Cronos-Saturne : la révélation de la paternité
« On ne nait pas père, on le devient ! » A travers la figure archétypique de Cronos, l’équivalent de Saturne pour les romains, le psychanalyste Eric Berrut aborde dans cet entretien la question de la paternité. Une paternité envisagée comme apprentissage, construction, qui ne peut se réduire à une simple réalité biologique.
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S’appuyant sur les travaux de Donald Winnicott et de Jean‑Marie Delassus (médecin, philosophe, créateur du concept de « maternologie ») : Eric Berrut s’interroge sur cette juste place de Père, et plus généralement sur la question de la filiation, dans ce subtil équilibre à trouver, entre autorité et autonomie, protection et étouffement…
Un glissement, une dérive, déjà présents dans les récits d’Hésiode remontant à plus de 2.500 ans.


« Les images mythologiques appartiennent à la structure de l’inconscient » Jung
Si le vieux Cronos, représentant d’un modèle fermé de transmission, fut détrôné, malgré ses multiples précautions, par son propre fils Zeus (Jupiter pour les romains) : quelles furent les conséquences de ce bouleversement paradigmatique et archétypique, dans notre propre compréhension de nos rapports parents-enfant ?
Une ouverture et un assouplissement à l’instar des rapports de Zeus avec ses propres enfants Artémis, Athéna ou Apollon ?
Une interview passionnante, qui réactualise notre précédent exposé : « Mère-Fille: étude astro-psychologique » et nous rappelle ce qu’affirmait Jean-Marie Delassus : « on appelle père, vraiment père, celui qui répond au besoin de paternité par la fraternité »…
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* Noms des entretiens :
L’Iliade, un hymne au débordement des affects
L'Odyssée, un voyage intérieur
Ombre et lumière de Saturne, à la fois prédateur et structurant (Saturne 1/2)
Cronos-Saturne et la révélation de la paternité (Saturne 2/2)
L’archétype de la Mère en regard de Neptune et Pluton
Neptune, la force de nos émotions profondes et nostalgie de notre origine océanique
Pluton, guide d'introspection et de métamorphose
La Lune Noire et le choix de la Lune Noire vraie
La Lune Noire : identifier la dynamique profonde du désir
Extrait de la vidéo
Chers auditeurs de Bagliss, bonjour, on se retrouve aujourd'hui en compagnie d'Éric Berru pour un deuxième entretien au sujet de Saturne, la capacité d'être seul. On a déjà évoqué les aspects structurants, les aspects prédateurs de la question de Saturne. Est-ce que vous pouvez nous faire un petit rappel, histoire de situer où nous en étions restés ? Dans le premier entretien, nous avons rappelé que Cronos avale ses enfants à peine sont-ils venus au monde.
Et nous nous sommes questionnés quant au symbolisme du ventre de Cronos, du ventre du Père. Nous avons vu que le ventre de Cronos réfère d'un côté à quelque chose de prédateur, qu'il ne permet pas à ses enfants de se développer, d'éclore, de s'épanouir en fonction de sa singularité, en fonction de son essence d'être et nous avons dit qu'avaler ses enfants, retenir en soi des possibilités de vie, des rêves, des projets, c'est étouffer dans l'œuf quelque chose de précieux.
Ça, c'est l'aspect prédateur de Saturne et d'un point de vue astrologique, on dira que là où il y a Saturne, il faut tenir compte du versant prédateur de Cronos. Maintenant, il s'agit d'une image mythologique, elle ne peut pas être interprétée de manière univoque. L'autre versant du ventre de Saturne, c'est que le ventre du Père figure un contenant, en gardant les enfants dans son ventre, Cronos va leur transmettre quelque chose et va leur transmettre quelque chose qui va permettre aux chronides, les enfants de Cronos, de grandir, de mûrir, de se construire et quand Cronos va régurgiter ses enfants, on va en parler à propos de l'intervention de Zeus, quand Cronos va régurgiter ses enfants, les enfants seront construits et prêts à exercer la fonction qui leur revient.
Et on dira que là où il y a Saturne dans un thème, il nous revient de faire mûrir quelque chose, de construire quelque chose, de structurer quelque chose. Voilà, ça ce sont en bref et en résumé les deux versants de Saturne, les deux versants lumineux et obscurs du ventre de Cronos. Moi ce que je te propose, c'est que pour explorer ces deux versants, notamment le versant un peu plus lumineux de l'aspect structurant du père, c'est peut-être d'aborder un thème ?
Oui, oui, ce thème que nous aborderons brièvement nous permettra de mettre en lumière un autre aspect du père relatif à Saturne. Il faut bien avoir à l'esprit que Saturne, en tant que père qui garde les enfants dans son ventre, prétend aussi les protéger. Son discours est à peu près le suivant, adressé à ses enfants « mon fils, ma fille, si tu restes dans mon ventre, tout ira bien ». Cela signifie « mon fils, ma fille, si tu restes fidèle aux valeurs que je t'ai transmises, si tu continues mon œuvre, si tu t'inscris dans ma lignée, tout ira bien, tu ne prendras pas de risque, tu ne seras pas en danger ».
Par exemple, c'est très concrètement le père qui transmet une entreprise à un fils ou à une fille, et qui attend que le fils et la fille se situent dans la continuité du père, cette continuité octroyant au fils, à la fille, une sécurité, une légitimité, une stabilité. Donc le père qui protège, qui garde les enfants dans son ventre, se veut aussi comme un père protecteur, sauf qu'il ne peut pas avoir la protection autrement que dans le fait que ses enfants restent vraiment dans son sillon.
Il y a beaucoup de cela dans la relation entre Freud et Jung, qui est une filiation d'ordre intellectuel ou spirituel. Freud s'attendait à ce que Jung reste fidèle à ses valeurs, et qu'il soit le prince héritier, comme il l'a d'abord appelé, qui s'inscrive vraiment dans la continuité de son œuvre. C'était une manière de dire « si tu restes fidèle à ma vision des choses, tu auras un grand avenir, mais si tu t'avises de t'écarter de cette vision, prends garde à toi ».
C'est vraiment un aspect très important de Saturne et de sa prétention à protéger ses enfants, en les gardant finalement dans son ventre. Abordons maintenant pour illustration, pour prolongement, le thème d'un homme dans lequel Saturne joue un rôle fondamental. Il est d'abord sur le même degré que l'ascendant Capricorne. Ensuite, Saturne s'inscrit dans un grand carré, avec le soleil en balance d'un côté, la lune en bélier de l'autre, et Mars en concert de l'autre.
Donc on a Saturne qui est relié au soleil, à la lune et à Mars. Sur ces lieux de chute, d'exaltation et d'exil. Absolument. Et la lune et Mars étant aussi dans des signes avec lesquels ils entretiennent un rapport très significatif.
Cette présence de Saturne sur le degré même de l'ascendant, Saturne d'abord relié étroitement aux deux liminaires, ce contexte thématique signe une nature profondément saturnienne. Cet homme est psychiatre. Cette orientation professionnelle dit peut-être quelque chose de Saturne, dans la mesure où on s'adresse au psychiatre quand on n'arrive plus à travailler, par exemple, à aimer, ou pour le dire vraiment en termes saturniens, quand on n'arrive plus à se tenir vraiment debout.
Or, je crois que nous l'avons fait dans le cadre du premier entretien consacré à Saturne, Saturne dans la mythologie est le premier et le seul parmi ses frères et soeurs qui a pris le risque de se tenir debout là où il était porté par la terre-mer. Ce qui fait que Saturne est devenu Saturne, c'est qu'il a pris le risque de cette