Géométrie du monde du ciel et monde du sens
Comment est-il possible que notre civilisation, si avancée scientifiquement, continue de buter sur ce défi, lancé jadis par le fronton du temple de Delphes : "Homme, connais-toi toi-même et tu découvriras les Dieux…". La raison ne serait-elle pas à chercher du côté de la préférence accordée aux sciences analytiques et logiques, au détriment des systèmes symboliques (Yi King, Tarot, Astrologie…) ?
abonnez-vous pour un accès à tout le catalogue !
C’est en tout cas la comparaison qui sert de départ à cette introduction* à l’astrologie. Tout d’abord, Luc Bigé situe celle-ci dans ce qu’il estime être son domaine d’application : le monde du sens. Mais à l’encontre des sciences, elle ne "produit" pas de sens en décrivant la matière, pas plus qu’elle ne se penche sur la "transcendance du sens", sur laquelle on ne peut guère discourir. Elle se tient en fait à la croisée des mondes visibles (matière) et invisibles (esprit), là où le sens "émerge", précisément à partir de cette rencontre qui le contient en germe.
Encore faut-il pour cela ne pas être dans une posture de savoir, mais dans une disposition d’ouverture. De plus, là où la pensée analytique scanne en quelque sorte le réel, étudiant chaque plan à part avec des outils conceptuels différents et cloisonnés, la pensée analogique est au contraire verticale, transversale : elle éclaire chaque niveau à la lumière universelle de ce que Rudolf Steiner nommait les "forces formatrices".


Pour Luc Bigé, ces "forces formatrices", ce sont les archétypes. Ceux-ci s’expriment à tous les niveaux du réel, selon les prismes des plans qu’ils traversent. Dans le cas des êtres humains et des sociétés, il s’agira des "mémoires" (individuelles, familiales, collectives…). L’expression unique du "mythe fondateur" qui en découle, constitue, l’œuvre à accomplir, celle qui « fait passer la personne du statut de robot biologique à celui de sujet, et fait d’une foule une nation. » Et c’est bien ce récit qu’il s’agit de mettre à jour dans la carte du ciel.
Si vous souhaitez découvrir comment une idée devient un idéal, puis une idéologie, et enfin une idole ; pourquoi la précession des équinoxes n’invalide pas l’astrologie et comment l’astrologie se situe par rapport à l’événementiel : suivez Luc Bigé dans ce cours de 63 mn qui, avec toute la polysémie possible et imaginable met LE CŒUR A L’OUVRAGE.
Extrait de la vidéo
Ce qui m'intéresse, c'est de relier au fond l'approche scientifique et l'approche symbolique, et de montrer les complémentarités des deux.
La grosse différence, bien sûr, c'est que la démarche scientifique s'intéresse à la réalité objective, à la réalité matérielle, c'est-à-dire comment fonctionne un stylo et quelle est l'histoire de la Terre d'un point de vue géologique, mais ne répond pas à la question du sens. Alors que les langages symboliques, eux, ne vont pas répondre comment fonctionne un stylo et quelle est la géologie de la Terre, mais par contre vont proposer des grilles de décodage à la question du sens. Alors on parlera tout à l'heure ce qu'on peut dire du sens du sens parce que c'est important de se mettre d'accord là-dessus. Mais en tout cas, pour simplifier, la science répond à la question du comment ça marche et les systèmes symboliques, en général, répondent à la question du pourquoi c'est là et quel est le sens qui est derrière. Pour percevoir le monde du sens, il est important de ne pas... vous ne lirez jamais un thème astrologique comme vous lisez un livre. Il faut oublier ça. Pour une raison simple, c'est que le livre est alphabétique, c'est-à-dire dans notre culture, en tout cas. Il n'est pas idéogrammatique, comme dans les cultures orientales qui sont plus cerveau droit. Nous, on est plus cerveau gauche, l'hémisphère gauche du cerveau qui est, lui, linéaire, analytique, qui coupe les cheveux en quatre, parfois dans le sens de la longueur quand il a envie de s'amuser. Donc le sens ne se perçoit pas par la délise. Donc le sens n'est pas un truc qui va être dissécapé sous le scalpel du fonctionnement de l'hémisphère gauche du cerveau.
Donc la science ne va pas explorer le monde du sens. Donc on ne pourra pas lire un symbole en essayant de l'analyser par le mental, pas plus qu'on ne peut lire un thème en essayant de l'analyser par le mental. Donc il faut partir dans une autre posture philosophique qui est en même temps une autre posture intérieure, qui est propre à l'hémisphère droit du cerveau. Donc que va faire l'hémisphère droit ? Lui, il est dans le global, il est dans la synthèse, il est dans la perception de l'ensemble et il est dans la perception du sens. Et surtout, il est dans la réceptivité et l'acceptation du non-savoir. Donc pour lire un symbole, il faut oublier tout ce qu'on connaît sur le symbole et vraiment s'ouvrir aux informations qui surgissent. Alors c'est des informations qu'on peut connaître, qui vont se mettre en place parce que le symbole est là, mais c'est aussi des informations qu'on ne connaît pas et qui peuvent paraître dans un premier temps absurde, étrange, etc.
Donc c'est vraiment une posture d'ouverture que je vous propose pendant l'ensemble de ces séminaires pour se rendre disponible à la présence du sens. Donc l'idée, en tout cas dans ma démarche, parce que j'étais parti là-dessus, c'est de vraiment faire la synthèse entre l'approche scientifique et l'approche symbolique et de montrer la complémentarité des deux approches, vu que l'être humain, bien sûr, s'en nourrit de pain, mais il se nourrit aussi de sens. Et c'est cette géographie-là que vont explorer les systèmes symboliques. Quand je dis système symbolique, ce que je veux dire, le symbole, c'est le langage de la nature et le langage de l'inconscient. Donc c'est un langage muet, mais le mot, dans le jeu du paradoxe, le mot mutus, le mot mot émoté vient du latin mutus, qui veut dire muet, et le mot mythos veut dire fable, veut dire discours. Donc vous voyez que dans la réalité linguistique, étymologique, le mot est muet, c'est-à-dire le mot est un silence, le mot ne dit rien et décrit les choses, donc il a eu du mal à être dans la profondeur du sens.
Par contre, la fable, le mythe, le conte, etc., vont nous raconter des histoires et ces histoires parlent profondément à notre inconscient. Et du coup vont amener à des processus de transformation intérieure du fait simplement que l'histoire est là et qu'elle a des résonances avec les grandes images intérieures de notre inconscient. La meilleure image pour comprendre ça, c'est le fonctionnement du conte de fées par rapport aux enfants. Il peut vous demander de le répéter ou de le raconter dix fois, cinquante fois, cent fois la même histoire, simplement parce qu'à chaque fois, il y a une espèce d'alchimie intérieure qui se produit et sans comprendre pourquoi intellectuellement, il y a une transformation intérieure qui se fait. Donc c'est vraiment dans cet esprit que je voudrais vous inviter à faire de l'astrologie ici. Donc comme on le disait, on ne va pas rentrer dans des choses compliquées, même si ça peut être compliqué, je vous montrerai pourquoi ça peut être compliqué tout à l'heure, mais ça part de choses extrêmement simples. Et donc on va voir ces bases simples en réalité. Après, évidemment, si on veut les appliquer aux différents niveaux de lecture, on rend des choses complexes simplement parce que la matière elle-même est complexe. Donc c'est quoi les systèmes symboliques? Les systèmes symboliques, c'est bien sûr l'astrologie, mais il y en a d'autres. Ce sont les littings, les tarots, la lecture kabbalistique, l'arbre des séphirotes, etc. La lecture dans le mar de café, pourquoi pas?
C'est une façon, c'est pas un mode, c'est pas un système symbolique, mais c'est une lecture d'un symbole. Donc il y a ces moyens de contact avec le monde du sens, avec le monde invisible. Alors, ça peut être à travers une image, mais il y a des systèmes qui ont tenté de formaliser la nature de ce monde du sens, la nature de ce monde invisible, ce qu'on appelle les systèmes symboliques ou les systèmes analogiques. En tout cas, ils fonctionnent sur l'analogie. La science va fonctionner sur la logique, les systèmes symboliques vont fonctionner sur l'analogie. Donc ça suppose un autre regard sur le monde que le regard purement mécaniste. Alors je voudrais vous développer ces deux points.