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C’est une réédition très attendue. Le dernier livre d’Oswald Wirth, publié en 1938, considéré parfois comme son testament maçonnique, était depuis longtemps indisponible.

Le texte d’Oswald Wirth (1860-1943) est servi par une longue et indispensable introduction critique et historique de Roger Dachez qui replace l’ouvrage dans le contexte maçonnique et intellectuel de son époque. Le texte est engagé et comporte selon Roger Dachez des lacunes, des erreurs et des méprises à côté de rappels de points fondamentaux de l’initiation maçonnique. Il propose donc une méthodologie précise afin de tirer le meilleur de la lecture du texte :

« Pour lire aujourd’hui de manière intéressante et fructueuse un tel travail, il faut donc respecter certains préalables : 1. Se souvenir de la trajectoire intellectuelle de Wirth, en revisitant les grandes étapes de sa vie et de son œuvre ; 2. Connaître les grands enjeux des réflexions des Francs-maçons français de l’entre-deux-guerres et les positions adoptées par Wirth à leur sujet ; 3. Comprendre les circonstances et les modalités de rédaction et de composition de l’ensemble du livre. »

Même s’il est absolument impossible de saisir le processus d’écriture d’un auteur, y compris pour l’auteur lui-même, connaître les contextes, ici maçonnique, historique et personnel, de l’acte d’écrire, est nécessaire pour éviter des erreurs d’interprétation. Oswald Wirth fut un véritable auteur, Franc-maçon certes mais aussi ésotériste proche de Stanislas de Guaita entre autres. Il écrit, note justement Roger Dachez « entre l’héritage occultiste et la culture laïque ».

La question posée par l’ouvrage, « Qui est régulier ? », continue de polluer le monde maçonnique. En développant un concept de « pur maçonnisme », Oswald Wirth aurait voulu clarifier la question, par exemple à travers « une interprétation diversifiée du Grand Architecte de l’Univers » dictée moins par des considérations métaphysiques que par l’évolution sociale et politique française qui marque alors la Franc-maçonnerie. Davantage que des solutions ou des vérités, Oswald Wirth propose une orientation, distille le sens de la quête, ce qui manque si cruellement aux Francs-maçons du XXIe siècle, cette quête qui nous conduit parfois dans des impasses, des chemins de traverse mais aussi vers des portes grandes ouvertes jusqu’alors ignorées.

« Or, conclut, Roger Dachez, Qui est régulier ? n’est précisément pas un manuel de symbolisme. C’est tout autre chose et – disons-le tout net – bien mieux que cela : une réflexion sincère, intelligible et pondérée sur certains des problèmes fondamentaux qui demeurent, des décennies plus tard, au cœur de nombre de débats maçonniques français. Wirth, avec ses propres limites et ses propres a priori, a contribué à en poser les bases – et parfois les impasses.

En ce sens, Wirth est bien à re-lire : à lire à nouveau frais, en sachant que la tradition maçonnique n’est pas un corpus figé, mais une pensée vivante sur laquelle Wirth, en son temps qui n’était pas si différent du nôtre, a porté un regard fondateur – fondateur d’une recherche qui, ici et maintenant, se poursuit en nous. »

Nous pressentons un effet-retard vivifiant à la lecture de ce livre grâce au double regard Wirth-Dachez, ce dernier nous offrant une méthode à retenir, qui vaut de manière générale.

Source: La lettre du crocodile 

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