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La rumeur du divin de Jean Bouchart d’Orval

Les Editions Almora ont décidé de réimprimer ce livre paru en 2000 aux Editions du Roseau. A travers l’étude des traditions spirituelles de plusieurs pays (Inde, Grèce, Egypte), Jean Bouchart d’Orval explore depuis quelques années le pressentiment de la joie sans cause et son actualisation dans la vie. Dans ce recueil de textes courts et incisifs, il aborde la tradition judéo-chrétienne en prenant appui sur des paroles principalement tirées des Evangiles et de l’Ancien Testament. En mettant en exergue des évènements de la vie quotidienne, des paroles banales d’individus emblématiques ou inconnus, tels qu’une discussion auprès d’un puits, une invitation à aller sur l’autre rive du lac, une cruche vide, l’auteur met en évidence que ces évènements anodins ont un sens et une dimension métaphorique bien plus riche qu’un regard de surface ne le laisse supposer.

Ce faisant l’auteur nous invite à nous laisser saisir par la puissance originelle qui se dégage de ces écrits trop souvent dénaturés par les multiples interprétations historiques et doctrinales qui en occultent la fraîcheur et la puissance.

L’intention première de l’auteur est de provoquer en nous une conversion du regard. Il nous invite à faire face à la réalité de la Vie. Toutes nos prétentions sont illusoires, tous nos espoirs sont vides. Rien ne doit échapper à la lucidité d’un regard désencombré : ni les illusions du monde moderne basées sur notre prétention à être le centre du monde, à entretenir le culte de soi, à être vécu par le culte de l’image, ni nos prétentions spirituelles qui ne font que continuer à entretenir le mécanisme de l’illusion que nous contrôlons la vie. L’auteur nous invite à la plus extrême vigilance, à distinguer les conséquences de tous nos ajournements qui masquent la seule et unique réalité, à observer ce qui est tel que cela est. Rien à attendre, rien à faire, pas de choix, tout ce à quoi on arrive est mondain, toute stratégie est vouée à l’échec, la vie n’a pas de but, au mieux elle a un sens, celui de nous faire comprendre le vide de nos prétentions et de nous inviter à demeurer ouvert au dynamisme du Grand Vivant. C’est seulement dans la non adhérence, dans le silence de l’instant qui est éternité que le Simple, l’Un se révèle. Le regard de Jean Bouchart d’Orval est sans concession avec nos multiples arrangements. Il évite toute reconstruction qui pourrait être un nouveau mirage et laisse le lecteur face à lui-même, face au réel.

L’idéal spirituel prôné par de Jean Bouchart d’Orval est la tranquillité : « La tranquillité n’est tributaire d’aucune circonstance ». Dans cette ouverture se produit la libération d’une incroyable énergie. « Il s’agit en somme de reconnaître que ce qu’on appelle le monde est la rumeur de la conscience, que l’univers est cette même conscience énoncée, racontée... Ce que nous appelons notre vie consiste à laisser éclater la joie ». Jean Bouchart d’Orval note que cette vision d’une réalité riche et profonde n’est pas l’apanage de la tradition judéo-chrétienne, on la trouve également en orient notamment dans le shivaïsme du Cachemire, par exemple dans la compréhension de l’imbrication des divers aspects de la Parole une et multiple. Ce qui arrive est libre déploiement de la Parole incréée, du Verbe. « Ce qui est sacré n’a pas de but, c’est poétique... Toute véritable expression est poétique, c’est-à-dire autre chose que ce qu’elle a proprement en vue ».

« Vivre libre c’est agir sans préhension ni appréhension, c’est vivre normalement, de façon complètement fonctionnelle... Dès que le nuage de médiocrité se dissipe dans notre cœur, nous pouvons donner à partir de notre surabondance, sans jamais nous appauvrir. Dans ce don, il n’y a pas de place pour quelqu’un qui donne, pas plus que pour quelqu’un qui reçoit : il y a le Don, l’Acte, le surgissement du cœur de Dieu ». Celui qui est appelé à venir, selon les paroles du Christ, c’est le paraklêtos, l’esprit de vérité. « L’Unique est au-delà du fait d’exister ou de ne pas exister. Tout ce qui est perçu est surgissement dans la lumière du regard à partir de l’Unique et dans cet Unique prégnant de tout ce qui est et peut être ». Le Réel ? C’est « tout, la seule réalité. C’est le Grand Vivant, c’est notre identité. Se prétendre autre chose est blasphématoire. Mais comme nous ne sommes pas quelque chose nous ne pouvons pas nous le représenter ». Notre fonction ? Les Ecritures nous le disent au travers du Mystère de l’incarnation : « On pourrait dire que c’est là le sens de l’incarnation : voir clairement que le Père et nous sommes Un....Le Père, c’est la Vie ; le Fils, c’est l’incarnation... Unique, le Fils de l’Homme l’est sûrement, mais cet Unique est inclusif et non exclusif. Il est unique parce que c’est ce que nous sommes tous. Mais seul celui qui le sait peut le clamer et c’est d’ailleurs ce que fait Jésus... Le père et moi sonnes Un ».

Une invitation sérieuse à relire certains textes de la Bible et surtout à Voir autrement notre réalité qui dans la « vie grossière » comme dans le texte ici présenté, n’affleure que par intervalles, dans le silence.