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Avec ce deuxième livre, Arouna Lipschitz nous apporte un témoignage sincère et personnel sur son propre parcours. Ce récit autobiographique nous plonge au cœur de ses amours, de ses amitiés, des étapes de son cheminement spirituel.

Toutes ses aventures et mésaventures s’articulent autour d’un questionnement essentiel pour elle et qui fait écho en chacun de nous : comment concilier, résoudre le paradoxe de l’unité et de la dualité. Loin des poncifs habituels, Arouna Lipschitz ne nous apporte pas de solution préformatée, elle témoigne de cette tension permanente entre ces deux pôles pour trouver la solution à ce problème si essentiel. « J’étais consciente d’être consciente, sans raisonner pour autant. Je ne suis donc pas dans le Tout puisqu’il ne peut y avoir Tout et autre chose, or il y a moi qui sens et comprends ! Je suis forcément dans l’espace-temps, en relation avec un monde de pensée non intellectuelle et pourtant pensante, une sorte d’intelligence cosmique qui communique avec mon cerveau ».
D’origine juive, l’auteur a été ordonnée swami, prêtre dans la tradition hindouiste, mais alors que l’expérience de la non dualité la marque profondément elle constate avec sincérité que cela ne suffit pas à lui faire vivre harmonieusement la dualité au sein du monde. Par ailleurs, elle est consciente que la fascination du vide cache souvent la nostalgie d’un ailleurs et le refus de la réalité cache souvent une fuite en avant. La vie oblige à passer de l’Un au deux et non de l’Un au Tout. La fusion avec le Tout libère le temps d’une méditation mais la réalité reprend vite ses droits, d’où une interrogation permanente : « Que voulait Dieu de la planète terre et de ses habitants ? Dieu, qui ? Pas le Sans-Nom ineffable, immuable, touché au bout de l’âme dans mes extases mystiques. Mais le Dieu du Temps, une manifestation concrète et communicante du divin au cœur même de la dualité. Certes la kabbale mentionnait les hiérarchies angéliques. Dieux et déesses emplissaient les mythes de nombreuses cultures. Oui, mais… mais quoi ? Le vide serait-il plein ? L’énergie lumière : une illusion de vide ? ».
Pour sortir de ce questionnement dévastateur et en faire un acte libérateur Arouna Lipschitz, s’est livrée à une récapitulation de sa vie où rien n’est laissé de côté ni ses relations familiales complexes, ni sa relation apparemment désordonnée aux hommes, ni son cheminement si enrichissant et si dérangeant avec les deux gourous avec qui elle a « travaillé ». Par cette récapitulation qui n’oublie aucun fait, aucune dimension, aucune question, nombre d’événements trouvent une cohérence dont le questionnement fondamental sous-jacent est la trame omniprésente. La vie prend alors une autre signification : si la sensation de l’absolu ne suffit pas à résoudre la tension intérieure et extérieure, la vie et la quête se reflètent mutuellement et deviennent l’espace de réalisation de l’être.
Concrètement, pour Arouna Lipschitz le début de solution est apparu lorsque, au moment opportun, elle s’est détachée de son gourou indien et s’est rapprochée de son gourou occidental qui lui a fait découvrir l’approche initiatique, ce qui l’a aidé à saisir l’articulation entre les plans de l’âme, de l’esprit et du corps. Elle a alors découvert qu’en évitant d’être frôlée par les lisières de la transcendance et d’être happée par l’absolu, par l’éternel présent, en se liant au soleil, l’être maintient sa conscience dans le champ planétaire et y occupe une place légitime : « A relier la beauté d’en haut à celle d’ici-bas, l’existence cessait d’être un dés-astre ». La prise de conscience ne s’est pas faite dans la facilité. En acceptant le défi d’un ashram consacré autant à l’Un qu’à l’autre, à la révélation autant qu’à la connaissance, bref au relationnel comme miroir de la réalisation du Soi, Arouna Lipschitz, au fil des rencontres et des séparations, s’est pardonnée le fait d’exister, elle a alors découvert l’amour-amitié, accepté l’inachèvement comme moyen de faire grandir la joie et l’amour de vivre, elle a aussi retrouvé la force de sa lignée et le cœur de la tradition de son enfance : « Telle un mantra du plus profond de mon âme monte la phrase hébraïque qui exprime la gloire de KETHER, la couronne de l’Arbre de Vie : Ehieh acher ehieh, je serai ce que je serai… Je sens le dieu du temps satisfait : je n’oublie pas que la cime de l’Arbre n’est pas un « je suis » arrivé au but, mais l’expression d’une souveraineté en perpétuel devenir ». L’union du feu et de l’eau, du masculin et du féminin permet d’advenir ce que nous sommes. La nostalgie de l’ailleurs n’est plus ce qu’elle était, les cartes brassées produisent un nouveau jeu. A suivre….