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La traduction de ce travail très conséquent de Laurence Gardner était très attendue. Ce généalogiste, qui nous a quittés en 2010, était un spécialiste des lignées souveraines. Il a écrit plusieurs ouvrages traitant de la lignée royale du Christ

et de la descendance de Marie-Madeleine.
Depuis la rédaction de ce livre, d’autres éléments viennent étayer la thèse du mariage de Jésus et de Marie-Madeleine. Cette thèse, qui a des conséquences religieuses et politiques considérables, singulièrement quant à l’évolution de l’église catholique de Rome, mérite donc d’être étudiée.
L’ouvrage comporte quatre parties :
A partir d’éléments nouveaux, la première partie « permet de mieux comprendre pourquoi les descendants de Jésus et de son frère Jacques furent perçus comme une menace par les autorités de l’Eglise et pourquoi les mesures drastiques et punitives mises en place purent sembler nécessaires pour contrer ce péril. ». L’auteur met en perspective la dialectique hostile entre l’église nazaréenne de Jésus et l’église catholique de Rome à travers un affrontement, celui de la « Succession messianique » et de la « Succession apostolique ».
La deuxième partie montre la pluralité du christianisme primitif. Parmi les sujets de désaccord, la place des femmes : « Même au sein de certains courants du christianisme primitif, on trouvait une culture de la déesse, particulièrement parmi les branches qui fréquentaient le clergé druidique de Gaule et de Grande-Bretagne. La seule branche résolument et violemment hostile à l’implication de la femme était catholique, dans laquelle les femmes étaient totalement exclues et qui imposa très vite des règles de célibat à son clergé. ».
La troisième partie est consacrée à « l’évolution de l’église et à la descendance de la lignée sacrée ». Remarquant que la réalité de l’union de Jésus et Marie-Madeleine n’est guère contestable, Laurence Gardner s’intéresse aux « Desposynes », les « Héritiers du Seigneur », cette descendance traquée et plus difficile à identifier.
La quatrième partie aborde « l’héritage du Graal et la tradition arthurienne ». Selon l’auteur, la tradition de la Lignée royale, ou Sang real, s’est camouflée « sous la forme de l’épopée romanesque du Saint-Graal » : « Dans ce processus d’écriture, les moines de l’ordre cistercien furent particulièrement en pointe, tout comme les chevaliers templiers qui leur étaient liés, ainsi que les chroniqueurs des Maisons de Provence, Aquitaine, Champagne et Anjou. Leurs écrits ont mis en scène des personnages de la famille du Graal, descendant de Jésus et de son frère Jacques, pour culminer avec les légendes du roi Arthur et de la quête de l’héritage perdu du Sangreal. » C’est la partie la plus discutable de l’ouvrage qui ne tient pas face à une critique historique et littéraire rigoureuse. Cependant, la valeur informative de cette partie ne doit pas être négligée, c’est l’organisation des informations elles-mêmes pour arriver à une conclusion qui demeure une croyance qui doit être interrogée.
Laurence Gardner prend lui-même de la distance par rapport à son travail, à la question de la preuve, impossible, mais ce qu’il met en évidence, ce sont des siècles d’atteinte au féminin, de mensonges et de violences orchestrées par Rome. L’iconographie superbe, choisie par l’auteur, vient soutenir son propos qui veut établir un autre rapport au christianisme, rapport qui constitue déjà l’axe traditionnel de quelques organisations initiatiques qui se sont approprié, avec des bonheurs divers, des éléments historiques, légendaires ou mythiques constitutifs de la tradition et de la mystique du Graal.
Entre histoire et rêve, il y a un double mouvement, l’un de réenchantement du monde, l’autre d’accès à un imaginal toujours opératif. C’est au lecteur de s’inscrire dans ce double mouvement qui peut se révéler inhibant ou créateur.


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