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Esther Ségal n’oublie pas que le langage et les mots, construisent les mondes et célèbre l’écriture comme un acte souvent thérapeutique mais fondamentalement spirituel.

L’ouvrage s’ouvre avec « le langage des oiseaux », dans une approche parfois plus psychanalytique qu’hermétiste. Elle fait appel tant aux auteurs traditionnels qu’à des auteurs plus proches de nous temporellement pour inviter à l’attention très particulière qu’exige la langue des oiseaux.

« C’est une langue codée, dit-elle, cryptographique, qui par le jeu des sonorités, par les inversions des syllabes, l’analyse de l’étymologie, les assonances, crée un autre sens censé être premier, primordial. On lui prête une compréhension universelle d’avant le mythe de Babel et la séparation des langues. »

Dans tout l’ouvrage, œuvre plutôt qu’ouvrage, Esther Ségal va jouer avec les mots et les sons en naviguant sur l’océan des traditions, des cultures et des langues. Mais ce sera au lecteur de traverser les formes et, très vite, à travers la quête du Graal, il est invité à entreprendre un voyage parfois tumultueux mais toujours passionnant : porte, mur, souffle, trois, silence, voix, réponse, cœur, île, voyage, continent, maison, labyrinthe, pont, au-delà, son, univers, Un, Un et création, Amour, grâce, fleur, parfum…

Prenons, la grâce, souvent présente dans ces pages :

« La grâce, suggère Esther Ségal, est cette même splendeur révélée, ce « Fiat lux » étincelant offert à toutes les formes de vie confondues comme l’ultime cadeau de cet acte d’amour fondateur de toutes vies. Nous sommes sa filiation légitime, car tout ce qui advient de la création et de son élan de vie en est la continuité. Le retour vers l’Un ne peut être ainsi qu’un retour vers le vrai visage de l’Amour qui nous a enfantés et dont nous reconnaissons enfin la bonté et la grâce des traits. »

Retour, reconnaissance… nous sommes bien dans le voyage initiatique et poétique. De nombreuses filiations, spirituelles, culturelles, littéraires, artistiques tissent la trame de ce livre, filiations, c’est-à-dire, des fils que nous pouvons tirer à nous ou encore suivre pour découvrir à quel intervalle vers le réel ils conduisent.

Malgré l’érudition, malgré les notes, ce n’est pas un livre qui s’étudie, c’est un livre qui se vit à travers les images, les sons, les couleurs, les nuances d’esprit… Une expérience spirituelle plutôt qu’une expérience culturelle.

Esther Ségal termine avec deux textes d’une très grande profondeur. Le premier est consacré à « L’état d’être messianique », le second à « La Loi et les saintes Ecritures », comme un saut vers la non-dualité, vers l’au-delà du langage. Nous passons de la saine jubilation du langage à une Joie sans objet qui libère. Au bout des mots, il y a le Silence.

Source: La lettre du crocodile

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