L'Evangile et les Esséniens

Les données générales concernant la découverte des Manuscrits de la mer Morte, à partir de 1947, dans les grottes de la Commanderie essénienne de Qumran sont bien connues du grand public, et ont fait l'objet de nombreuses publications. Mais la teneur de ces rouleaux  bibliques et sectaires, en hébreu et araméen, leur interprétation, leur datation,  leur perspective messianique et eschatologique soulèvent encore des controverses parmi les spécialistes. 

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 La plupart  hésitent à rattacher Jean Baptiste, et surtout Jésus de Nazareth, voire ses premiers disciples, à ce milieu  les nombreuses affinités que dévoile l'Evangile entre l'essénisme et le christianisme. Pourtant, c'est au premier siècle avant Jésus Christ, à la fin du règne corrompu des derniers Hasmonéens que le parti des Esséniens a entamé une  réforme morale et doctrinale du judaïsme, sur le thème central la "Nouvelle Alliance".


A leur tête dominait un grand prêtre doublé d'un prophète, ayant conservé l'anonymat, qui fut persécuté par les partis juifs au pouvoir, au temps d'Alexandre Jannée et ses fils. Surnommé le "Maître de justice" par ses disciples, il est l'auteur de la fameuse Règle de la Communauté et du Rouleau des Hymnes, deux documents essentiel de Qumran illustrant bien l'idéologie et la théologie du salut selon les Esséniens. Dans la Règle, le chef de la secte envisage l' "avènement du Prophète (eschatologique)et des oints d'Aaron et d'Israël", et dans ses Hymnes, il espère la  "venue du Rejeton", entendons le Messie davidique d'Isaïe et des Psaumes bibliques, qui sortira de la Plantation de sainteté, qu'il a fondée, c'est à dire de la Communauté de la Nouvelle Alliance. Après sa mort, l'Ecrit de Damas continue d'attendre "la venue du Messie d'Israël", et de plusieurs autres fragments de Qumran, confirment ce fait capital. Les Esséniens pensaient qu'au moment décisif Dieu allait "engendrer le Messie parmi eux", et qu'il viendrait pour le salut d'Israël, en "expiant l'iniquité" du peuple, pour le rétablir dans l'Alliance éternelle. 

En attendant, la "Congrégation des Pauvres", vivait retirée au désert pour suivre "la Voie" de Dieu, d'après le texte d'Isaïe 40: 3s., que l'Evangile rattache à la prédication de Jean Baptiste. Et ce dernier reconnait officiellement en Jésus l'Agneau de Dieu, le Sauveur Messie, déjà prophétisé et attendu d'après les documents sectaires et les testimonia messianiques de la mer Morte. N'est-ce pas là le signe d'un lien historique direct entre l'essénisme et le christianisme, dont témoigne la  proclamation de  Jean Baptiste? Le Sermon que Jésus adresse à la foule des  "Pauvres" en Galilée, peu après sa "retraite au désert" (Mat 5-7), est d'esprit essénien, jusque dans certaines formules caractéristiques. Mais surtout, nous constatons que Jésus consacre en sa personne, par son sacrifice volontaire "la Nouvelle Alliance" pour la rémission des péchés, dans le repas de la Cène pascale, avant sa Passion. Cette Nouvelle Alliance  était le mot d'ordre de la réforme essénienne, et l'Evangile vu sous ce rapport, en marquerait l' "accomplissement", le dénouement, comme le suggère le message du Sauveur et le grand symbole de la sainte Cène. Déjà, au moment du baptême, Jésus déclare à Jean, qui se trouve de "denouer la courroie de ses sandales" pour le baptiser: "laisse faire... car c'est ainsi qu'il nous convient d'accomplir toute la justice" (Mat 3: 15). 

Aucun fragment de Qumran ne suggère que les Esséniens aient "trouvé" le Messie chargé d'édicter les "nouvelles" ou "dernières ordonnances" pour Israël, et d'accomplir le plan du salut par le sacrifice. C'est l'Evangile qui s'en charge, marquant ainsi la transition décisive entre l'attente du Sauveur et sa venue. Juste après le témoignage capital de Jean Baptiste au Jourdain, ses propres disciples suivent Jésus. André va prévenir son frère Simon Pierre et lui dit: "Nous avons trouvé le Messie" (Jean 1: 41) Philippe déclare de même à Nathanaël: " Celui dont Moïse a écrit dans la Loi, ainsi que les prophètes, nous l'avons trouvé ! C'est Jésus, le fils de Joseph, de Nazareth! " ( 1: 45).


Sans la prédication essénienne et le témoignage de Jean Baptiste, qui l'ont préparé, nous n'aurions sans doute pas l'Evangile, et Stéphane Ruspoli incline à penser que Jésus fut pressenti comme le Messie attendu par les Esséniens avant de l'être par ses apôtres et son Eglise....

Extrait de la vidéo

La question, disons, très très discutée et débattue depuis plus de cinquante ans du rapport est possible, mais qui semble quand même fort probable, entre l'essénisme et le christianisme. Bon, je vous rappellerai simplement qu'au fond, la situation n'a pas énormément évolué par rapport au début et aux premières découvertes concernant les fameux manuscrits de la mère morte. C'est tout de même un total d'environ 800 rouleaux, 800 manuscrits écrits en trois langues qui ont été exhumés aux alentours du site de Qumran, la première découverte ayant eu lieu en 1947.

Je ne veux pas m'apesantir sur tous ces aspects historiques qui sont assez faciles à connaître. Il suffit même de lire l'excellent petit livre, n'est-ce pas, paru au puf il y a longtemps déjà par Ernest-Marie Laperoussas, qui était d'ailleurs très proche et dans la continuité, disons, du travail admirable qui avait été fait par le professeur André Dupont-Sommer. C'est en fait l'école biblique de Jérusalem, donc le père de Vaud et la bémilique et quelques autres associés qui ont été les premiers à avoir eu le privilège de pouvoir sélectionner et étudier ces manuscrits.

Et puis aussi essayer d'établir la chronologie, l'archéologie, la paléographie, l'étude des manuscrits, etc. Très très vite des questions se sont posées parce que, évidemment, comme on a trouvé un certain nombre de textes, disons, d'ordre d'inspiration directement messianique, dans les textes dits sectaires qui sont attribués aux Esséniens, il y a eu un petit peu de... bon, pas mal de quelques articles et quelques discussions sur la question de savoir s'il y avait un rapport entre éventuellement Jean-Baptiste et la secte des Esséniens qui était présente en Judée, de toute évidence, depuis au moins un siècle.

Néanmoins, la tendance a été de dater le plus haut possible, c'est-à-dire une datation haute et non pas une datation basse, récente, la plupart des textes, sous prétexte qu'il y avait un certain nombre, évidemment, de manuscrits qui sont des manuscrits bibliques et des pseudépigraphes, des apocryphes de l'Ancien Testament. Puisque la bibliothèque était énorme et donc en grec, hébreu, araméen. Malheureusement, les textes grecs ont pratiquement...

ils étaient en miettes parce qu'ils étaient mal protégés, ils n'étaient pas dans des jarres comme l'étaient les textes importants ou jugés importants que les Esséniens avaient déposés, donc, et cachés dans leurs grottes, probablement avant la guerre romaine, disons, pour mater au fond la révolte zélote, puisqu'il y avait des soulèvements juifs en Palestine et en Égypte, dès les années 40-30, dans la période érodienne et même un petit peu avant.

Rappelons-nous, en particulier, parce que c'est une chose qui imprègne beaucoup la prédication essénienne, qui est d'ailleurs très polémique, que, de même, la Judée était devenue province romaine depuis la conquête de Pompée, qui était venue pour, en réalité, mater un état de guerre civile qui avait été fomenté par les descendants des frères Macchabées. Au début, les frères Macchabées s'étaient associés avec un groupe qui sont désignés, dans le premier livre des Macchabées, comme les Acidéens, les Racidimes, en fait.

Ces Racidimes, donc, en fait, ce sont des pieux. Ils sont probablement les ancêtres des Esséniens, tels qu'ils sont ensuite décrits dans la répartition des quatre sectes, telles que les mentionnent et les caractérisent Flavius Joseph dans Les Antiquités Juives et dans La Guerre des Juifs. Comme vous savez, nous avons aussi même deux chapitres qui sont assez discutés, mentionnant l'un, Jean-Baptiste, l'autre, Jésus, chez l'historien Flavius Joseph.

Bien, je voudrais, évidemment, comme le temps est très, très limité, passer directement en venir sur deux points qui me semblent essentiels, parce qu'on ne peut pas faire l'historique, n'est-ce pas, aujourd'hui, de tout cela. Il y a donc, si vous voulez, trois textes qui sont, de façon caractéristique, ce qu'on appelle les textes sectaires, qui s'appellent, respectivement, le Serer à Yahad, ce qui veut dire, en fait, la règle ou la réglementation de la communauté, Yahad, qui peut se traduire aussi, sur le converti en grec, Ekklesia, n'est-ce pas, l'église, la communauté.

Il y a un écrit, un petit peu plus tardif, qu'on a appelé Le Document de Damas, et qui proclame et qui renouvelle, sous une forme différente, les mêmes préceptes et le même type d'enseignement, avec quelques perspectives messianiques sur l'attente du Messie, qui viendrait au dernier jour, à la fin des jours, qui s'appelle, donc, l'écrit de Damas, qui proclame la nouvelle alliance au pays de Damas. Et puis, il y a un recueil très important, qui est le recueil des rois d'Ayot, les hymnes de Qumran, qui ont été traduits, d'ailleurs, évidemment, en différentes langues, mais en particulier, fort bien, par Dupont-Sommaire, dans son fameux livre sur la découverte des manuscrits de la Mère Morte.

Alors, évidemment, quelques travaux ont été faits sur l'origine. Personnellement, j'ai passé quand même pas mal d'années à approfondir ce problème, qui me tient à cœur, parce que j'ai toujours pensé, et je ne crois pas être le seul, que le christianisme n'est pas sorti de nulle part, d'un seul coup, parce que Jésus s'est présenté pour être baptisé par Jean, le prophète Jean, au désert, pas très loin de Qumran.

L'évangile de Jean dit à Beth-Araba, ou au-delà du Jourdain, ou à Bethany, selon les versions que l'on sélectionne dans le Nouveau Testament, concernant le lieu où ces produits se baptisaient. De toute façon, Jean-Baptiste, probablement, circulait le long du Jourdain, et baptisait, à assez grande échelle, un certain nombre de repentants d'Israël, qui étaient présentés comme des justes ou des prosélytes.

Nous retrouvons ce type de baptême, qui est parfaitement exprimé, et, disons, développé, dans un passage fondateur de la fameuse Règle de la Communauté, dans le Sérère Hayyad. Et, on s'aperçoit, donc, qu'il y avait un mouvement baptiste qui était déjà lancé, à une période antérieure à l'apparition de Jean-Baptiste. Si on prête attention, disons, à la dimension théologique, nous savons que le Nouveau Testament, le christianisme, est bâti sur, au fond, deux piliers.

Le pilier essentiel, ce sont les actes et l'œuvre de Jésus, qui se désignait lui-même comme le Fils de l'Homme. Une expression qui a d'ailleurs un caractère plutôt apocalyptique, qui est assez souvent rattachée, de façon, je crois, vraisemblable, aux visions de Daniel sur le règne du Fils de l'Homme, n'est-ce pas ? À qui, finalement, le royaume va être donné, pour, au fond, un royaume esclatologique qui était anticipé dans les visions plus ou moins historicisées de Daniel, mais, évidemment, aussi un petit peu de Jérémie, sur le thème de la Nouvelle Alliance, et puis dans le Livre d'Enoch.

Parce que vous avez un fameux livre qui s'appelle, le fameux Livre d'Enoch, qui est en deux versions. Dans la version première, disons, du Livre éthiopien d'Enoch, le premier Enoch, les manuscrits originaux ont été trouvés en araméen, les fragments d'Enoch, si vous voulez, parmi les manuscrits de la Mère Morte. Alors, il y a donc, si vous voulez, deux ou trois thèmes qui sont étroitement liés et dont on retrouve des affinités, des développements, dans la prédication de Jésus.

En particulier, dans son Sermon des Béatitudes, quand il arrive, quand il commence en Galilée, à Tibériade, où il commence par citer les bénédictions qui sont extraites, en particulier, du psaume 18. Je crois que c'est le psaume 18, je le dis de mémoire, mais sur donc Macarioi, Optokoi, Thotnamati, etc. Bien heureux les pauvres, selon l'Esprit, le royaume des cieux est à eux, etc. Et c'est une prédication qui, quand même, a des résonances dans les textes esséniens, parce qu'évidemment, il y a une série de bénédictions et de malédictions, alternantes d'ailleurs.

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