L'orthodoxie selon John Romanides

Selon le père John Romanides*, le péché d’Adam, qui causa sa chute, entraina un "court-circuit", une désynchronisation entre le cerveau et le cœur de l’homme. C’est pour cette raison que la prière du cœur (hésychasme) occupe une place centrale dans la chrétienté orthodoxe : elle constitue le moyen de cette réconciliation, la clé de cette réunification de l’homme en le divin. C’est cette grâce, ces énergies incréées, qui sont sollicitées lors de cette évocation répétitive.

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"Aller quérir cette grâce à sa source", tel est l’un des fondements de l’orthodoxie….

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Cette voie cardiaque, directe, doit aboutir à une guérison holistique : tant spirituelle, psychique que physique. Mais on doit guérir l’âme d’abord afin qu’elle purifie le corps; une certaine ascèse est donc un préalable à la purification. Selon l’orthodoxie, les saints et saintes ont atteint à cette guérison.
Ainsi Romanides transforme la théologie en une pratique concrète, fort éloignée des spéculations romaines très théoriques, scolastiques ou intellectuelles. D’ailleurs le discours orthodoxe est très apophatique, inspiré de la théologie négative du pseudo Denys où l’on s’efforce d’abord d’être plutôt que de discourir.
Dans la vision de Romanides, qui n’est pas sans rappeler un certain gnosticisme néoplatonicien, le christianisme est même la religion de la fin des religions….
Souhaitez-vous découvrir cette doctrine et son effort constant à entretenir une "relation vrai et authentique" avec son Créateur ? Réponse de Thierry Jolif dans cet exposé de 38 minutes.


*Le père John Romanides, né au Pirée en 1927, mort à Athènes en 2001, fut ambassadeur de l’Eglise grecque au Concile mondial des Eglises. En tant que théologien, il professa une forme de voie directe et thérapeutique qui ne laissa pas de provoquer de vives contradictions.

 

Extrait de la vidéo

Pour la tradition chrétienne orthodoxe, la question de la religion est assez intéressante, en particulier suivant les études d'un théologien d'origine grecque qui s'appelle John Romanides, qui a publié un certain nombre de textes concernant ce qu'il appelle la guérison de la maladie de la religion, donc suivant le père Romanides, les pères de l'église et l'église des origines n'avaient pas pour objectif de perpétuer un culte divin, mais véritablement de révéler une autre question et une autre question primordiale pour l'humanité, qui était précisément celle de la fin de toute idolâtrie et la reconnaissance de la véritable identité du Seigneur, donc le Christ, et selon les études du père Romanides, la chute peut être assimilée à une sorte de rupture de niveau et à une crise qui aurait un peu le même aspect qu'un court-circuit, donc entre le cerveau et le cœur, ce qui rejoint toutes les traditions qu'on connaît bien maintenant, un certain nombre de livres sont parus sur le sujet, sur l'ésichasme et sur la prière du cœur, qui est souvent considérée comme étant la particularité centrale de la tradition orthodoxe.

Et effectivement, cette prière du cœur, cette prière monologique, qui se base sur la phrase « Seigneur Jésus Christ, fils de Dieu et pitié de moi pécheur », serait selon le père Romanides, alors bien évidemment cette prière liée à un certain nombre de règles de vie et à une assaise continuelle, cette prière serait donc le moyen de renouer le contact et de réparer ce court-circuit entre le cerveau et le cœur, et donc d'avoir une personne humaine à nouveau unifiée par la grâce de Dieu, et c'est pour lui la raison essentielle de l'incarnation du Christ, et c'est pour lui essentiellement la différence qui se pose entre les différentes confessions chrétiennes.

Donc les unes auraient, pour des raisons essentiellement théologico-politiques, rompu avec cette tradition de la cure du cœur, et se seraient enfoncés finalement dans ce que le Christ était venu abolir, c'est-à-dire un culte et une religion telles que les religions anciennes pouvaient les concevoir. Alors ce qui est très intéressant, c'est que finalement, d'une certaine façon, à la fin de ces études anthropologiques, quelqu'un comme René Girard aboutit un peu aux mêmes conclusions, à savoir que sous un autre angle, le christianisme serait véritablement la religion de la fin des religions, ce qui peut paraître étonnant finalement par rapport au catholicisme ou même au protestantisme, qui ont continué à perpétuer l'idée d'une religion équivalente aux autres, qui aurait pour fonction de rendre gloire à Dieu, de rendre grâce, d'élever son esprit sur un plan spirituel plus élevé, le père Romanides nous dit que ce n'est finalement peut-être pas la bonne perspective, et on perpétue là une tradition qui serait un petit peu déviante par rapport au message, mais véritablement à la cure que venait apporter le Christ.

Alors, même dans la tradition orthodoxe, ce n'est pas forcément quelque chose qui est prévalant, mais néanmoins, on retrouve bien dans la tradition hésicaste et donc dans la tradition de la prière du cœur, cette perspective qui veut unifier l'homme et surtout l'amener à quelque chose que la tradition chrétienne orthodoxe appelle de différents noms la glorification ou la déification, c'est-à-dire véritablement le relèvement de l'homme et son salut dans cette vie, c'est-à-dire un salut qui n'attend pas l'au-delà et qui n'attend pas le décès de la personne et qui est véritablement quelque chose qui refonde entièrement la personne humaine.

Et ce souci de la personne, pour revenir un petit peu sur les thèses de René Girard, on la trouve fort bien exprimée dans la littérature russe, en particulier chez quelqu'un comme Dostoevsky, dont un linguiste russe de grande renommée qui s'appelait Mikhaïl Batkin a souligné le caractère tout à fait spécifique. Pour Bakhtin, Dostoevsky a vraiment créé un nouveau type de roman, ou en tout cas il l'a révélé de façon plus consciente, et Bakhtin parlait de l'importance de la personne dans les romans de Dostoevsky, en termes de dialogisme, c'est-à-dire que Dostoevsky rompt un petit peu avec une tradition littéraire occidentale et russe à la fois, qui consistait à avoir l'auteur et le littérateur au-dessus de sa création, un petit peu dans la perspective d'un démurge, et qui avait toujours le dernier mot, c'est-à-dire qui enfermait ses personnages dans un plan préconçu et qui les amenait là où il le souhaitait, et Dostoevsky rompt un petit peu avec cette perspective, en essayant en tout cas de laisser ses personnages s'exprimer clairement et dire véritablement ce qu'ils avaient au fond de leur âme, comme dans une sorte d'exorcisme auquel l'auteur ne vient jamais mettre un point final, ne vient jamais achever le dialogue de la personne qui s'exprime, et donc Dostoevsky parvient véritablement à mettre en scène une personne, des personnes dans ses romans, et plus des personnages, et cette notion d'inachèvement sur laquelle Bakhtin insiste beaucoup dans les romans de Dostoevsky, on peut la rapprocher de ce que Dostoevsky, et on sait qu'il a mis en scène beaucoup de personnages de starets, c'est-à-dire de pères spirituels, dans la tradition orthodoxe russe.

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