le point de vue du Bouddha, de l'éveiller, la condition divine est encore une condition, d'où le fait de ne pas aborder cette question. Quant à la possibilité d'un accord entre salut et délivrance sur les deux visions occidentales et orientales, elle est possible, elle est tout à fait possible parce que qu'est-ce qu'on rencontre de commun entre les deux, on va dire, grands courants culturels, parce que quand on dit Occident et Orient, on est obligé de faire d'énormes généralités parfois sur des réalités plus complexes, plus fines, qui demanderaient à être précisées.
Mais quoi qu'il en soit, l'idée principale, c'est de considérer que l'incarnation, le fait d'être une conscience fonctionnant à l'intérieur d'une enveloppe, nous donne de regarder cette enveloppe comme un véhicule, soit qui nous a été donné en rançon d'un péché originel qui a fait que l'être a été revêtu, comme dit la Bible, le chapitre de la Genèse, recouvert de peau de bête, en conséquence de la désobéissance d'Adam et Ève, ou pour les Orientaux, une sorte d'épiphénomène cosmique du dharma dans lequel l'âme doit se délivrer, l'abandonner à la roue du temps et surtout s'en extraire au plus vite.
En réalité, ce n'est pas un bonheur d'être dans cette incarnation, mais c'est quelque chose qui est regardé comme un piège dans lequel le but, par des assaises, des dévotions, l'être va être amené à pouvoir se détacher de sa forme, sa forme charnelle, sa forme matérielle, de sorte d'accéder aux régions, dans un premier temps des dévats, qui sont des divinités intermédiaires, et puis, s'il est possible, au Brahmajyoti, c'est-à-dire à la radiance infinie, qui est le caractère le plus élevé auquel peut accéder l'être humain.
Après, c'est quelque chose qui relève du suprahumain et dont les mots sont difficiles à traduire. Ce que nous disent les Upanishads, à partir d'un certain moment, il y a une impossibilité à pouvoir aller au-delà de la simple énonciation de la situation de l'être humain. C'est d'ailleurs ce qui va amener le bouddhisme. Je dis le bouddhisme parce que, en réalité, les disciples qui vont être issus de la primitive mise en œuvre de la roue de la loi, à partir des quatre nobles vérités, vont amener des approfondissements et des compréhensions tout à fait extraordinaires.
Et là, on a des sensibilités différentes en Inde, on va dire en Asie, globalement en Orient et en Europe, sachant que, du côté oriental, le bouddhisme lui-même va modifier quelque peu sa nature au contact des religions ancestrales, archaïques, chamanismes ou de traditions philosophiques qui lui sont étrangères, comme le taoïsme par exemple. Et ces croisements vont donner des formes tout à fait extraordinaires de mise en discipline du corps par la méditation, par différentes assaises, la privation de nourriture, le jeûne, par la fatigue extrême, la privation de sommeil, par des exercices de respiration qui auront pour but, au fond, d'accélérer, d'accroître la capacité de délivrance, de sortie juste.
Justement quand on médite, quand on prie, quand on se livre au jeûne à la saise, peu importe finalement la voie à partir de l'incarnation, la voie qu'on a choisie, mais alors, qu'est-ce qu'on fait ? Est-ce qu'on veut rester dans le corps et vivre cette incarnation, puisqu'il faut bien la vivre, ou est-ce qu'on veut sortir, sortir, sortir et on reste aussi dans une vision négative, on va dire platodicienne pour les nuls, sur le corps, le fameux malentendu au sujet du corps, le tombeau de l'âme, la prison, alors, dans ce cas-là, quand on médite, ou quand vous, vous méditez d'ailleurs, est-ce que vous restez dans le corps ou est-ce que vous sortez du corps ?
C'est la fameuse équation que vous abordez qui est celle de ceux qui sont désignés comme étant des libérés vivants, le jivan on emploie le mot aujourd'hui d'une manière plus générale des réalisés, on parle en particulier dans l'Edvaita Vedanta de ceux qui ont atteint la réalisation. Peut-être le harate aussi ? Oui, le harate du côté bouddhique et en particulier du bouddhisme primitif, le terme relève du pali, c'est celui qui a réussi