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Le titre est intéressant. En effet, il n’est pas possible de se rapprocher de soi-même, de sa propre nature, sans se rapprocher des autres, de ce qu’ils sont en réalité, qui n’est pas différent de nous-mêmes. C’est la non-séparation qui caractérise la démarche initiatique. Celle-ci peut être entendue comme métaphysique mais aussi sociétale.

L’approche de l’auteur est historique, cependant la finalité de ce livre est initiatique. L’histoire est ici au service d’un éclairage, celui des valeurs de l’institution maçonnique et de ce que soutient le processus de l’initiation maçonnique.

Si Laurent Kupferman donne au lecteur, averti ou non, des repères historiques, les vignettes historiques choisies permettent surtout de saisir la nature et les particularismes de l’Ordre maçonnique en sa diversité.

« La Franc-maçonnerie, nous dit-il, ne modélise pas la nature humaine. Si elle glorifie les vertus et propose de fuir les passions (pas au sens de l’amour, mais au sens de l’excès), elle n’aspire pas à faire des hommes des saints, ou des surhommes.

Les obédiences sont constituées d’hommes et de femmes qui se savent ou devraient se savoir imparfaits, et qui ne cultivent pas le cynisme pas plus que le défaitisme.

La Franc-maçonnerie est utopiste puisqu’elle cultive l’idée que les êtres humains sont perfectibles par le travail sur soi, par le biais de rituels. L’addition de ses travaux et la transmission de sa méthode ont profité et pourraient profiter encore à l’humanité, notamment en ce qu’elle prône des valeurs constructives et émancipatrices comme la liberté de conscience, la tolérance mutuelle, la solidarité, qui ne sont habituellement ni apprises, ni transmises, ni cultivées et pratiquées. Notre époque, et c’est une litote, ne fait pas exception à cette lacune. »

L’auteur traite de la dimension sociétale de la Franc-maçonnerie de son action comme instrument de transformation de la société au bénéfice du plus grand nombre. Il illustre son propos de nombreux exemples. Il s’intéresse aussi aux influences extérieures sur l’institution maçonnique comme celles du positivisme.

Le lecteur notera que la Franc-maçonnerie apparaît comme un antidote au morcellement tant intérieur à l’être humain que social. Laurent Kupferman voit la loge comme « un premier outil d’agrégation ». Il évoque « une altérité nourricière » et fait un éloge justifié de l’impermanence :

« L’impermanence devrait être au cœur et à l’esprit de chaque être humain. Elle est évidence dès lors qu’il prend conscience de sa finitude. A partir de ce moment, la vie est pleinement vécue et permet de s’accomplir.

Implicite dans la méthode maçonnique, l’impermanence permet de déconstruire, non pas dans un désir nihiliste, niant le passé et ses richesses. Tout au contraire, la Franc-maçonnerie s’appuie sur toutes les formes de spiritualité, et de raison sensible, mais sans en faire une vérité définitive. »

Il précise encore :

« L’initié ne doit pas avoir peur de l’impermanence, profondément liée à la translation, à la transmutation opérée par le travail en Loge. Elle fait aussi référence à la finitude. Le travail initiatique, dès ses premiers moments, intègre l’idée de mort, qui outre qu’elle est notre destin commun, est en maçonnerie vue symboliquement comme la faculté de renaître à soi-même, et de s’interroger sur les vraies questions de l’existence. »

Source: La lettre du crocodile

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