Hergé chez les initiés 2/3: l’intégration du Soi

Les deux albums de Tintin étudiés précédemment dans « La réalisation du moi » (« Le secret de la licorne » et « Le trésor de Rackham le rouge » ) évoquaient la première étape de tout processus initiatique, le petit œuvre : l’érosion de l’égo, l’identification de ses automatismes, le dépassement de ses contradictions et l’établissement d’une paix intérieure. Dans ce second volet, Jacques Fontaine aborde la seconde étape du processus initiatique, le grand œuvre : l’exaltation, l’ouverture et la fusion avec l’Un, l’émerveillement face à l’ineffable.

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En effet, les deux albums suivants « Les sept boules de cristal » et « Le temple du soleil » sont placés sous le signe du feu : le Feu de la Connaissance, le Feu de l’Esprit. Grâce à de nombreuses et passionnantes analogies empruntées aux différentes traditions: amérindiennes, africaines, celtes, extrême-orientales, Jacques Fontaine nous fait découvrir que derrière le dessin, les personnages et leurs gags « extérieurs » se cache un symbolisme « intérieur » qu’Hergé a sciemment  puisé dans l’ alchimie, l’hermétisme, la franc-maçonnerie.
Grâce à ces différents niveaux de compréhension – et recoupements – on comprend non seulement la force de l’oeuvre d’Hergé, sa pérennité et son universalité mais aussi le message qu’elle nous donne : le respect de l’autre et la préservation de la Nature. ...
Simples emprunts? Clins-d'oeil? Ou message caché ? A  vous de vous faire une idée dans cet exposé vidéo de 45 minutes.

Extrait de la vidéo

Donc deux premiers albums. Deux premiers albums, le secret de la licorne et le trésor de Rackham le Rouge. Ils ont fait l'objet de la première conférence. Et qu'est-ce que l'on raconte dans ces deux albums ? Eh bien, ils cadrent exactement, avec la découverte à la fin comme un coup de gong du trésor de Rackham le Rouge. Ils racontent la réalisation du moi, c'est-à-dire la première étape de la spiritualité. Première étape que vous retrouvez dans toutes les traditions, dans l'alchimie, une tradition essentiellement mais pas seulement occidentale, avec le petit Œuvre, que vous retrouverez dans le taoïsme avec le shenzhen, que vous retrouverez dans la Kabbalah avec la dent bériatique, que vous retrouvez partout. A la fin de ces deux albums, le moi est réalisé, et nous disons bien que c'est le petit Œuvre dans la mesure où un élément est dominant qui est l'élément du petit Œuvre qui est l'eau. Il est également réalisé, parce que nous en avons une autre preuve, c'est qu'il est sous le signe de la licorne. La licorne qui a de multiples interprétations symboliques, dont une des interprétations c'est la réalisation du choix, c'est la première étape d'un parcours initiatique. Et puis nous avons réussi à constituer au cours de ces deux premiers albums, une unité, une fraternité de base, une cellule maçonnique de base avec trois frères. A ce propos, je vous ai posé d'ailleurs plusieurs questions. Il y a une question qui me vient pour les trois frères, c'est ce petit Milou. Ce petit Milou, je n'ai pas réussi à lui trouver une vocation symbolique, donc il est là simplement pour le plaisir. Vu le génie d'Hergé, ça m'étonnerait, mais moi je n'ai pas trouvé. Donc ce petit Milou, à vous de l'interpréter comme vous voulez. Regardons maintenant les deux autres albums, les 7 boules de cristal et le temple du soleil. Et nous allons voir si notre hypothèse se confirme, c'est-à-dire que non seulement on trouve dans le centre de l'œuvre d'Hergé tout un champ initiatique qui se rapproche des initiations, et notamment de la franc-maçonnerie, mais peut-être, si on pousse l'hypothèse loin, et nous sommes engagés à le faire en fonction des deux premiers albums, est-ce que ces quatre albums ne seraient pas structurés en fonction des deux grandes étapes de l'initiation.

Vous avez deviné que oui, et nous allons le voir avec ces deux autres albums. Alors, le début des 7 boules de cristal se passe dans un music hall. Et dans ce music hall, c'est intéressant parce que Tintin et Haddock, recherchant un ami dans les coulisses, font tomber, c'est exactement Haddock qui fait tomber beaucoup de décors, et ces décors s'entremêlent, tapent l'un sur l'autre. Haddock, sonné, veut se rafraîchir le gosier, voit une porte marquée Buvette, il ouvre la porte, et c'est encore un décor, il se cogne brutalement dans le mur de briques, etc. Et à la fin, à force de tout faire tomber, il y a une tête de vache énorme qui s'emboîte et s'encastre sur le buste d'Haddock. Et ça c'est tout à fait intéressant. C'est tout à fait intéressant, et ceux d'entre vous qui sont passionnés par le bouddhisme sentiront tout de suite l'illusion du monde. Le monde est un décor, le monde que nous voyons est une représentation en fonction de nos projections, en fonction de nos introjections, en fonction de nos identifications, bref tous ces mots que la psychanalyse connaît bien. Nous nous projetons un monde. Le bouddhisme a développé considérablement cette notion de base, puisque c'est une notion de base du Bouddha lui-même. Donc, la magie, puisqu'ils sont dans un musical où on donne des tours de magie, nous dit qu'il y a un autre monde, et que le monde que nous voyons n'est pas le monde si réel que nous le croyons. C'est un monde que nous projetons sur l'écran de nos nuits blanches, comme disait un chanteur. Et cet autre monde qui n'est pas dans des décors de théâtre, cet autre monde, on va nous l'annoncer à travers l'histoire de Raskar Kapak, le grand Inca momifié qui est au centre de cette boule de cristal.

Je vous invite à regarder dans les sept boules de cristal la page 16 et la grande bande 2 qui couvre les quatre cases. Que voyons-nous ? Eh bien, nous voyons arriver sur la scène dans un scandale parfait le capitaine Haddock avec la tête de vache, c'est-à-dire la tête du profane, la tête de celui qui croit que le monde, c'est le monde, celui qui ne voit pas l'invisible, celui qui ne sait pas qu'il y a des vrais messages qui nous structurent profondément. Et il arrive avec une cloche de vache qui fait un bruit considérable sur la scène où on voit un prestidigitateur en train de changer de l'eau en vin. Alors, là c'est intéressant parce qu'on voit l'intrusion du monde profane de façon maladroite et brutale dans le monde initiatique et dans le monde sacré, le monde des messages ésotériques.

Et vous allez voir, ça va se poursuivre tout au long avec les explorateurs, tout au long de cet album. Mais surtout, vous voyez, en fond de scène de cette scène de music hall, le tapis de fond de scène représente quelque chose de parfaitement intéressant. Il représente le sceau de Salomon, d'une part, et d'autre part, étalée sur le sceau de Salomon, une immense chauve-souris avec un point d'interrogation. Le sceau de Salomon, qu'est-ce que c'est ?

En dehors du fait que ce soit un symbole extrêmement connu, puisque c'est le symbole juif par excellence, mais le sceau de Salomon, c'est aussi autre chose. C'est le petit oeuvre qui descend, c'est-à-dire la réalisation du moi qui descend, et c'est le grand oeuvre qui monte. En d'autres termes, c'est l'esprit qui descend dans la matière et la matière qui se spiritualise. C'est-à-dire, c'est une façon de dire, progressivement, l'être, au fur et à mesure de son approfondissement et de son épanouissement spirituel, monte et arrive à obtenir cet état de communion, de fusion indicible, qui lui fait percevoir, de temps en temps, sa permanence dans l'un, dans l'absolu, dans l'ultime. Alors, le sceau de Salomon est donc passionnant, parce que le sceau de Salomon nous résume avec le petit oeuvre qui descend, nous résume les deux premiers albums, et avec le grand oeuvre qui monte, les deux autres albums. C'est-à-dire qu'il nous résume peut-être le degré de compagnon, avant, et maintenant le degré de maître, puisque le maître voit le soleil, en maçonnerie, à travers l'acacia. Et puis il y a cette chauve-souris, toutes elles déployées. Cette chauve-souris, on se demande pourquoi elle est là. Là aussi, il est talentueux, Hergé, il est talentueux. La chauve-souris, dans les populations d'Amérique du Sud, les populations indigènes autochtones d'Amérique du Sud, la chauve-souris est l'animal qui mange le soleil. C'est-à-dire, pour qui sait lire et qui est au courant de tout cela, on sait déjà, on renifle déjà, qu'il va y avoir une histoire grave avec le soleil et que le soleil risque d'être bouffé. Et il le sera. Pour ceux qui ont lu le livre, ils le savent bien, la tombe du soleil, pour les autres, nous allons le découvrir.

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