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Les floraisons intérieures. Méditations sur la Dame à la Licorne

Une fois encore, Jacqueline Kelen nous convie à une plongée en Imaginal au côté de la Dame. La Dame à la bannière, la Dame à l’oiseau, la Dame à l’œillet, la Dame musicienne, la Dame au miroir, la Dame de Haut Désir guident le lecteur dans un voyage initiatique où règnent la grâce et la beauté.

Jacqueline Kelen fait surgir la plus haute métaphysique d’une étude rigoureuse des mythèmes inscrits dans les six tapisseries exposées au Musée de Cluny. Le dialogue poétique et herméneutique entretenu avec les symboles transcende la simple lecture classique qui en fait une allégorie des cinq sens. « Au fond, remarque-t-elle, les six tapisseries de la Dame à la Licorne sont autant de visions qui éclairent la quête du pèlerin.

Et l’on retrouve Le Roman de la Rose, le Songe de Poliphile, Le Livre du Cœur d’amour épris, récits initiatiques qui tous se déroulent en songe, laissant entrevoir une autre réalité dont l’âme garde la nostalgie.

A la fin du récit, qui se révèle épopée amoureuse et mystique, le pèlerin se réveille. (…) Il a à cœur de rejoindre dans un pays idéal la Dame du songe qui est Amour et Sagesse. Dame sans nom et sans visage, plus belle que toutes les femmes, plus désirable que toutes les richesses. Elle s’appellera Rose, Polia, Doulce Mercy, ou encore la Dame à la Licorne. Eternellement présente sous le voile du temps. » Eternel féminin.

Dame initiatrice. Amante qui enseigne et éveille. La Sophia hante ces pages. « Elle est une même femme en six apparitions, avertit Jacqueline Kelen, une seule femme derrière les apparences fragiles : sa silhouette juvénile, les traits de son visage sur lequel glissent les ans, et la grâce inaltérée de son maintien manifestent la percée de l’éternel sous la tapisserie du temps. Elle est tout entière printemps, fraîcheur de l’âme, jouvence du cœur. Et, sans jamais l’identifier, elle qui demeure lointaine, plus étrangère que la prêtresse de Mantinée dont Socrate reçut l’enseignement d’amour, chacune la rencontrant murmurera : voici la Beauté, ou encore : ainsi s’avance la Sagesse. » Silence, solitude, immobilité, présence, immuabilité, la Dame incarne l’axialité couronnée.

Souvent liée à l’Île, autre mythe qui évoque le centre, elle est à la fois inaccessible et inévitable. Elle rappelle que tout désir pointe l’Absolu, que tout désir est Désir de l’Un. Jacqueline Kelen rend la parole aux symboles qui deviennent vivants. La poésie recouvre sa fonction prophétique, non une prophétie qui contraint mais une prophétie qui libère en indiquant le chemin du retour à sa nature originelle et ultime. Ce chemin, qui se parcourt sans personne, échappe à la morsure de chronos.

Non seulement la Dame indique l’intervalle qui conduit hors temps mais elle se constitue en intervalle suprême. « Embrasée d’amour divin, nous confie Jacqueline Kelen, la Dame entre dans la Lumière. Elle n’abandonne pas sur la rive des mortels ceux qui, un jour, répondant à son appel, sont venus en son jardin. Elle offre à discrétion la terre fertile, les couleurs et les parfums, l’ancolie et le myosotis, les gemmes étincelantes, les oiseaux qui chantent et ceux qui parlent, la caresse du vent, les arbres majestueux, les animaux tendres, ceux qu’on croit féroces et ceux qui, dit-on, n’existent pas… Comme tout cela est beau !

Comme l’intelligence est riche, et l’amour empli de merveilles ! Avons-nous oublié que nous avions part à tant de splendeur, à tant de douceur ? Et que certains soirs notre âme chantait ? » Ici, le chemin se fait Férie. L’opérativité ne réside plus dans quelque procédé mais la contemplation de la spontanéité du vivant.