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Méandres de l’amour. Eros et Agapè de Michel Théron

Amour. Pour chacun d’entre nous le mot évoque de multiples expériences, heureuses ou malheureuses qui rendent unique la représentation que nous en avons. La rencontre amoureuse en devient plus créatrice mais aussi plus complexe.

Les thèmes abordés par Michel Théron ne cherchent pas à cerner l’incernable mais à en approfondir la multiplicité : L’amour de l’amour, l’autre comme prétexte, désir et absence, désir et projection, lucidités meurtrières, attraction-répulsion, désir et sidération, désir et souvenir, Don Juan, souffrir ou non ? En interrogeant Eros, il en montre aussi le « totalitarisme » :

 « Eros n’admet pas ordinairement les nuances, et qu’en lui existent pour ainsi dire différents lieux, états ou étapes, par lesquels on puisse passer pour l’atteindre, comme dans cette carte du Tendre qu’avaient établie les Précieuses du XVIIe siècle. L’amour existe, dans toute la force du terme, ou il n’est pas. Pour lui, c’est tout ou rien. Et cela, même dans sa complexité ou son ambivalence. »

Agapè est-il la fin de l’Eros ? demande Michel Théron. La tentation de l’autarcie, l’amour captatif ou l’amour oblatif, l’amour et la tendresse, l’amour et la perspective, passer de la sidération à la contemplation, l’amour et l’amitié, l’amour-amitié, évoquent une mise à distance de la fougue d’Eros.

« Agapè est un amour basé sur l’action. (…)

Aime vraiment celui ou celle qui agit pour l’autre, quand ce dernier en a besoin. Les rêves sont une chose, et bien séduisante assurément. Mais l’affrontement du réel et donc forcément du négatif de l’existence (quelle ironie dans ce mourir « de mort naturelle » qui court tout au long de ce texte !) suppose leur dépassement. (…)

Cependant il y a bien des méandres de l’amour, et l’on ne peut pas dire qu’agapè dépasse et invalide totalement éros. »

Michel Théron nous propose alors de chercher le bon usage de l’amour. Il y est question de solitude, de sacrifice, de connaissance, de cheminement, de préservation, d’excès de finitude, d’humour, de non instrumentalisation de l’autre… Et de poser la question de la fusion :

« Un sens très répandu d’éros, et qui en est comme le talon d’Achille, est celui de l’amour fusionnel : de deux ne faire qu’un, réaliser par exemple entre homme et femme l’idéal de l’androgyne primitif, celui dont parle Aristophane dans le Banquet de Platon. Les deux moitiés n’en font qu’une, comme deux flammes de deux bougies se fondent et se mêlent pour n’en faire qu’une. Je t’aime, et donc je veux me fondre dans toi, comme dans un autre moi (un alter ego). (…)

C’est me semble-t-il parce que grande est leur peur de la solitude que les humains cherchent à se fondre l’un dans l’autre. »

Plutôt que la fusion, Michel Théron préfère le jeu, capable de revivifier les commencements ou d’autres arts, toujours à inventer, de réenchanter la relation.