Rûmî ou la religion de l’Amour

Quelle fut la vie, l’œuvre et le message de Djalâl ad-Dîn Rûmî (1207-1273) ?

L’œuvre de Rûmî comporte plus de cent vingt mille vers et pourtant le poète déclarait inlassablement « les mots sont des prisons (…)  ils ne peuvent rendre compte de mon expérience » Coquetterie d’artiste ?

Certainement pas, la poésie de Rûmî se situe à un niveau ontologique et tente de rendre perceptible l’ineffable : l’expérience théophanique.

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57:40
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Avec ses mots et son talent Leili Anvar va donc lever le voile sur cette hymne à la religion de l’amour que fût la poésie de Rûmî, relater comment il est entré en poésie et comment il est entré en amour, et puis décrire « la fusion des essences » que fut son extase mystique.

Mêlant biographie, contexte historique et exégèse de ses poèmes, Leili Anvar nous narre ainsi ses débuts, sa rencontre avec Shams et son parcours une fois son maître disparu.

Dans l’audition mystique, nous dit Leili Anvar, un arrachement se produit, les voiles qui sont posés sur l’âme et qui obstruent la vision spirituelle se retirent pour laisser apparaître le Soi.

Par le choc émotionnel qu’elle provoque, l’audition mystique permet de donner à sentir l’âme dans sa nudité et donne accès à ce qui n’est pas atteignable par les cinq sens.

Vision, audition, toucher, goût, odorat sont irrémédiablement altérés et s’ouvrent à de nouvelles perceptions, à de nouvelles voies de Connaissance... »

Rûmî ou la religion de l’AmourRûmî ou la religion de l’Amour

Souhaitez-vous pénétrer la pensée de ce grand poète dont l’universalité de l’œuvre la situe hors du temps et de l’espace ?

Lui-même écrivit pourtant « Personne n’a cherché le secret de mon âme.. » ou (reprenant un verset coranique ndlr) « Je ne suis ni d’Orient ni d’occident » ?

… Explications de Leili Anvar dans cet exposé de 58 minutes.

Extrait de la vidéo

Écoute la flûte de Roseau. Écoute cette plainte.

Des séparations, elle dit la complainte.

Depuis que de la roselière on m'a coupée, En écoutant mes cris, hommes et femmes ont pleuré.

Pour dire la douleur du désir sans fin, Il me faut des poitrines lacérées de chagrin.

Ceux qui restent éloignés de leur origine Attendent à l'arrivée de l'amour.

Ceux qui restent éloignés de leur origine Attendent ardemment d'être enfin réunis.

Moi, j'ai chanté ma plainte auprès de tous, Unis aux gens heureux, aux malheureux, à tous.

Chacun a son idée à cruer être mon ami, Mais personne n'a cherché le secret de mon âme.

C'est par ces vers que commence la grande œuvre didactique de Maulana Jalal ad-Din D. Rumi.

Il me semble que ce début nous donne toute sa vision programmatique de sa propre œuvre et résume aussi quel a été le projet de sa poésie.

Mais pour mieux entrer dans ce projet et pour comprendre ce qu'a été la vie et l'œuvre de Rumi, il convient bien sûr de parler de son expérience de l'amour et comment il est entré à la fois en poésie et en amour.

C'est une histoire qui commence en 1207, à Balre, en Afghanistan actuel, lorsque naît donc le petit Jalal ad-Din d'un père théologien, grand mystique, et dans une famille depuis longtemps vouée à la spiritualité.

Alors je dis qu'il est né à Balre, ce n'est pas si simple.

Ce n'est pas si simple puisque, il le dit lui-même dans cette ouverture, chacun a son idée à cruer être mon ami, mais personne n'a cherché le secret de mon âme.

Et ça concerne aussi le lieu de sa naissance.

Car au fond, tout le monde se bat pour savoir à qui appartient Rumi.

Et je crains qu'il n'appartienne à personne.

Alors pourquoi tout le monde se bat ?

Tout le monde se bat parce que les Afghans disent qu'il est né à Balre, donc il est afghan.

Les Tajiks disent non, il n'est pas né à Balre, mais à côté dans un petit village, le village de Varsh, qui est de l'autre côté de la frontière et qui est donc au Tadjikistan actuel.

Les Iraniens disent qu'il est iranien parce qu'il a composé son œuvre en persan.

Et les Turcs disent non, il est turc, parce qu'il a vécu à Konya toute sa vie.

Rumi lui-même dira, je ne suis ni d'Orient ni d'Occident.

Reprenons un verset coranique, qui dit que Dieu n'est ni d'Orient ni d'Occident.

Et Rumi n'est ni d'Orient ni d'Occident, ni iranien, ni turc, ni tadjik, ni afghan, mais profondément humain et surtout un des plus grands spirituels qui ait jamais été.

Donc il naît quelque part là-bas, du côté oriental du territoire iranien.

Et très tôt, il va quitter la ville de Balre, probablement devant la menace mongole.

Et il va donc partir avec son père, toute sa famille.

Ils vont émigrer vers l'ouest.

Ils vont partir, ils vont voyager, dans tout le monde musulman connu.

Ils vont passer par Neishapur, où ils rencontreront le grand poète Ator.

La légende nous dit qu'Ator, voyant le petit Jalal ad-Din, prévoit à son père, prédit à son père, que son fils mettra le feu au brûlé des deux mondes.

Évidemment, c'est une légende.

Mais elle est très signifiante, parce que Rumi, partant vers l'ouest, partant vers son destin en réalité, mettra en effet le feu au brûlé des deux mondes.

Ce qui signifie, évidemment, à ceux qui sont en quête de la vérité, à travers l'expérience de l'amour spirituel.

Ils voyageront donc très longtemps, et finiront par, quand Rumi aura à peu près 20 ans, finiront par s'installer à Konya.

A l'époque, il ne s'appelle évidemment toujours pas Rumi.

Rumi est un mot qui signifie le romain, et qui lui sera donné bien plus tard, en réalité par les Occidentaux, parce qu'à l'époque, l'Anatolie, c'est l'Empire romain d'Orient.

Donc il est Rumi, parce qu'il vit en Anatolie.

Il est réputé avoir vécu l'essentiel de sa vie dans la ville de Konya.

Il y est d'ailleurs enterré.

Aujourd'hui, son tombeau est un haut lieu de pèlerinage, où on rencontre des gens venus du monde entier, parce qu'il y a des gens dans le monde entier qui connaissent cette œuvre et qui s'y intéressent.

Donc il s'installe à Konya avec son père, qui est théologien, encore une fois, grand mystique visionnaire, qui a une œuvre très intéressante sur le plan spirituel, puisqu'on voit que c'est vraiment un grand soufi accompli.

C'est quelqu'un qui a accompli toutes les assaises nécessaires au grand soufi, qui sait ce que sont les veilles nocturnes, les prières, et qui a à l'évidence des visions intérieures très fortes, des sortes de fulgurances, dont il rendra compte d'ailleurs dans son œuvre.

Et ce père, exceptionnel, initie son fils, bien sûr, à la fois à la théologie, puisqu'il sera entraîné à devenir théologien, il prêchera à la mosquée très tôt, très jeune, mais aussi, dans sa vie plus intime, son père l'initie à la cèze et à toutes les méthodes classiques du soufisme pour accéder à la vision de l'invisible, car c'est de cela qu'il s'agit.

Et une fois que son père meurt, finalement, tout le monde s'attend à ce que le jeune Rumi devienne le remplaçant de son père, à la fois à la mosquée, pour prêcher, et à la fois dans les cercles plus intimes des disciples spirituels de son père.

Mais il n'en fera rien, car il considère qu'il n'est peut-être pas encore assez mûr, bien qu'il soit très avancé, et il choisira donc de rester disciple, et disciple d'un maître qui est en fait un ancien disciple de son père.

Ce maître-là s'appelle Boran Eddin Mouradert, et c'est aussi un grand spirituel de son époque, quelqu'un qui a aussi gravi tous les degrés, toutes les stations mystiques classiques du soufisme.

Et ce maître-là, auquel il se soumettra, volontiers, l'enverra à Damas pour qu'il termine sa formation juridique.

Donc il faut bien prendre en compte cet élément de la vie de Rumi qui est tout à fait essentiel, à savoir que c'est avant tout un théologien musulman.

Il connaît parfaitement la loi islamique, le Coran, la tradition, et il est entraîné, au fond, il est entraîné à devenir prêcheur à la mosquée.

Donc, après ce voyage à Damas, il obtiendra ce qu'on appelle l'ijaza, ou l'autorisation de donner des décrets religieux.

Il faut un certain niveau d'études pour cela, et donc il l'obtient.

Il revient, et là, sous la direction de ce deuxième maître, il finit par accomplir, au fond, son cheminement spirituel classique en tant que maître soufi.

C'est pourquoi, à la mort de Borhaneddin Harir, donc ce maître-là, il va pouvoir enfin, et ça se passe en 1241, il va pouvoir prendre en charge, donc, les élèves, les disciples de son père, et aussi tous les gens qui viennent le voir pour recevoir des décrets religieux, pour qu'ils remettent des décrets religieux.

Et tout semble aller parfaitement bien.

De 1241 jusqu'en 1244, il remplit donc ses fonctions tout à fait classiques de prêcheur, de théologien et de maître spirituel.

Mais s'il n'avait été que cela, nous ne parlerions certainement pas de Rumi aujourd'hui.

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