Pierre Barrucand, regard sur la scène occultiste française du XXème siècle
Jules Boucher (pierre angulaire de la très secrète confrérie du Grand Lunaire), Robert Ambelain (clef de voute française du rituel de Memphis-Misraïm), Philippe Encausse (refondateur de l’Ordre Martiniste et fils de Papus), mais aussi Robert Amadou, Claude Vigée, Roger Peyrefitte, Pierre Mariel : tous ces noms vous disent, forcément, « quelque chose ». Or savez-vous qu’en plein Paris, un vieux monsieur demeure toujours parmi nous, et qu’il a très bien connu tous ces « Maitres Passés » ? Son nom : Pierre Barrucand. Il va fêter l'année prochaine son centième anniversaire et a reçu, chez lui, notre équipe.
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Officiellement « Directeur de recherches » au CNRS sur un plan civil et professionnel, sa quête personnelle, toute-à-la-fois ésotérique, occultiste et anarchiste l’a amenée à fréquenter tous les acteurs de ces sociétés secrètes.
Le dernier témoin occulaire de cette époque, riche en couleur, que le monde entier nous envie et dont, paradoxalement, la grande majorité des français n'a strictement aucune connaissance.


Souhaitez-vous découvrir ce personnage hors norme, qui devant notre journaliste Jennifer Marty – et malgré son « âge avancé » - fume le cigare et ne rechigne pas sur un fond de cognac !
Un entretien rare... qui donne envie de partir méditer sur le Dolmen en Forêt de Meudon pour le prochain solstice d'été, à la suite des Boucher, Sauvage et Rouhier !
Nota Bene : un second entretien va paraitre dans trois mois, entretien qui portera cette fois sur la scène anglo-saxonne. Scène qu’il a bien connue et fréquentée. Pour preuve, c’est lui qui, le premier, fit connaitre les écrits d’Aleister Crowley en France ! C’était dans la célèbre revue « La Tour Saint-Jacques », mais n’en disons pas plus….
Remerciements à l'historien Emmanuel Kreis pour son aide.
Extrait de la vidéo
Bonjour M. Fierdarucan, merci de nous recevoir chez vous pour cette émission de Baptiste TV. Aujourd'hui, nous allons aborder la scène ésotérique française au travers de votre parcours et des rencontres. Mais avant de commencer, j'ai une question à vous poser.
Vous avez 98 ans, vous êtes ancien résistant, vous avez connu la Seconde Guerre mondiale. J'ai donc 98 ans et 5 mois. Je suis en bonne forme, tout le monde reconnaît que je suis en bonne forme. À un moment, ça allait moins bien, mais c'était terminé.
Mon père, Victor Baruca, qui avait été, dans sa jeunesse, anarchiste, avait été envoyé, on ne sait pas trop par qui, probablement par Clémenceau, pour lutter contre le mouvement antisémite à Alger, qui était représenté comme député, mais qui avait été choisi par le maire, le fameux Drumeau, et par le maire d'Alger de l'époque, un personnage flamboyant qui s'appelait Max Régis. En réalité, il ne s'appelait pas Max Régis, il s'appelait Massimiliano ou quelque chose.
Mon père s'est lié au maréchal Liotter parce qu'il avait un petit journal et que le maréchal Liotter défendait une femme extrêmement curieuse qui s'appelait Isabelle Hébérare. Là-dessus, il y a eu un livre récemment qui a été écrit sur Isabelle Hébérare. C'est un personnage extrêmement singulier et mon père était devenu un ami du maréchal Liotter. Et comme ils partageaient sur l'Afrique du Nord les mêmes idées, ça se passait très bien.
Mon père est mort en 1934 et je lui étais extrêmement attaché, encore que je le voyais peu pour différentes raisons. Si vous voulez, c'est que d'une part il était quand même très occupé, qu'il était en mauvaise santé, et d'autre part, je dois dire que le couple avec ma mère s'était pas mal disloqué. Alors, toujours est-il que moi-même, de façon tout à fait indifférente, j'étais anarchiste à 15 ans, c'est-à-dire, j'étais anarchiste à 15 ans, j'avais évolué très vite vers une forme de gauche, un genre de socialisme très libéral, ou plutôt très libertaire, très partisan de la liberté individuelle.
Toujours est-il qu'en 1940, j'ai été appelé sous les drapeaux et j'ai vu l'effondrement de l'armée française. Ça, je ne l'ai pas vu parce que j'habitais à Alger, mais on suivait bien ce qui se passait. Et à partir de ce moment-là, j'étais extrêmement hostile à ce gouvernement du maréchal Pétain. Et un de mes amis, qui était André Assis, et André Assis était juif, j'étais très lié pour des raisons comme ça, parce que j'en connaissais aux juifs d'Alger.
Il m'a parlé de la possibilité d'un débarquement en Afrique du Nord américain. Il y avait quelque chose qui était représenté par le représentant âgé du gouvernement Roosevelt, qui s'appelait Robert Murphy. – Vous avez 98 ans, vous êtes ancien résistant. Aujourd'hui, en 2018, contre quoi résisteriez-vous ?
– Je vais vous dire que je résisterai avant tout, et ce n'est pas commode, excusez-moi de l'expression, à la connerie générale. Je résisterai, et ça, jusqu'à ma mort, je continuerai à résister. Ce n'est pas toujours très facile. Il s'est passé que, depuis l'arrivée de De Gaulle, les choses se sont dégradées considérablement.
On a dit du mal de la Quatrième République. La Quatrième République a souffert d'une instabilité qui était liée à la loi électorale. Elle a quand même fait beaucoup de choses, avec quelquefois des aspects assez singuliers. La Quatrième République a été finalement un bon régime, malgré son instabilité.
Je considère l'action de De Gaulle comme fondamentalement pernicieuse. Le personnage est invraisemblable, et je crois que l'explication, je pense que la seule explication qu'on a, est que cet homme a considéré qu'il était, lui, la France. Ça a été donné sous une forme humoristique, en les empêchant d'y dire qu'il se sacrifiait pour la France, mais De Gaulle, la France, c'était lui. Vous êtes devenu maître de recherche au CNRS sur les mathématiques et la théorie des nombres.
Qu'est-ce qui vous a amené à vous intéresser à les opérations ? Oui, j'avais commencé des études de biologie, mais les études ont été arrêtées automatiquement en 1940. J'étais soldat, mais ensuite je n'étais plus grand-fond, toujours est-il que, n'ayant pas pu continuer, je pensais reprendre après la guerre, et je me suis aperçu quand je n'étais devenu incapable. Alors, ayant le goût pour les sciences et pour l'histoire, ayant du goût pour ces choses-là, j'ai essayé de faire des mathématiques.
Et là, comme je connaissais un peu les mathématiques, mais c'était simplement les mathématiques de lycée, j'ai très bien réussi, parce que finalement je suis entré tardivement au CNRS, et par un ensemble de circonstances heureuses, j'ai été nommé maître de recherche à la fin, c'est-à-dire, le titre ayant changé, ça veut dire directeur de seconde classe, la seconde classe étant liée essentiellement à mon entrée tardive au CNRS.
Et qu'est-ce qui vous a amené à l'ésotérisme ?