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Les bardes chantent encore aujourd’hui les merveilleuses aventures de Râma qui font partie de la culture populaire de l’Inde mais aussi dans de nombreux pays de l’Asie du Sud-Est.

Il semblerait que l’histoire de Râma, dont le nom signifie « charmant », soit encore plus ancienne que celle de Krishna. Elle fait partie du fonds traditionnel de l’Inde préaryenne, dans laquelle le Shivaïsme était la religion privilégiée.
Le Râmâyana fut rédigé par Vâlmîki, un grand poète, sous la forme traditionnelle du poème épique, sur la base de la tradition orale mais aussi des références à Râma retrouvées dans les Purâna. La légende dit que le poète-ascète voyait à travers le temps les scènes réelles de cette aventure lointaine.
Brâhma, Shiva, Sîtâ, Hanuman sont les principaux protagonistes du Râmâyana. Alain Daniélou introduit brièvement le lecteur à la symbolique du texte :
« Sîtâ est fille de la déesse de la Terre. Elle naquit du sillon que son père le roi Janaka creusait lorsqu’il nivelait le terrain pour un sacrifice. Elle est l’Immaculée, la Pure, celle qui n’est pas née d’une femme (Ayonijâ). Elle est l’image de la Fidélité. L’union de Râma et de Sîtâ symbolise celle du Feu et de la Terre, su principe mâle et du principe féminin d’où naît toute vie.
Hanuman symbolise l’élément « Air ». Il est le fils de Vayû, dieu du Vent.
Nous voyons aussi apparaître le principe des Eaux sous la forme du dieu des Océans. »
La version publiée ici, illustrée de quelques belles gravures, n’est pas la version intégrale de Vâlmîki, elle en propose toutefois les épisodes les plus significatifs.
« Nârada prit la parole :
- Durant le Krita-youga, ô Râma, seule la caste sacerdotale s’adonnait à l’ascétisme. En cet âge brillant – celui de la Justice – les hommes étaient immortels et possédaient le Grand Savoir. Commença ensuite le Tretâ-youga pendant lequel l’humanité s’habilla d’un corps mortel ; époque exempte de ténèbres aussi, mais où l’Injustice fit son apparition. A la suite de cette altération, le désordre fit son chemin ; les passions s’éveillèrent et la seconde caste, celle des guerriers, prétendit à son tour à l’ascétisme. Inévitablement, la pureté primordiale s’affaiblit. Cependant, le reste des hommes pratiquait encore l’Obéissance. Au Dvâpara-youga, la souillure de l’Injustice proliféra au point que ce furent les marchands qui pratiquèrent l’ascèse. La dernière caste n’y avait point encore droit à qui le Kali-youga – l’âge final du monde – est réservé et pendant lequel elle arrivera à de très hauts mérites. Or voici que dans ton royaume, un homme de la caste la plus basse se livre illégalement à d’extraordinaires austérités en vue de sa délivrance. C’est lui la cause de ce malheur et si tu ne châties rapidement le fautif, un monde inférieur menace de te prendre. Va donc, fouille ton territoire et confisque la vie de celui qui déroge ainsi à la Loi ! »
C’est probablement au XVème siècle que Râma fut divinisé et que son culte commença à se développer, notamment parmi les membres des castes populaires.