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La Franc-maçonnerie swedenborgienne

Nous revenons plus en détails sur ce livre, dont la parution fut annoncée dans la dernière Lettre du Crocodile. Serge Caillet nous propose en effet un ouvrage, le seul, très complet sur ce rite aussi intéressant que méconnu. En France, ce fut au tout début du 20ème siècle que le rite swedenborgien prit racine, en marge du mouvement martiniste, à travers la Loge INRI à l’Orient de Paris, sous la direction de Papus (1865 – 1916). Rappelons tout de suite que le rite en question ne fut pas fondé par Emmanuel Swedenborg, le célèbre scientifique et voyant, auteur des Arcanes célestes.

Swedenborg qui ne fut pas Franc-maçon et ne fonda aucune organisation, eut une influence certaine sur le mouvement illuministe mais une influence peu formelle. Serge Caillet retrace le chemin de ses influences, des confusions aussi qui se développent au sujet d’éventuelles filiations swedenborgiennes. S’il y a filiations, elles sont « de désir »

On attribue souvent à Bénédict Chastanier, un maçon vivant en Angleterre. Si Chastanier fonde bien en 1783 à Londres, une Société Théosophique « qui, précise Serge Caillet, se confond partiellement avec une Société universelle, consacrée à l’étude et à la diffusion des œuvres de Swedenborg, beaucoup d’incertitudes demeurent sur son rôle au côté du marquis Louis-René de Thomé dans la fondation du rite swedenborgien en six grades. Un seul témoignage, celui de Thory, souvent copié, va en ce sens. Les rituels de l’époque n’ont pas été non plus retrouvés.

Ce serait un certain Samuel Beswick, né en 1822 de parents swedenborgiens, qui aurait réveillé, ou fondé, le rite swedenborgien aux Etats-Unis puis au Canada. C’est du Canada que le rite rejoignit l’Angleterre par John Yarker. La plupart des rites swedenborgiens pratiqués aujourd’hui viennent de Yarker.

Serge Caillet retrace pour nous la vie du rite depuis son arrivée à Paris sous la direction de Papus par une patente signée de John Yarker. Les liens entre Papus et Yarker sont multiples et se traduiront par de nombreux échanges. Dans l’entourage de Yarker, Papus rencontre William Wynn Wescott qui signera un traité d’alliance entre la Societas Rosicruciana in Anglia et l’Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix.

Les rituels publiés par Serge Caillet, toujours en vigueur dans les rares cercles pratiquant le rite aujourd’hui, ne sont pas les rituels primitifs pour peu qu’ils aient existé mais proviennent du rite pratiqué par Beswick. Ils concernent les trois hauts grades du rite : Illuminé Franc-maçon ou Frère vert, Sublime Franc-maçon ou Frère bleu et Parfait Franc-maçon ou Frère rouge. Ces rituels, fort beaux et profonds, témoignent de l’occultisme de la Belle Epoque mais introduisent aussi à l’œuvre d’Emmanuel Swedenborg.

Ce livre excellent est l’unique référence en langue française sur ce rite qui tient une place à part dans l’histoire de la Franc-maçonnerie comme de l’illuminisme.