La pensée de Louis-Claude de Saint-Martin

Le mot français "expérience", contient en allemand deux acceptions et donc deux traductions: avec d’une part la notion d’"Erfahrung"qui implique la présence d’un passeur, d’un apprentissage et donne lieu à "expérimentation". Et d’autre part, il existe le mot d’"Erlebnis"qui renvoit à l’expérience vécue, à une expérience intérieure, sans nécessairement une application pratique ou tangible. Fin XVIIIème, les hommes et femmes en quête de l’invisible, c’est-à-dire ceux et celles qui ne se contentent plus seulement de "croire" mais souhaitent faire "l’expérience de Dieu",

Pour visionner ce film ajoutez le au panier ou
abonnez-vous pour un accès à tout le catalogue !
56:57
À partir de 12 € / mois
VOD / 15€

empruntèrent donc aléatoirement ces deux voies, distinctes mais complémentaires, avec d’une part un versant empirique, visant à rechercher et éprouver les Signatures de la Nature (alchimie, théurgie, et en particulier via le magnétisme animal développé à cette époque par Mesmer) ou d’autre part dans une approche plus intérieure, par la voie de la prière, d’une philosophie incarnée et la découverte de son Maître Intérieur. La Naturphilosophie allemande (Philosophie de la Nature) et la Théosophie (Sagesse Divine) appartiennent à ce deuxième courant, intérieur, et Louis-Claude de Saint-Martin représente incontestablement la figure de proue de cet élan en France.

louis claude saint_martin Dominique Clairembautlouis claude saint_martin Michel Cazenave

Loin de toutes institutions religieuses, et d’ailleurs fort critique à l’égard de toutes les églises constituées de murs de son époque (Mauerkirsche), Louis-Claude de Saint-Martin a témoigné – et non prophétisé – d’une expérience vécue (Erlebnis) exceptionnelle, invitant tout à chacun à une psychanalyse poussée à l’absolu : pour lui, l’interne pallie à tout et il peut être considéré comme vérité essentielle.

Entre son premier recueil philosophique "Des Erreurs et de la Vérité" paru en 1775 et "De l’Esprit des Choses", en 1800, souhaitez-vous approcher l’évolution de la pensée de cet homme hors du commun ?

Souhaitez-vous vous familiariser avec les notions philosophiques et théologiques complexes telles que "le retrait de Dieu": la Kénose pour les chrétiens ou le Tsimtsoum pour les kabbalistes ?

louis claude saint_martinlouis claude saint_martin Jean-Marc-Vivenza

Comment saisir cette métaphysique vertigineuse qui nous indique que "l’Absolu est obligé de sortir de lui-même afin de prendre connaissance de lui" et par cette sortie, il oblige les esprits rebelles à la résipiscence ?

Réponses de Jean-Marc-Vivenza, Dominique Clairembaut dans cette table ronde de 53 min et animée par Michel Cazenave.

Une invitation à la méditation "à la suite de Louis-Claude de Saint-Martin" et non en le suivant…

Extrait de la vidéo

Il est quelqu'un dont presque tout le monde connaît le nom, qui est Louis-Claude de Samartin, sans éventuellement connaître réellement le personnage ou sans éventuellement réellement connaître son oeuvre. Généralement lorsqu'on en parle, c'est à travers le martinisme qui en a hérité mais qui, j'oserais dire, a pris quelques libertés avec Louis-Claude de Samartin. Donc nous voulons en parler réellement de la personne, de ses idées, de la jeunesse de ses idées et de savoir quel est l'horizon qu'il déploie.

Avec nous, nous avons Jean-Marc Vivenza, professeur de philosophie, qui s'est intéressé à Louis-Claude de Samartin précisément à travers son intérêt pour la philosophie allemande, s'il est bien compris, mais donc il nous expliquera exactement pourquoi. Et puis Dominique Clerambeau, de formation philosophique aussi, et qui s'occupe du site lephilosopheinconnu.com. Et c'est la première question que j'aimerais poser, parce qu'on sait très bien que Louis-Claude de Samartin, généralement, on en parle comme du philosophe inconnu.

Pourquoi le philosophe inconnu ? Alors, en ce qui est du philosophe inconnu, d'abord il faut bien comprendre qu'il n'a pas réellement choisi le nom de philosophe inconnu. Ce nom lui a été attribué. Lui-même, d'ailleurs, n'a quasiment pas signé ses ouvrages de ce nom, si ce n'est le premier « Déserreur et la vérité » qui a été édité en 1775, qu'il avait signé tout simplement par des abréviations, « phil », suivi de trois petits points, « inc », suivi par quelques points.

Termes, évidemment, qui ont été compris par les lecteurs comme « philosophe inconnu ». Mais c'est un nom que, en fait, Louis-Claude de Samartin ne va pas adopter lui-même, puisque l'essentiel de ses ouvrages ne seront pas signés « philosophe inconnu », seront signés par l'auteur des « Déserreur et la vérité », en général. C'est simplement pour l'un de ses derniers ouvrages, « De l'esprit des choses », en 1802, qu'il va adopter le nom de « le philosophe inconnu ».

Alors, voilà pour le nom de « philosophe inconnu ». Bien, donc voilà un trait qui n'est pas forcément principal, mais qui est réglé de sa manière. Et c'est la question que je me pose, Jean-Marc Evitenza, est-ce que Samartin, on peut le comprendre si on ne tient pas compte de l'époque où il vit ? C'est-à-dire de dire qu'il est l'héritier d'une certaine histoire des idées, qu'il est l'initiateur d'une autre histoire des idées, de sa manière, et est-ce qu'il ne faut pas le recontextualiser ?

Je crois qu'il est important, quand on aborde le taux de Samartin, c'est de comprendre quelles sont les confluences, les grands courants spirituels qui traversent l'Europe à cette période. Non pas qu'il en soit le produit, parce qu'en réalité ce qu'il va proposer comme pensée et perspective spirituelle est vraiment très original, il va reformuler la pensée de Martinez de Pasquali, et d'une certaine manière on pourrait dire presque qu'il reformule, y compris plus tardivement Jacob Bohm, et les grands courants qui sont derrière Jacob Bohm.

Cela dit, si l'on ne replace pas Louis-Claude de Saint-Martin à cette période précise de l'histoire, je crois qu'il est difficile de bien appréhender et percevoir d'abord le caractère tout à fait extraordinaire de l'apport qu'il amène, et ensuite le rôle qu'il joue comme passeur entre les périodes. Saint-Martin c'est par excellence le théosophe du XVIIIe siècle, c'est celui qui aime la sagesse et le rapport à la pensée, et qui pose comme proposition première que l'interne pallie à tout.

À partir de l'intérieur, tout peut être perçu et appréhendé comme vérité essentielle pour l'être, pour la personne, et il a un regard qui est à la fois dégagé des institutions, des structures, qui s'est forgé dans les rencontres humaines qui ont bouleversé sa vie, et il faut reconnaître que les hommes qu'il a rencontrés sont de nature bouleversante, et l'attitude de Saint-Martin face à chacun de ces hommes a été une réponse très personnelle.

Le premier, sans doute, Martinez de Pasquali en tant que rencontre interpersonnelle, parce qu'autrement il est plongé dans les auteurs de son époque. C'est un lecteur passionné des penseurs, des philosophes, c'est Bula Marquis qui le pousse à faire sa première réponse pour contredire le fait que les hommes aient inventé les dieux et le ciel afin de se rassurer face aux phénomènes naturels. C'est un lecteur de Jean-Jacques Rousseau, et en particulier des confessions et du promeneur solitaire, des rêveries du promeneur solitaire, c'est donc quelqu'un qui est imbibé de la littérature et des philosophes de son temps, mais dont les rencontres vont être déterminantes dans son existence, et la première de ces rencontres, sans entrer dans les détails de comment la chose, si je puis dire, a été rendue possible, c'est tout de même Martinez de Pasquali à Bordeaux en 1768, alors que militaire en garnison, avocat, s'étant rendu compte de son peu de vocation à défendre des causes injustes, il est placé dans un état militaire qui, heureusement, lui permet de bénéficier de beaucoup de temps libre, et donc à l'époque on maçonnisait beaucoup, son capitaine de régiment, le capitaine de Grunville étant un disciple de Martinez de Pasquali, et bien la rencontre va se faire, et chose extraordinaire, elle va aller jusqu'à ce qu'il abandonne l'état militaire, jeune, il a 25 et quelques années, et se mettre au service de son premier maître, comme il l'appelle, pour en devenir le secrétaire particulier.

Alors, si vous voulez, Martinez de Pasquali, on va essayer d'en dire quelques mots ensuite, mais la question que je me pose, c'est de dire, quand même, Saint-Martin est un homme du XVIIIe siècle, et nous, le XVIIIe siècle, on le voit toujours comme ce qu'on appelle le siècle des Lumières, et est-ce qu'il ne faudrait pas dire que le siècle des Lumières, c'est aussi le siècle des Illuminés, et je prends les Illuminés, évidemment, dans un sens tout à fait laudatif ?

Ah oui, il faudrait parler de l'illuminisme, c'est-à-dire du siècle de l'illuminisme. Alors, c'est, au fond, la baronne d'Auberkirche, dans ses mémoires sur le XVIIIe siècle, dit, justement, au début de son ouvrage, que, finalement, le XVIIIe siècle commence avec les philosophes des Lumières, le rationalisme, et va s'achever dans la superstition, dans l'attrait du merveilleux, c'est la grande période de Cagliostro, de Mesmer, de Puségur, c'est le maillétisme qui va prendre une importance tout à fait particulière, justement, pour tous ces gens qui, en particulier, étaient des quêteurs de l'invisible, et qui sont entrés dans la maçonnerie, dans des rites plus ou moins parallèles de la formation de l'illuminisme, et qui ont essayé de frayer avec l'invisible,

Abonnez-vous à la newsletter de BAGLIS TV

Haut