1 1 1 1 1 1 1 1 1 1
L’Art du Chaos de Dominique Bertrand

En nous rappelant dès les premiers mots que l’étymologie grecque du mot « chaos » renvoie à la « béance » et au défi que cet essai propose de relever, faire de cette « béance » une « source ».

« L’originel immémorial, confie l’auteur, devient alors originaire, disponible à l’instant même, « pratique ». Sa fécondité exceptionnelle – largement inexplorée – peut ouvrir des perspectives nouvelles, impliquant de nouveaux rapports au monde, à l’autre, à soi-même, à la parole.

En réponse aux tentations apocalyptiques, s’il s’agit non seulement de survivre à la tempête qui menace, mais d’user de sa dynamique pour ouvrir de nouveaux champs de présence, il pourrait être utile – sinon urgent – de préciser les conditions d’un art du chaos. »

Cet art du chaos se révèle rapidement comme art de vie, un ordonnancement créatif du foisonnement des possibles, une traversée des dualités, qui passe par la quête de l’intervalle, l’auteur évoque « une faille au sein même de la logique, donnant sur ce qui lui échappe ».

La dynamique du chaos demande à être orientée et cela ne peut se concevoir sans éthique ni sans sagesse.

« C’est là l’Œuvre en son ouvrage : dans l’entre-deux, le contact avec l’en-puissance. Transition de phase, seuil entre ce qui est et ce qui peut être. Où l’art devient sagesse : la fine apparition d’un amour sans objet, sinon l’Ouvert, source de ciel en nous. L’éveil d’une joie indéfinissable face au surgir du monde, identique et pourtant inexplicablement nouveau, radieux du possible… Cachée dans l’ombre des mots et des certitudes – prête à donner un coup de patte si la pensée oublie de se surprendre elle-même en chemin – la sagesse du chaos se tient aux aguets, fort curieuse de la fin de l’histoire qui commence ici. »

Le voyage auquel nous sommes conviés sur l’océan du chaos conduit vers les multiples dimensions de l’être, un voyage qui suscite ou même exige d’être présent, au sens de « pré-être », précise l’auteur en s’appuyant sur l’étymologie, afin d’être témoin « du permanent surgissement du monde ».

Métaphysiques, mathématiques, mythes, puissance, chute, gaste puissance, double, entre-deux, extases, ivresses, logiques, langage… sont autant d’îlots (d’expériences) qui jalonnent le voyage jusqu’aux « rivages du sans forme ». Voyage en non-séparation.

« Par son incontournable retour au point-zéro « paradigmatique », charnière des transitions de phases collectives, l’époque se présente comme initiatique, au sens premier. A l’ »initial », le caillou solitaire, marqué du sceau du Double qui, le divisant reliant à lui-même, le divise relie soudain à l’autre, et potentiellement à tout. Faire avec le chaos, c’est éprouver la façon dont à tout instant il nous forme, déforme, transforme. Si le mot « frère » prend ici son sens radical, c’est d’être tous ses enfants, à tout instant de lui naissant, comme l’univers lui-même. »

L’essai de Dominique Bertrand transforme la surface des choses en profondeurs, libère des formes. La poésie de la non-dualité affleure entre les mots et les concepts pour nous arracher au spectacle.