Nous avions présenté le premier volume de ce beau travail l’année passée. Cette fois, Laurent Bernard traite plus spécifiquement de La Nouvelle Mélusine, troisième conte écrit par Goethe, après Le Conte et Le nouveau Pâris. Il fut publié en 1817. Cependant, il considère que les trois contes offrent une typologie des êtres humains dans leur rapport au monde spirituel.
Le personnage principal de La Nouvelle Mélusine appartient à la catégorie des gens « pour qui il est impossible d’envisager, ne serait-ce qu’un instant, l’existence d’une réalité qui dépasserait le cadre de ce qu’il perçoit du monde qui l’entoure. »
Il ne cherche qu’à jouir de la vie et assouvir ses plaisirs sans se préoccuper des conséquence pour autrui.
Il rencontre dans une auberge une belle jeune femme qui transporte un mystérieux coffret. Il séduit la jeune femme, lui promet de l’épouser. Mais, elle lui oppose trois conditions : « tout d’abord, il devra démontrer qu’il est capable, pour l’amour qu’il prétend éprouver de se tenir à l’écart du jeu, du vin et des filles faciles ; ensuite il lui faudra entreprendre seul un long voyage au cours duquel il lui sera demandé de prendre soin du coffret sans jamais chercher à savoir ce qu’il contient ; enfin, il aura à promettre de ne jamais se moquer de sa nouvelle amie. »
Nous avons là tous les ingrédients d’un classique voyage initiatique que nous fait découvrir Laurent Bernard à travers des extraits commentés.
Il connaîtra trois échecs, pardonnés, avant de se voir offrir une dernière chance qu’il ne saura saisir.
Laurent Bernard met en évidence les symboles choisis par Goethe pour marquer la dimension initiatique de l’histoire. Il fait le lien avec le processus maçonnique chaque fois que possible, notamment avec le grade de Maître secret.
« Si tout s’était déroulé selon les plans de la jeune femme, notre héros aurait su tirer de son aventure pour développer un esprit chevaleresque. Ainsi, en laissant s’éveiller en lui la loyauté, l’amour des autres et la fidélité – en un mot sa grandeur d’âme – il aurait passé avec succès une à une les épreuves initiatiques placées sur son chemin. »
Laurent Bernard, avec ce texte de Goethe, nous rappelle que le voyage initiatique n’est en rien une évidence facile, que le candidat à l’initiation peut échouer. Il est bon de le rappeler dans des temps où les organisations initiatiques, se soumettant à la loi de la quantité, proposent des parcours qui relèvent le plus souvent du simulacre.
Source : La Lettre du Crocodile