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Jean Tourniac est l’une des grandes figures de la Franc-Maçonnerie, l’un de ces veilleurs qui, inlassablement, ramènent au centre. La réédition de cet essai indispensable était nécessaire. A l’époque de sa première parution, Jean Tourniac voulait rétablir l’alliance entre Franc-Maçonnerie et christianisme, voir même avec l’Eglise catholique, à travers l’étude du symbolisme. « Opérer la symbiose entre l’Art spirituel du sacerdoce et l’Art Royal de la maçonnerie. »
Aujourd’hui, dans un contexte autre, le livre conserve tout son intérêt. Sa portée peut même encore s’étendre. Il s’agit de renouer avec l’essence de la démarche initiatique, quel que soit les chemins empruntés.

« L’arbre entier est contenu dans la graine. Toute l’Ecriture est récapitulée dans le Verbe Primordial. Tout le Cosmos déploie le commandement de Dieu. Peut-être aussi que toute la Maçonnerie se résorbe dans un « Maître-Mot » de l’Architecte divin, dont le nom de l’Eternel, qu’il faut conserver dans le cœur, faire germer et croître comme une semence, assembler dans ses membres épars pour une fraction spirituelle qui est nourriture des compagnons.
Dans la fraction du Pain, dans la fraction de l’Ecriture, jaillit l’Esprit. L’Ecriture s’entrouvre dans la brûlure du cœur. Le Maître se découvre en rompant le Pain, mais il disparaît alors visiblement. La Cène d’Emmaüs, si riche d’enseignement, si mystérieuse aussi, ne vient-elle pas suggérer à l’approche de la nuit, et après les fatigues du chemin, l’ineffable identification du végétal sanctifié, de Dieu fait Homme et du Nom de l’Eternel ? « Quand deux ou trois sont assemblés en mon Nom, Je suis au milieu d’eux. »
Et dans ce monde, du pain de Sénevé au Royaume des Cieux, de l’Alpha à l’Omega, se dresse l’Axe de l’arbre mystique, qui manifeste la gloire de Dieu et révèle la direction du Pôle. »
Distinguant les symboles « figurés » comme le tableau de Loge, les symboles « sonores » comme le mot sacré, les symboles « agis » comme le rite, Jean Tourniac démontre l’opérativité du symbole dès lors que l’on reconnaît au symbole sa véritable fonction derrière celle de représentation à laquelle s’arrêtent trop de littérateurs.
« Quant à la Maçonnerie, il importe d’abord de la consulter pour savoir ce qu’elle prétend être. Il faudrait aussi lui appartenir pour savoir ce qu’elle peut donner… Les propositions téméraires et les conclusions hâtives ne sont donc pas à accepter sans réserve. On peut comparer la Franc-maçonnerie à une Arche destinée à recueillir l’essence des traditions passées et à la conserver jusqu’au « retour dans l’unité ». On peut aussi affirmer qu’elle dispose d’un symbolisme, d’une transmission spirituelle assurée par les rites, et d’une « méthode de travail » particulière. Il sera juste de lui attribuer comme vertu, l’éventualité d’une ouverture de l’esprit chez ceux qu’elle assimile, et qui peut les conduire, « s’ils comprennent bien l’Art », à vivre intensément leur foi jusqu’à ce que certitude et foi soient une même chose illuminant la vue de leur cœur. (Tel est le sens de la « Gnose » selon Clément d’Alexandrie. »
Ce livre sera utile à tous ceux qui se demandent où a bien pu passer cette « méthode de travail » à laquelle il fait allusion, méthode sans laquelle la quête est vaine. L’union au Christ en appelle à la réalisation métaphysique et non au discours mondain. Tout ce livre est un appel au centre, par l’ici et maintenant :
« Multiples sont les rayons de la roue. Multiples sont les circonférences de l’action. Mais le centre est Un. Et à quoi servirait-il, s’il n’était un vide, où demeure l’axe invariable et immobile ? »
Le travail de Jean Tourniac offre une part importante, nécessaire, à la figure et à la fonction de Melkisedeq qui en tant que représentant de la tradition originelle, annonce et préfigure sa manifestation ultime. C’est de la double fonction, chevaleresque et sacerdotale, de l’initiation que nous entretient Jean Tourniac, et de son inscription en chacun de nous.



Editions Dervy
19 rue Saint-Séverin
75005 Paris
France