Apprendre les rituels

François Bénétin explore un questionnement essentiel à l’opérativité d’un rituel. Même si certains rites ne demandent pas l’apprentissage par cœur des rituels, ils sont concernés au moins pour certaines parties du rituel afin de garantir, rythme et présence : « le souffle, nous dit l’auteur, c’est la dimension sublime du rituel, celle qui ouvre l’accès aux plans supérieurs, aux plans spirituels, aux plans de l’esprit ».

Et d’ajouter : « Pour ces raisons, le rituel doit être connu par cœur pour être dit de mémoire, seule forme permettant de transmettre la résonance vibratoire, voire transcendante, dont il est le véhicule. »

Très justement, François Bénétin fait le lien avec le théâtre qui, dans l’antiquité, grecque ou indienne, était considéré comme un art sacré et initiatique : « il faut que les officiants interprètent leur rôle de transmetteurs et incarnent le rituel dans une représentation théâtrale sublime. Cette représentation théâtrale est, elle aussi, à considérer dans la fonction la plus élevée du théâtre, à savoir : détricoter, apprendre, assimiler un texte pour recréer et exprimer une vérité ou une réalité plus forte. Il faut donc passer par l’apprentissage par cœur des textes, qui doivent être dits et non lus ».

Nous savons que certains membres de l’ordre maçonnique éprouvent des difficultés à mémoriser. Leur effort n’en est que plus méritoire et est d’ailleurs constitutif de l’essence de la démarche initiatique maçonnique. Pour nous aider à mémoriser, François Bénétin prend le temps de décrire les mécanismes de la mémoire et de proposer des stratégies de mémorisation : cartes mentales, méthode « des lieux et des images », visualisations…

Une partie conséquente de l’ouvrage entre dans le détail de l’apprentissage des rituels : textes de l’initiation au premier degré, texte de la consécration, textes du 1er surveillant, du second surveillant, de l’orateur, de l’expert… Pour chaque fonction, François Bénétin cherche à guider l’officiant afin qu’il se concentre sur l’essentiel.

Ce livre est non seulement intéressant mais nécessaire. Nous aurions aimé un chapitre explicite faisant le lien entre cœur, centre (milieu) et rappel de soi. L’apprentissage par cœur est en effet un support naturel au rappel de soi qui donne à l’apprentissage par cœur sa dimension véritablement initiatique.

L’ouvrage se conclut sur cette question : « La mémoire est-elle un art ? » :

« La mémoire est un art, nous dit l’auteur, un art qui s’étend depuis l’apprentissage modeste, laborieux parfois, de la mise en mémoire jusqu’à l’atteinte de connaissances élevées dont la nature est incommunicable, et qui, en ce sens, s’accordent parfaitement avec les aspirations maçonniques. »

VOUS AIMEREZ AUSSI

Haut