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 Guide du Paris hermétique de Serge Thibaut

Cet « essai sur la symbolique des alignements parisiens », d’une très belle présentation, renoue avec le thème récurrent de la symbolique étoilée de la capitale française.

Jouant avec la plurivalence des symboles, Serge Thibaut explore les grands axes de Paris en des lectures multiples, alchimique, maçonnique, chrétienne, astrologique ou autre. L’étude des grands et petits monuments de Paris, selon une géographie sacrée mais aussi en fonction du contexte historique de leur édification, fait sens même s’il s’agit de ce que peut dire l’architecture, plutôt que de ce qu’elle veut dire.

La première partie de l’ouvrage est construite selon l’axe historique : de la Nation au Louvre ; le Louvre, épicentre parisien ; de la Concorde à la Grande Arche. La deuxième partie s’intéresse aux deux parcours, rive droite, rive gauche, le long du méridien.

La troisième partie, selon l’ace fraternelle, propose une lecture plus maçonnique de Paris avant de s’intéresser à l’axe de la terre à travers la place de la République, le beffroi de la gare de Lyon, le ministère de l’Economie et des Finances et la Bibliothèque Nationale de France. La quatrième et dernière partie traite des mues alchimiques et de la mue céleste des héros.

L’ouvrage, très argumenté, demeure agréable à lire grâce à la fluidité de l’écriture sur un sujet difficile pour un auteur qui veut rester rigoureux.

Serge Thibaut relève « deux types de sens à l’œuvre dans l’hermétisme architectural :

- Un sens a priori qui est celui que détermine l’axe préexistant, et qui impose à chaque nouvel élément un certain volume et, surtout, une certaine porte sacrée. Il eût été impensable, dans le cas de la Grande Arche, que celle-ci fut trop haute, et qu’elle fût dénuée de lien avec le monde céleste : après le passage de l’Arc de Triomphe, il lui fallait exprimer l’ascension de l’ici-bas vers les configurations zodiacales.

- Un sens a posteriori qui résulte de la contingence de l’histoire, des moyens financiers, des choix des jurys, etc. Dans le cas de la Grande Arche, la forme du bâtiment, le revêtement de sa façade en marbre, ou encore l’abandon des nuages relèvent de ce sens a posteriori qu’il faut se garder de surdéterminer et qui n’est souvent que l’expression d’un projet architectural particulier ou d’une difficulté technique. Telle est sans doute la grandeur du sacré que de pouvoir accueillir la contingence et d’organiser cette dernière dans un cadre préétabli qui lui donne progressivement forme et sens. C’est des aléas de la vie matérielle et du vacarme historique que se nourrissent les structures sacrées qui, jour après jour, tracent dans la poussière des ans l’inébranlable relation aux cycles immuables et aux astres divinisés : Paris ne cesse de nous le rappeler. » Un très beau livre.