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Elie Faure a introduit le genre du livre d’art dans lequel le commentaire se fait lui-même œuvre.
Car ce médecin qui se ménage du temps pour écrire est avant tout un auteur de talent, soucieux de préserver sa liberté de plume en demeurant indépendant par son travail.

Construite à partir d’articles, publiés, présentés, commentés, corrigés, Histoire de l’art est une œuvre vivante, en mouvement, un processus qui peu à peu prend vie dans l’esprit du lecteur, l’opposé d’un musée figé dans lequel le lecteur serait invité à déambuler. Il s’efforça dans sa quête de transposer le langage plastique dans l’écriture, défi titanesque qu’il releva avec élégance mais non sans douter. Baudelaire fut son seul modèle :
« Si l’on met à part la tentative passionnante, mais avortée de Diderot, Baudelaire a créé de toute pièce, et porté à sa plus haute signification, parce qu’il l’a animée d’une splendide intelligence et soulevée d’un lyrisme poignant, la transposition poétique de la peinture dans le verbe, qui est la vraie, et la plus féconde, et la seule des critiques d’art. Aux yeux des écrivains qui se sont fixé une tâche analogue à celle-là, Baudelaire est le créateur – le Père -, la sensibilité centrale où aboutissent à la fois tous les échos de la peinture, de la musique et de la poésie. »
Justement, Elie Faure se voulait poète, non critique d’art. Il l’était sans conteste à le lire. Cet homme inclassable, considéré comme le dernier des encyclopédistes, qui, de la vie quotidienne à la vie politique, n’aura de cesse de prendre l’art à témoin, nous a laissé une merveilleuse initiation à l’art, à sa liberté, à sa beauté, à sa vérité, mais aussi une initiation à « voir ».