Qu'est-ce que la métaphysique ?

Anatole France était surpris - et peiné – de la profonde indifférence que témoignait son petit chien alors qu’il l’emmenait admirer un parterre fleuri de belles roses odorantes... Devons-nous faire preuve de la même compassion (ou désolation) pour certains de nos contemporains qui au fil de l’histoire se sont coupés de toute dimension symbolique … ou métaphysique ?

A l’occasion de la sortie du livre collectif  "Qu’est-ce que la métaphysique" (Ed Harmattan), nous avons réuni autour de Jean Borella : Bruno Bérard, Catherine Conrad et Bruno Guillemin afin de nous éclairer sur cette question.

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Notre société moderne est le théâtre d’une quête effrénée vers l’affranchissement du temps et de l’espace, vers toujours plus de confort, vers toujours plus "d’utilité". Mais cette obsession du "tout utile" occulte-t-elle celle "du sens" ?  La pléthore de concepts qui jalonnent, servent et nourrissent cette société utilitariste sont-ils nécessairement placés sous l’égide de la Raison (utile ?) et ce au détriment de l’Intelligence (le sens ?) ?

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Pourtant, si tout le monde s’accorde à penser que c’est bien par les limitations d’une chose qu’on peut la définir avec précision… n’est-ce pas là l’apanage de l’intelligence qui, seule, permet de définir et circonscrire les limites de la raison ?

Pour Catherine Conrad d’ajouter "c’est la surnature nous enseigne la nature" et de comparer la métaphysique à la rose : "être, sentir, rayonner, et surtout ne rien demander en retour ...".

Si nos nombreux concepts ou "systèmes de pensée" se bornent au dicible, la métaphysique, elle, va au-delà  et nous renvoit aux principes premiers, ontologiques ou théologiques.

Cette recherche devrait être la spécificité de tout Homme en questionnement. En effet, Aristote ne demandait-il pas : "Est-ce l’intelligence qui perçoit l’intelligible ou bien est-ce l’Homme ?"
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Pour Jean Borella "l’intuition intellectuelle est une promesse, une anticipation de l’union de l’Homme avec Dieu. Toute intuition est espérance métaphysique. La philosophie et le savoir en général reposent sur une volonté d’accomplissement alors que la métaphysique, elle,  repose sur une espérance… et en cela elle dépasse la dimension humaine. L’intelligence c’est l’Amour, la contemplation, l’abandon de soi – le don de soi – qui ouvre à la métaphysique… et met donc fin aux concepts".

Souhaitez-vous aller à la rencontre de ces métaphysiciens?  Réponse dans cette table ronde exceptionnelle de 45 minutes, filmée chez Jean Borella, à Nancy. 

Nos remerciements vont aussi à Gabrielle Borella pour son chaleureux acceuil.

Extrait de la vidéo

Qu'est-ce que la métaphysique ? A l'occasion d'une tentative de réponse par douze auteurs à cette question qu'on connaît d'Heidegger, mais que tout homme se pose après s'être posé la question, qui suis-je, ayant découvert que la métaphysique peut l'aider à y répondre il se demande ce que c'est que cette métaphysique, Jean Borella, agrégé de l'université, docteur d'état en lettres, et qui a enseigné la métaphysique antique et médiévale pendant des années, avec en particulier une question fondamentale qui est la possibilité de la métaphysique.

On peut en parler, mais est-elle possible ? Dans la mesure où ce livre comporte plusieurs auteurs, et que j'ai deux auteurs sous la main, le titre de votre article c'est La métaphysique comme antidogmatisme et comme non-système, titre paradoxal dans la mesure où on lit plutôt la métaphysique au dogmatisme, titre qui me semble se référer à Pascal, ou se placer dans la perspective de Pascal, c'est-à-dire montrer que justement la métaphysique ne s'accomplit d'une certaine façon qu'en renonçant à elle-même, c'est-à-dire qu'en renonçant à construire complètement son objet.

Comme on dit, la métaphysique doit elle-même rencontrer les limites de la raison, non pas à la manière de Kant ou des limitations d'un territoire, tu penses jusque-là puis après tu n'as plus le droit de penser, mais l'idée qu'à un moment le concept ne suffit pas et doit laisser place à la contemplation. Alors je poserai là deux questions qui sont liées, c'est qu'il y a des systèmes métaphysiques, c'est-à-dire il y a toujours je pense la tentation de l'esprit, auto-fasciné par lui-même, de vouloir construire indéfiniment.

Cette objectivité ou cette intention d'objectivité, elle est nécessaire jusqu'à un certain point parce que la métaphysique c'est le domaine de la pensée. Alors ma question c'est, quand sait-on qu'on est allé au bout de l'objectivité ? Au fond, après tout Spinoza ne s'arrête pas dans l'objectivité, alors quand est-ce que je sais que je dois m'arrêter ? Et d'où ma seconde question, est-ce que ça n'est pas la religion qui nous l'apprend ?

Perspeculum enigmatae, dit saint Paul, nous ne pourrons connaître que perspeculum, alors quand est-ce que je renonce justement à cette spéculation ? Oui, je crois qu'il y a déjà, je trouve une sorte de paradoxe à mettre cette réflexion sur la métaphysique sous le patronage de Pascal. On serait-il d'accord ? Fondamentalement je pense que oui, bien qu'on le présente souvent comme plutôt l'ennemi de toute philosophie, il a quand même dit que toute la philosophie ne vaut pas une heure de peine, mais je crois qu'en réalité il y a bien sûr une philosophie chez Pascal, il y a une vraie métaphysique, il y a une vraie conscience de la dimension métaphysique de la connaissance humaine, parce que c'est vrai que l'article que j'ai écrit porte au fond sur la métaphysique est-elle possible ça c'est une sorte de réponse à Kant, qui est quand même, disons, mon grand adversaire si je l'ose dire, mais aussi, pas seulement est-elle possible, mais est-elle nécessaire et je crois qu'elle est inévitable, autrement dit nous sommes condamnés à la métaphysique.

C'est ma thèse et il faut voir ce que ça signifie, ce que ça veut dire. Et alors Catherine, vous avez parlé de la contemplation, pas seulement donc de la conception mais qu'elle doit aussi déboucher sur la contemplation, oui, je crois que c'est fondamental, mais comment le peut-elle ? Voilà, c'est ça ma question, métaphysique comme science, métaphysique comme voie, c'est les deux parties de votre article.

C'est le paradoxe de la métaphysique je crois, la métaphysique est une science dans la mesure où on définit comme science toute démarche qui vise à la connaissance, donc ça lui donne indéniablement le statut de science. Après, c'est là où on touche au paradoxe, c'est une science donc qui va utiliser les concepts, qui va construire, mais qui vise le réel, donc le concept n'est pas le réel, c'est une abstraction du réel, donc c'est le paradoxe de la métaphysique qui va être donc d'utiliser les concepts pour penser, pour arriver jusqu'au réel et donc abandonner les concepts.

Donc c'est une science qui se transmue en est-science, c'est son paradoxe. Donc seul un esprit vraiment métaphysicien renonce à faire un système, il devient platonicien au sens de ce qu'on disait tout à l'heure, il écrit des dialogues et non pas un système. C'est là où tout homme est métaphysicien, tout homme se pose cette question, donc tout homme naît métaphysicien, tout homme vise le réel, tout homme vise dans le beau, dans la morale, il vise quelque chose qui est au-delà des choses et de sa pensée des choses.

Il abandonne le concept naturellement, chacun d'entre nous. Oui, quand Pascal dit le cœur sent que l'espace a trois dimensions, ça c'est réellement métaphysique, c'est vraiment de la connaissance métaphysique, c'est-à-dire au-delà du concept. Au-delà de la raison. Au-delà de la raison, oui.

Il le dit d'une autre façon, il dit aussi la science est quelque chose qui se boucle sur elle-même, c'est-à-dire que l'ignorant qui aborde la science, donc ne sait pas avant de l'avoir abordé, et pour certains, pour ceux qui sont allés jusqu'au bout et ayant fait le tour de la science ou de toutes les sciences pour les plus grands esprits qu'on a pu connaître, ils découvrent qu'ils ne savent rien et ils rejoignent, Pascal le dit très précisément comme ça, et ils rejoignent le même état d'ignorance qu'avant d'avoir commencé.

Le même état, c'est plutôt la doctrine d'ignorance, parce qu'au fond, le métaphysicien systématique, c'est le demi-habille chez Pascal, c'est celui qui croit qu'il pense tout. Ah, tout à fait. Mais Pascal affirme bien que c'est la même ignorance, parce qu'il y a un piège dans la doctrine d'ignorance, c'est le piège de la prétention d'avoir fait le tour et d'être quand même mieux qu'avant, donc c'est un piège de prétention, mais ça ne veut pas dire que le concept ne soit pas magnifique, de la doctrine d'ignorance, ou Saint-Denis l'Aéropagite, les intelligences qui savent fermer les yeux, et donc je partagerais assez avec Pascal qu'il y a cette même ignorance, et je pense qu'on peut trouver chez des personnes analphabètes, qu'on va pouvoir qualifier d'ignorantes, on pourra trouver parmi elles de grands métaphysiciens, de grands spirituels.

Il y a une chose sur laquelle je souhaiterais revenir, vous avez dit que tous les hommes sont implicitement des métaphysiciens, donc en puissance, mais tous ne le sont pas en acte. Qu'est-ce qui, d'après vous, permet à l'homme de devenir réellement et actuellement un être métaphysique ? Je pense que l'acte métaphysique se réalise, ou s'inaugure en nous d'une certaine manière lorsque nous prenons conscience que ce que nous pensons dépasse notre pensée.

Alors, on dira justement, précisément, c'est la raison pour laquelle on ne peut pas faire de métaphysique, mais ce n'est pas vrai, quand nous prenons conscience que ce que nous pensons est plus que ce que nous pensons, lorsque nous prenons conscience donc, je dirais, de la transcendance du contenu du concept, oui, pas de sa forme mentale forcément, n'est-ce pas ? Et c'est là d'ailleurs qu'on entre dans une perspective de contemplation et non plus

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