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L’édition en poche du livre d’Hildegarde de Bingen permettra au plus grand nombre d’approcher l’œuvre de la grande mystique rhénane.

Ce texte relève d’abord de « la philosophie prophétique » relève dans sa présentation, excellente, Bernard Gorceix qui emprunte l’expression à Marie-Madeleine Davy.

« Au XIIème siècle, précise-t-il, de l’avis des plus grands, le charisme visionnaire est aussi bien guide spirituel que source de connaissance. Bernard l’écrit clairement à Hildegarde qui lui décrit en toute humilité les phénomènes pneumatiques qui la secouent : « Au reste, pourquoi instruire, ou exhorter, là où préexiste un enseignement intérieur, là où une onction instruit de tout ? » Cette évidence visionnaire, totalement consciente chez Hildegarde de Bingen, détermine la structure de tout le texte : aussi bien la structure d’ensemble, le plan visionnaire, que les articulations du discours, l’espace visionnaire. »

Le texte qui restitue par les mots l’indicible de dix visions confère le pressentiment de l’expérience. L’écriture d’Hildegarde relève plus de l’art que de la science bien que sa volonté de précision dans la description soit déterminée. Le luxe des détails pourrait tuer le symbole. Il n’en est rien. Chaque ensemble visionnaire demeure vivant. Sa maîtrise de l’allégorie et de la métaphore est telle qu’elle évite les pièges du langage qui fige par nominalisation. Elle œuvre à l’articulation du symbole et de l’énergie, là ou le silence des mots s’impose.

Ses représentations qui évoluent de manière pensée depuis son Scivias jusqu’au Livre des œuvres divines ont toujours une fonction bien précise. Hildegarde est conscience que l’image ne représente pas le réel mais peut faire vivre le réel en nous. L’œuvre d’Hildegarde est moins originale par son propos qui s’inscrit dans la tradition de son époque que par sa puissance à rendre vivant ce qui pour beaucoup n’est que spéculation théologique. Bernard Gorceix identifie clairement la moniale au poète. L’essai structuré est saturé d’intuitions poétiques qui l’irrigue totalement, faisant de cette œuvre un expérience véritable pour le lecteur méditant.