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Par-delà les sycomores des temples de Memphis

Rares sont les livres pertinents sur les rites maçonniques égyptiens. L’ouvrage de Pierre-Léon d’Orbais est essentiel pour celui qui veut approcher la finalité de ces rites hermétistes. Pierre-Léon d’Orbais porte quatre regards sur la tradition maçonnique égyptienne : un regard chrétien, c’est-à-dire « vivant », un regard scientifique, un regard alchimiste opératif, un regard steinerien.

Pour ceux qui seraient surpris de la référence à Rudolf Steiner, nous signalons que Rudolf Steiner n’est pas seulement le fondateur du mouvement anthroposophique, il a également créé un ordre maçonnique de Memphis-Misraïm, toujours actif, qui est sans doute l’un des ordres maçonniques de rite égyptien les plus intéressants de notre époque par la qualité de leurs travaux, que cela soit en philosophie, en égyptologie ou en alchimie. Ajoutons que Rudolf Steiner a également fondé un ordre rosicrucien plus interne. La référence aux travaux de Rudolf Steiner est ainsi tout à fait justifiée.

Les rites maçonniques égyptiens furent, en Europe, à la croisée des courants hermétistes les plus intéressants, ils en furent parfois le réceptacle, parfois le cercle externe. « La Franc-maçonnerie égyptienne est un Art Royal dont l’objet est la régénération de l’homme dans sa nature spirituelle. »

Pierre-Léon d’Orbais propose. Il offre au lecteur une matière à travailler en toute liberté afin de réaliser par lui-même et d’acquérir, s’il le souhaite, les qualifications nécessaires pour entreprendre la queste. C’est donc ce qui manque généralement dans les écoles dites initiatiques, maçonniques ou non, une véritable propédeutique, base sur laquelle la démarche initiatique peut se déployer favorablement, que nous trouvons dans ces pages. Rappelons qu’après une véritable propédeutique, il n’y a rien à faire, la voie, née au cœur du silence, se déploie d’elle-même.

La structuration de l’ouvrage, la clarté des écrits permettent au lecteur de s’approprier un ensemble remarquable composé d’éléments traditionnels et de détours aussi originaux qu’adéquats. Ainsi Pierre-Léon d’Orbais aborde le sujet des quatre éléments, des quatre éthers, de l’homme quaternaire, des tempéraments de l’homme, des ternaires, des vertus des principes alchimiques, du processus de relèvement en trois degrés de la Franc-maçonnerie… Il nous entraîne également chez Goethe, chez Alain de Lille ou nous fait visiter la Cathédrale de Chartres.

L’alchimie tient une place essentielle dans cet ouvrage. Pierre-Léon d’Orbais met en garde aussi bien contre les faiseurs d’or que contre ceux, de plus en plus nombreux, qui sous couvert d’alchimie, ne font que se mettre en avant alors que la discrétion reste indispensable, aujourd’hui comme hier. Conscient du parergon, il insiste sur les qualifications requises pour aborder l’ergon.

« L’alchimie est un art de rédemption, un art d’amour qui vise à séparer le pur de l’impur, qui accepte l’impur, l’affronte et le transforme, l’utilise pour parvenir à la lumière. Libérer l’esprit ensorcelé dans la matière, le réveiller du tombeau de la forme extérieure, c’est là une image de l’homme en quête de l’esprit. L’alchimiste aspire aux plans supérieurs. Nous sommes loin de la convoitise des faiseurs d’or, loin des cénacles initiatiques où de prétendus alchimistes imbus d’eux-mêmes s’offrent en spectacle en se prévalant du peu de connaissances qu’ils ont, en profitant d’âmes sincères. »

A la triple chute de l’humanité, répond une triple « résurrection » qui se dessine dans les processus alchimiques portés par les grades bleus : le processus Sel du degré d’Apprenti, le processus Mercure du degré de Compagnon, le processus Soufre du degré de Maître :

L’homme issu de la Chute est une forme composite du petit moi chaotique. En se libérant du mental sclérosé, la pensée est rendue vivante. Sa beauté et sa clarté cristalline la rendent apte à se saisir de l’essence idéelle du monde. L’illumination de l’intelligence, la métamorphose de la pensée en compréhension, c’est le processus Sel. La purification du sentiment libère la sphère affective de sa dimension subjective et passionnelle. La mutation de la sensibilité, porteuse d’un élan profond vers la connaissance et d’un embrasement pour la vérité, orientant vers la sagesse. C’est ce que nous avons nommé processus Mercure. Enfin, par une purification de la sphère morale, la volonté spiritualisée se libère de la mécanique inconsciente des désirs accidentels. Ce processus dans lequel la force de conscience issue du Moi irradie chaleureusement le monde, nous l’avons appelé processus Soufre. »

Ce livre, indispensable, évoque au final, de manière nécessairement voilée, les voies du corps de gloire à travers les trois temps, des épines, des roses, et des lys.