Les mystères de l'ordre alphabétique
La plus grande innovation dans le domaine de l'écriture reste l'invention de l'alphabet. Structure sous-jacente à bien des systèmes de pensée, l’alphabet participe à l'organisation du temps, à l'élaboration d'une tradition et à la construction même de la dimension onirique de toute civilisation. Comment s’est décidé l’ordre alphabétique ? Quelles sont ses origines supposées ? Quels sont les liens entre l'écriture, le zodiaque et la mesure du temps ?
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Prolongation de son essai "Le mystère de l'ordre alphabétique" (Ed Presse du Châtelet), Patrice Serres nous plonge dans l'origine de l'écriture. L'alphabet grec est le père de nos alphabets occidentaux.
Son histoire n'est toutefois pas linéaire. Serres met en évidence la longue maturation de cet alphabet qui ne s'est pas fait du jour au lendemain. Il nous dévoile les liens d'influences de l'ougaritique sur le phénicien, souche du grec mais aussi les liens entre l'écriture égyptienne et nos alphabets grâce à la sécabilité de ses pictogrammes. 

Serres nous explique également comment, du bassin méditerranéen à la Chine, des civilisations utilisant les symboles agraires et l’observation de la lune pour la mesure du temps, ont transformé ces observations en signes linguistiques. 

Leurs évolutions et métamorphoses élucident les racines universelles de systèmes aussi différents que les calendriers, l’alphabet et le zodiaque. Mais comment s'établit le lien entre les lettres et les mois ? Entre le système horaire et le système zodiacal? Pourquoi retrouve-t-on toujours le nombre 12 ? Pourquoi sommes-nous passés de 12 à 24 lettres et heures ? 

Et quels sont les liens entre les 24 images rouges chinoises (Hong Hua), le jeu d'échecs indien et le tarot de Marseille? Voici quelques unes des nombreuses questions auxquelles Patrice Serres répond dans cet exposé de 43 minutes.
Extrait de la vidéo
Bonjour, je suis l'auteur de ce livre « Le mystère de l'ordre alphabétique » et je viens vous en parler un petit peu. Surtout de deux choses qui sont abordées dans cet ouvrage. D'une part, l'alphabet lui-même, sa création, son origine, son existence. Et d'autre part, les systèmes horaires et la façon dont les systèmes horaires, l'alphabet et les calendriers, leurs histoires sont mêlées.
Les systèmes horaires débouchent sur une chose très étrange, sur le tarot. Alors ça débouche d'une part sur notre histoire, sur le tarot. Et d'autre part, c'est la façon dont les systèmes horaires, l'alphabet et les calendriers sont mêlés. Alors ça débouche d'une part sur notre alphabet et d'autre part sur le tarot.
Ce qui est assez curieux, c'est qu'effectivement on a le même système horaire qui se coupe en deux et qui devient soit l'alphabet, et un système horaire en Chine qui se coupe en deux et qui devient les images rouges qui deviendront elles-mêmes le tarot. Alors on commence évidemment par l'alphabet. Alors l'alphabet, en fait, il faut bien comprendre une chose, c'est que l'alphabet, c'est le système d'écriture qui est le plus largement répandu actuellement dans le monde.
Naturellement, il n'y a pas que notre alphabet, c'est-à-dire l'alphabet latin. Il y a l'alphabet arabe, il y a l'alphabet hébreu, il y a toutes sortes d'alphabets. Ce qui est assez étrange, c'est qu'on voit bien qu'ils ont une origine vraiment commune. A cette origine, effectivement, il faut savoir d'abord que cet alphabet, c'est avant tout un système d'écriture qui est uniquement phonétique, qui se voudrait uniquement phonétique.
C'est exactement le contraire des écritures anciennes ou même contemporaines, comme le chinois par exemple. Le chinois qui est une écriture idéographique qui s'occupe principalement du sens. Chaque lettre chinoise, qui n'est pas une lettre mais un idéogramme, est composée de petites briques élémentaires qui sont elles-mêmes des sortes de lettres, mais qui ne sont pas phonétiques. Elles ne correspondent qu'à des sens.
Alors quand on met un sens plus un autre sens plus un autre sens, ça donne un sens plus global, etc. C'est comme ça qu'est fabriqué un caractère chinois. Alors, les idéogrammes en Occident, est-ce qu'on les utilise encore ? Bien entendu, et même on les utilise surtout quand on veut être précis.
C'est-à-dire qu'on voit bien que l'alphabet, c'est quelque chose qui demande une interprétation, une grammaire, etc. La langue a besoin de tout ça pour se faire bien comprendre. Quand on veut être vraiment extrêmement précis, je veux dire vraiment très très précis, les mathématiques par exemple, les mathématiques n'utilisent que des idéogrammes. Les chiffres sont des idéogrammes.
Et à quoi reconnaît-on un idéogramme ? C'est que peu importe sa prononciation, le sens est toujours le même. Si vous écrivez un 2, par exemple, le chiffre 2, vous vous dites 2, les anglais disent 2, etc. Les chinois même disent R, etc.
Et en fait, on écrit toujours exactement le même signe. Évidemment, les autres signes mathématiques, le plus, le moins, divisé, etc. sont des idéogrammes. Même dans notre écriture, par exemple en français, il y a des lettres, des lettres de l'alphabet, qui ne se prononcent même pas d'ailleurs la plupart du temps, soit elles sont muettes, qui sont en fait des idéogrammes dans les mots.
C'est-à-dire que si vous mettez un S à la fin d'un nom, ça indique le pluriel. Vous ne prononcez pas le S, mais par contre ça change le sens. Donc un idéogramme qui vient se mettre dans un système alphabétique assez étrange. Toutes ces choses-là font qu'on se rend compte qu'effectivement, notre système alphabétique vient d'un système pictographique, au départ, avec des sens à qui on a attribué des sons.
Comment ça fonctionne, comment les sons sont arrivés complètement jusqu'à nous. D'ailleurs, ce qui est assez curieux, c'est que le même alphabet, par exemple, en français, utilisé par les français, utilisé par les espagnols, utilisé par les allemands, il y a certaines lettres qui n'ont plus du tout la même sonorité. Pensez au J, par exemple, au J français, qui est l'ajota espagnol. Il y a beaucoup de choses comme ça.
Et puis, effectivement, sont venues jouer les transcriptions modernes de langues qui n'étaient pas, justement, romanisées. Comme le chinois, par exemple, quand on a essayé de romaniser officiellement, par la méthode Pinyin, on a romanisé le chinois. Et donc, des lettres latines, vraiment, comme le Q, par exemple, qui se prononce TCH, comme faire une différence entre le B et le P, alors qu'en réalité, en chinois, c'est un P dur ou un P mou.
Voilà, c'est des choses comme ça. Alors ça, il faut bien se rendre compte qu'effectivement, d'abord, il s'agit d'un système qui se voudrait uniquement phonétique, et qui est, en fait, un système un petit peu sémantique. Un petit peu beaucoup, d'ailleurs, parce qu'effectivement, certaines lettres induisent le sens des mots, comme les mots qui commencent par un N sont souvent des mots de la négation. On se rend compte de tas de choses comme ça.
Alors, effectivement, en recherchant dans l'histoire, l'histoire de notre alphabet, on voit bien que notre alphabet vient... Au début, on a vu que ça venait du grec. Pourquoi ça s'appelle alphabet, d'abord ? Alphabet, on aurait pu penser qu'il s'agissait d'expliquer en un mot...
La racine devait nous expliquer ce que c'était que l'alphabet. Non, pas du tout. On insiste sur deux choses. Sur l'origine, qu'on dit grec, et l'ordre.
Alpha, bêta, gamma, etc., il s'agit de l'ordre grec. C'est assez curieux, puisque justement, l'alphabet latin est un petit peu différent. L'ordre de l'alphabet latin est un petit peu différent de l'ordre grec. Et on insiste sur cette espèce de parenté et de paternité, même, grec.
En fait, les premières lettres latines ont plus à voir... Enfin, les plus anciennes, disons, ont plus à voir avec l'écriture phénicienne. Mais l'écriture phénicienne est aussi l'une des origines de l'alphabet grec. Et puis, effectivement, plus on avance, plus on a fait de découvertes en ce qui concerne les étrusques, qui étaient en Italie aussi.
Et on s'est aperçus qu'effectivement, là, il y avait plus que des affinités. On avait vraiment quelque chose de très proche. Alors l'alphabet étrusque, curieusement, a été fait à partir de... C'est à peu près ce que je montre, justement, sur le livre.
Là, ce que c'est, là, c'est une pièce romaine, en réalité, mais qui reprend quelque chose d'étrusque. Il s'agit des douze villes, des douze noms de villes de l'Adode Capole. Alors l'Adode Capole, c'était les douze villes principales de l'étruerie, qui étaient en fait toutes indépendantes les unes des autres, mais qui, à force de conquérir les territoires autour d'elles, sont devenues tellement proches les unes des autres que ça fait un grand territoire.
Et ce grand territoire, il y avait effectivement des édiles qui étaient élus. Et donc chaque ville avait un nom qui correspondait à un signe. Alors il y avait la ville du poisson ou du pêcheur, il y avait la ville près de l'eau, il y avait plein de villes comme ça. On n'a jamais vraiment bien su quelles étaient véritablement les villes en question, parce qu'on connaît à peu près toutes les villes de l'Adode Capole, mais on ne sait pas du tout à quoi elles correspondaient, à quoi correspondaient ces signes.