Ecologie et spiritualité

La légende du Colibri nous dit : "Une immense forêt est dévorée par les flammes. Les animaux atterrés, impuissants, observent le désastre. Seul le colibri lâche une à une des gouttes d'eau qu'il porte dans son bec. Face au scepticisme des autres qui considèrent son geste dérisoire, le colibri rappelle que si chacun faisait comme lui, l'incendie serait déjà éteint"…

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Face à un désastre écologique annoncé (et mesurable) sur lequel se superpose une famine spirituelle sans précédent (moins tangible, celle-là)… nous avons souhaité nous interroger sur les subtiles relations qu’entretiennent entre-elles les notions d’« écologie » et de « spiritualité ».

Pour répondre à cette interrogation, Michel Cazenave a réuni autour de lui une géographe : Chantal Delacotte, une spécialiste du monde celte et des légendes arthuriennes : Claudine Glot ainsi qu’une « artiste de la nature » (à l’instar des « philosophes de la nature » chers au romantisme allemand): Anna Jeretic. La nature doit-elle être considérée comme une « bonne Mère » ou au contraire nous renvoie-t-elle « au règne de la mort » ? Eternelle juxtaposition de l’arbre de vie et de l’arbre de mort ?

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Entre les notions d’écologie « géographique », écologie « scientifique » et écologie « symbolique » (ie James Lovelock et sa « théorie Gaïa ») sommes-nous bien capables de dissocier ces trois niveaux de compréhension ?
Michel Cazenave ecologie spiritualiteMichel Cazenave

Tout mouvement « citoyen » ne doit-il pas tout d’abord démarrer par une prise de conscience individuelle de sa responsabilité (karma du colibri ?) ou de son êtreté, faute de quoi il n’est que chimère et condamné à l’échec?

Eléments de réponse dans cette table-ronde de 56 min filmée au Forum 104 où avec cinq siècles d’écart nous pourrons méditer l’adage rabelaisien « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme »…

Extrait de la vidéo

Notre monde aujourd'hui est confronté à ce que l'on appelle une très grave, sans aucun doute, crise écologique, qui nous oblige à revoir beaucoup de nos manières de penser, beaucoup de nos manières de vivre, et qui nous oblige à revoir à nouveau, à la fois, de l'innovation, de l'innovation, de la création, de l'évolution, de l'innovation, de l'innovation, de l'innovation, de l'innovation, de l'innovation.

et qui nous oblige à revoir beaucoup de nos manières de penser, beaucoup de nos manières de vivre, et on voudrait y réfléchir aujourd'hui, en même temps, en se posant la question, est-ce qu'une écologie peut peut-être penser sans rapport avec ce qui est de l'ordre du spirituel, encore que le mot spirituel, il faudrait éventuellement le définir plus précisément, parce que ce n'est certainement pas le spirituel traditionnel tel que nous l'a transmis notre culture.

Pour en parler aujourd'hui, nous avons avec nous Claudine Glau, qui a été la créatrice du Centre Arthurien de l'Imaginaire, c'est bien comme ça qu'elle s'appelle, c'est ça, qui est situé au château de Comper, dans la forêt de Brocéliande. Nous avons Chantal Delacote, qui est de formation géographe, et qui est présidente de l'association autour de Marie-Louise Van Fraans, et Anna Geretik, qui est artiste, et qui a profondément réfléchi au rapport précisément entre l'art et la spiritualité, et en même temps l'art et l'écologie.

Alors, la première question, déjà, lorsqu'on parle d'écologie, et par rapport au discours dominant, est-ce que, éventuellement, l'écologie n'aurait pas besoin d'être redéfinie par rapport aux champs, je dirais, collectifs auxquels nous sommes habitués ? Je crois effectivement que le terme d'écologie a besoin d'être clarifié, défini, et de savoir sur quel plan on parle. Et à mon sens, il y a trois plans d'écologie.

Il y a l'écologie scientifique, qu'on apprend dans les universités. Cette écologie scientifique, elle va s'intéresser surtout aux écosystèmes. Elle va utiliser beaucoup de mots techniques, et c'est bien normal. Elle va étudier les actions, interactions, rétroactions, de tous ces éléments qui la constituent, que ce soit les règnes, bien sûr, mais on parlera plutôt, dans le cadre de l'écologie scientifique, des sphères.

On parlera effectivement de la phytosphère, pour parler des végétaux. On parlera de la zoosphère, pour parler des animaux, par exemple. On parlera de la pédosphère, pour parler du vivant du sol. Ce vivant, ce processus de biocénose, il a besoin d'un biotope, il a besoin d'être sur un fondement.

Ce fondement, eh bien, ça va être l'hydrosphère, l'hydrosphère de l'eau, bien sûr, l'atmosphère, la lithosphère des roches, et toutes ces ressources. Bref, je pourrais, comme ça, multiplier les mots, les termes. C'est bon, parce que ça clarifie, et on voit bien que, eh bien, tout ça, c'est en interaction, rétroaction, bien évidemment. Mais, il y a une deuxième écologie qui est sur un autre plan de réalité, qui est ce que j'appellerais l'écologie géographique, où les sociétés humaines vont intervenir.

Ce que Thayar a appelé un eau-sphère, n'est-ce pas ? Intervient en action, interaction, rétroaction, avec tout ce que l'écologie scientifique a pu déjà poser, pour savoir comment gèrent les sociétés humaines, comment elles gèrent, eh bien, politiquement, économiquement, socialement, ces écosystèmes qui sont mis là dans l'environnement, c'est le terme qu'on emploie. Et, une troisième écologie, qui me paraît fondamentale, parce qu'en fait, le fondement, il est là, c'est l'écologie que moi j'appelle l'écologie symbolique.

Quelles sont les croyances ? Quelles sont les visions du monde ? Quels sont les paradigmes ? À ce moment-là, on parlera d'anthropologie, on parlera de nature, cette fois.

Quelle est l'anthropologie de la nature ? Quel est l'être que la nature a, pour telle ou telle ou telle société ? Quelle est l'ontologie de la nature ? Quelle est l'existence qu'on va lui donner à cette nature ?

Et ce sont, généralement, justement, ces fondements-là qui font qu'elles vont s'exprimer, dans le cadre du politique de l'économique et du social, un certain nombre de décisions et d'actions, et puis, certaines dérives, qui sont celles que nous connaissons aujourd'hui quand on parle de la crise de l'environnement. Et on ne peut pas mélanger les trois termes. Et il faut savoir, lorsqu'on parle d'écologie scientifique, qu'on ne peut pas dire n'importe quoi, qu'il y a des logiques, qu'il y a des légitimités, que ceci est quantifiable, et qu'il est donc nécessaire de savoir le rythme de l'eau, le cycle de l'eau.

Et puis, quand on parle d'écologie géographique, évidemment, déjà, les interactions avec le politique, ça devient plus complexe. Et quand on parle de l'écologie symbolique, là, on peut parler de la mer-terre. C'est dans ce plan-là qu'on va parler de la mer-terre, que la mer-terre, elle va être sacrée. Mais si je parle de mer-terre sacrée, je suis dans l'écologie symbolique.

Si je parle du sol, avec les micro-organismes et les vers de terre qui sont au travail, je suis évidemment dans une écologie de la science. Et sachons, justement, et c'est vraiment un de mes voeux les plus profonds, lorsque je parle avec des écologistes, ou ceux qui sont à sensibilité écologique, qu'on puisse savoir sur quel plan on est, à quel niveau de réalité on se situe. Voilà. Ça, c'est, je crois, une première clarification qu'on pouvait faire.

Alors, nous allons essayer de respecter les trois plans, en sachant dans quel plan nous sommes à chaque fois, et par rapport à quels sont nos référents. Sinon, c'est impossible de parler. Et c'est la question que je me pose, précisément lorsqu'on parle de l'écologie, quel sens on donne à cela ? Est-ce qu'on n'est pas tout le temps, nous, dans la position de notre action, avec ce que vous avez appelé la nature, alors qu'il y a déjà très largement de nature.

L'écologie symbolique peut parler de mots nature. La seule qui puisse parler du mot nature devrait être dans l'écologie symbolique. Je renonce au mot nature. Disons, la réalité du monde comme elle est, même d'ordre scientifique et d'ordre géographique, tel que nous l'avons expliqué.

Est-ce que nous ne parlons pas tout le temps, aussi, de notre position vis-à-vis de ces réalités-là ? Absolument, c'est pourquoi j'insistais sur le fait que l'écologie symbolique, celle qui va être le fondement de tout notre discours, et qu'aussi la demeure, et bien notre discours sur la demeure est part du fondement de nos visions du monde avant tout. Et tout ce qui va être décision prise à propos des écosystèmes part, justement, du paradigme dans lequel les décideurs, les acteurs vont s'inclure.

Et nous avons donc plusieurs types d'anthropologie de la nature. C'est le bouquin même de Descola, « Par-delà nature et culture ». Justement, il y a des anthropologies de la nature qui sont différentes. Nous avons la nôtre, avec notre légitimité, qui est celle que nous appelons l'anthropologie naturaliste, qui est la nôtre.

Mais il y a d'autres anthropologies qui vont parler des éléments de nature, disons, pour parler des choses comme ça, très différemment, puisqu'elles n'ont pas les mêmes visions, les mêmes perceptions. Mais justement, est-ce que le rapport avec ces réalités objectives, de cette manière quand même, est-ce que ce n'est pas entièrement conditionné par le regard que nous portons sur elles ? Absolument, c'est ce dont je parlais, c'est-à-dire la façon, la vision du monde que nous avons, la vision des éléments de nature que nous avons, c'est le fondement, c'est ce sur quoi il faudrait travailler.

Mon sens, je vais peut-être un peu vite, mais pour résoudre la crise dite de l'écologie, c'est d'abord nous interroger sur nous-mêmes, individuellement et collectivement, sur ce que je vais percevoir, ce que je vais projeter, ce que je vais recevoir de ces éléments de nature. Comment je me situe dans ma relation au vivant dans son totalité, par exemple, et comment je me situe au non-vivant aussi. Ce biotope dont on parlait justement, l'écologie scientifique, l'eau, l'air, ça appartient justement à l'écologie scientifique, certes, mais quelle est ma relation ?

Comment est-ce que je vais me sentir fille de l'air, fille de l'eau, évidemment, et à partir de là... Ou fille du feu, comme a dit Lara. Oui, absolument, ou fille du feu, absolument. Et comment, si je respecte l'eau, si je me sens fille de l'eau et si je respecte ma mère l'eau, à ce moment-là, je peux me dire, en tant qu'écologue scientifique,

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