"Tu dois peindre" : Victor Simon, peintre spirite
« Tu dois peindre ! Tu dois exécuter une toile de 4 mètres sur 2 avant le 31 juillet 1933 ! ». Le bassin minier du nord de la France a été le théâtre ensanglanté de la première guerre mondiale. Une fois passé ce traumatisme, ces montagnes de morts transformées en ossuaires et où tous les dimanches, jeunes et vieux allaient commémorer leurs disparus : des voix venues de l’au-delà se firent entendre. Des voix qui délivraient un message d’amour et de paix…
abonnez-vous pour un accès à tout le catalogue !
Victor Simon est né en 1903 dans le nord pas de Calais dans une famille où l’Antoinisme (« un Christianisme de guérison ») était présent ainsi que les notions de corps fluidique, de Périsprit, développées par un certain Allan Kardec cinq décennies plus tôt.


« Victor Simon : architecte d’un monde spirituel et merveilleux »
Christophe Boulanger, Régine Carpentier et Audrey Cansot nous emmènent ici à la découverte de la biographie et mission de vie de Victor Simon. Depuis ses débuts à la mine, son mariage en 1924, ses premières voix et toiles.
Son éloignement progressif du spiritisme devenu selon lui trop « mondain » au profit du spiritualisme, le stalag de 1943, puis le schisme opposant la métapsychique au spiritisme de 1947…


Un art miniaturiste mais réalisé sur de très grands formats. Macrocosme et microcosme réunis.
Contrairement à son ainé, ami et voisin Augustin Lesage, Victor Simon a conféré au messages de ces voix une dimension politique et sociale. D’où la création de sa revue « Forces Spirituelles » où la solidarité ouvrière était mise en avant.
Pourquoi des toiles si grandes, et l’omniprésence de ces prophètes, questionneront nos trois intervenants ? Pour un effet de bascule, de retournement. Et pas seulement que du regard : de notre être tout entier. « Métanoïa », appelait-on cela jadis…
Film 1/2 : "Tu dois peindre" : Victor Simon, peintre spirite – mise en ligne Février 2024
Film 2/2 : Victor Simon, des toiles qui guérissent – mise en ligne Mars 2024
Remerciements et crédits : Le LaM, Musée Maillol, Bertand Buche (https://victorsimon.nexgate.ch)
Extrait de la vidéo
Je m'appelle Christophe Boulanger, je suis attaché de conservation aux lames, chargé de la collection d'arts bruts avec Céline Faupin, commissaire de différentes expositions, et c'est une fonction que j'occupe à temps partiel puisque je travaille aussi par ailleurs aux Freynois dans le contexte de l'art contemporain. Il a toujours été important pour moi de pouvoir lier les recherches les plus précises et profondes et longues concernant l'art brut, mais en le mettant en relation avec la création contemporaine.
J'ai par ailleurs soutenu une thèse en esthétique à l'université de Lille dans le laboratoire CEAC consacré à un écrivain, un dessinateur, artiste classé dans l'art brut, aimable Jaillet, dont on a des œuvres dans la collection du musée, et qui lui aussi était soumis aux voies mais d'une autre façon on va dire. Donc en ce qui concerne Victor Simon, Victor Simon pour nous a été un acteur très important dans l'élaboration du projet du musée, puisque sa vie ne faut pas l'évoquer, mais lorsque la collection d'art brut est arrivée fin 1996, et que la première exposition s'est déroulée en début 1997, il y avait déjà des œuvres d'Augustin Le Sage dans la collection, ainsi que de Fleury-Joseph Crépin, mais pas de Victor Simon.
Victor Simon, alors moi ce dont je me souviens à peu près, c'est qu'il est né en 1903 à Bruy-en-Artois, dans le bassin minier, actuellement Bruy-la-Bussière, et il va dans une famille de mineurs, alors il est né à Bruy mais la famille vit à Divion, à quelques kilomètres, il va évoluer dans ce milieu de la mine et des corons, et il va assister, alors qu'il a l'âge de 5 ans, à un épisode qui va le traumatiser, mais qui est aussi un épisode fondateur, il va assister à une procession avec une mise au calvaire, et le côté factiste de la mise au calvaire il ne la perçoit pas, et ça le traumatise, c'est une mise à mort en fait, qu'il traumatise.
Est-ce que peut-être ça l'aidera dans sa recherche d'une spiritualité dans laquelle on ne meurt pas, et peut-être on peut simplement transmuter, ou on a une vision peut-être moins du sacrifice qui n'est pas de cet ordre-là, je ne sais pas, ça c'est la spéculation, mais en tout cas il y a cette rencontre, et il va ensuite, je pense vers l'âge de 6 ans, avoir une expérience qui sera aussi à mon avis fondatrice, et qu'on va retrouver au long de sa vie, qui définit une de ses qualités, un de ses traits, c'est donner de l'argent à un mendiant, faire oeuvre, on pourrait dire de charité, il va donner de l'argent à un mendiant, et peu après, ces nuits seront peuplées de voix, une voix féminine qui lui dira que donnant de l'argent à un mendiant, il donne de l'argent à Dieu, c'est à Dieu qu'il a donné, mais aussi de visions fantastiques de souterrains, d'architecture, de différentes choses qui évoquent un monde vraiment d'une grande profondeur inconnue, le terme d'inconnu est important pour lui, toute sa vie il sera en recherche d'un inconnu je crois, et il va partir de là développer un sentiment mystique très puissant, et donc entre 12-13 ans, il passe son certificat d'études, puis il va aller travailler à la mine, il sera graisseur de berline, l'expérience de la mine c'est l'expérience des profondeurs aussi, ça il faut jamais l'oublier, que ce soit pour le sage comme pour Crépin, c'est quand même l'expérience du fond, des abysses, enfin si ce n'est des abysses en tout cas, du cheminement dans une partie très profonde de la terre, et d'ailleurs quand on analyse, quand on regarde leur peinture, il y a une dimension qui peut faire penser dans le labyrinthe des motifs à des dimensions qu'on pourrait retrouver dans un étagement par exemple de puits de mine, où cette dimension là peut, au moins chez Augustin Le Sage, c'est marrant, alors là c'est de la pure spéculation, mais c'est vrai qu'il y a beaucoup de façons de lire les représentations de Simon, il y a quand même toujours une échappée vers quelque chose qui serait de l'ordre, de l'apaisement, de la connaissance, d'une spiritualité, et ces compositions, autant Le Sage partait du haut vers le bas, les compositions de Simon sont organisées du bas vers le haut, comme une grande longue remontée, faut-il le lier à son expérience, à celui des profondeurs, je le sais pas, ça me vient comme ça, mais par contre ce qui est sûr, c'est que, est-ce qu'en fond, il a vraiment l'expérience du fond, ça sert aussi à voir précisément, mais en tout cas, il dit bien que quand il sort de la mine, on est en pleine première guerre mondiale, ça c'est essentiel, il entend les tirs de mitrailleuses lourdes, puisque le front est à 15 km, donc ça, ce contexte là est très très important, la place de la guerre chez lui, comme pour Le Sage, pour Crépin, est centrale, on comprend mieux qu'il soit à la recherche d'une paix universelle, par exemple, ça c'est vraiment quelque chose qu'il ne faut jamais oublier.
Il ne parle que peu de son expérience personnelle à la mine dans ses livres, sauf dans les premiers mots de son livre, voici ce qu'il dit, fils de mineur, j'ai grandi à l'ombre des hautes cheminées d'où jadis s'échappait une noix refumée emportée par le vent vers les toits des cités. Alors nous soulignons ici le mot cité et non coron, comme on le dit facilement dans le nord, ce mot cité, il me semble qu'il a son importance parce qu'il ancre l'autobiographie de Victor Simon dans une culture et une identité collective, ce qui lui semble très important, issu de cette forme d'habitat collectif classé aujourd'hui par l'ONU, et d'ailleurs il y a un site de l'ONU qui souligne l'identité forte de la culture du bassin minier du Nord Pas-de-Calais.
Je cite, je voulus alors travailler pour prendre la place de ceux qui partaient, mes parents n'opposèrent qu'une faible résistance, il fallait vivre et seul, j'allais m'embaucher, le sarreau bleu, les journées interminables que je supportais péniblement, me firent comprendre le sort pénible de ceux qui, à la sueur de leur front, pourvoient aux besoins de la collectivité. Donc vous voyez ici aussi le terme de collectivité revient de façon très importante, c'est ce qu'il souligne et l'accent est bien mis sur le sentiment de solidarité qui est presque finalement un signe aussi de son non destin de spirite.
Plus loin il décrit les mineurs avec compassion, visage rude, teint basané par les longues journées passées à plus de 500 mètres sous terre, langage dénué d'artifice, je vous craignais un peu avant de vous comprendre pour vous aimer beaucoup quand j'ai senti vos âmes, la crainte de vivre, de côtoyer ce monde. Donc les termes aimer, sentir, âme, appartiennent