Les compagnons de sainteté, l’amour indéfectible des animaux

Les animaux sont incapables de trahison : est-ce là une métaphore de l’amour inconditionnel de Dieu ? Jacqueline Kelen nous invite ici à reconsidérer nos rapports avec les animaux en prenant exemple sur la vie des sages et des saints. En effet, ces derniers ont toujours vécu dans une grande proximité avec les animaux, parfois même sauvages, les soignant, leur parlant, au point de préférer leur compagnie à celles des hommes. « Eux n’ont pas chuté ! » affirme-t-elle, en faisant référence à l’état primordial d’Adam et Eve, vivant nus et en paix, n’ayant pas encore croqué du fruit de l’Arbre de la Connaissance…

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Jugé comme inférieurs, souvent exploités, Jacqueline Kelen nous invite à une réconciliation avec ce règne, à établir une fraternité nouvelle avec eux. 

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L’innocence des animaux, leur pureté : derniers vestiges du Jardin d’Eden ?

Sa vision de ce compagnonnage va bien au-delà du simple « animal de compagnie », elle place ces échanges sous le sceau d’une inspiration réciproque, témoin d’une réminiscence d’un Âge d’Or ancien, d’un état oublié par les hommes.

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A travers de nombreux exemples issus de la vie de sages juifs, chrétiens ou musulmans - mais aussi bouddhistes et hindouistes - Jacqueline Kelen interroge le sens du rapport à l’autre, à l’altérité en général. Un élargissement de perspective qui ne nous confine pas à une nostalgie passive, mais à l’action. Vers un Homme nouveau pour lequel « Ordre » et « Harmonie » seront les maîtres mots.
* Son ouvrage : « Les compagnons de sainteté », Editions du Cerf (Oct. 2020)

Extrait de la vidéo

Bonjour Jacqueline, vous êtes écrivain, un écrivain en quête avec une affinité pour les sujets spirituels et donc cette fois-ci ce sont des animaux en particulier que vous nous entretenez dans ces Compagnons de Sainteté parus il y a quelques mois, entre 2019 et C'est vrai que vous affectionnez particulièrement le règne animal et alors là vous les avez approchés au prisme d'un certain nombre de récits spirituels empruntés à toutes les traditions d'ailleurs.

C'est d'ailleurs un des intérêts justement de ce livre, c'est qu'autant à travers l'homme c'est difficile de tisser un lien inter-religieux alors que les animaux permettent ça justement. Et alors cher Jacqueline, première question, pourquoi des Compagnons de Sainteté ? C'est-à-dire qui est le compagnon de l'autre finalement ? Puisque le sous-titre de votre livre c'est Amis de Dieu et des animaux, donc qui est le compagnon, c'est l'homme ou l'animal ?

C'est tout à fait réciproque et justement l'idée de ce livre déjà, j'ai immensément de tendresse absolument pour tous les animaux et je ne peux pas faire de mal à une mouche comme dit l'expression, je la laisse partir. J'ai infiniment de tendresse ou de pitié ou d'affection pour les animaux qui sont toujours menacés, qui sont toujours dépendants du bon vouloir et du pouvoir de l'homme. Donc ça, ça doit nous toucher, nous bouleverser ou nous questionner.

Encore de nos jours, même s'il y a beaucoup de mouvements, d'associations pour protéger les animaux, mais en général les animaux, les fauves, les grands animaux disparus ou en voie de disparition, la plupart du temps on dit oui, l'amour pour les animaux, l'amour des bêtes comme on dit, comme si c'était réservé, c'était sentimental, c'était une compensation, une consolation, c'était réservé à des femmes en mal d'affection ou des personnes âgées et je trouvais ça à la fois méprisant, je trouve cela à la fois méprisant et pour les personnes qui aiment les animaux et pour les animaux eux-mêmes qui donnent aussi beaucoup d'amour.

Et il me semblait intéressant de voir que c'était au plus profond et au plus fin et au plus haut de la relation, sur le plan donc de l'amour et de la spiritualité, qu'il y avait rencontre entre les animaux les plus divers, ça va du moustique au tigre en passant par bien sûr le chien, mais aussi l'éléphant, le serpent, le chat, etc., qu'il y avait cette relation entre ces animaux et des êtres éveillés, des grands saints, des grandes figures saintes de toutes les religions du monde, parce que bien sûr en Occident, si on parle de l'amour des animaux lié à une personne sainte, on va dire, oui, François d'Assise.

Or, saint François d'Assise, en effet, une magnifique figure qui n'a pas simplement fait la paix avec Pacifié, un loup, mais qui a aussi prêché aux oiseaux la gratitude et a dit, oiseaux, vous avez la chance de chanter, de respirer l'air, etc., c'est vraiment une homélie sur la gratitude, il a sauvé un petit lièvre, un seigneur du coin lui offre un faisan pour son repas, il est évident que François d'Assise, qui mangeait déjà très peu, n'allait pas le manger, il le fait partir, mais le faisan se sent très bien avec lui, il revient sans arrêt auprès du saint, il a eu aussi une petite cigale comme compagne musicienne, enfin, donc les anecdotes, et ce sont des témoignages véritables, puisque nous avons beaucoup de textes concernant saint François d'Assise, donc tous ces témoignages sont magnifiques, mais il n'est pas le seul, et c'est ça que j'ai trouvé très important, et puis la question, en effet, comment se fait-il, quel est le sens de cette intimité entre la personne, soit l'ermite, soit le mystique, ou la mystique, soit l'être éveillé, avec ce qui, d'un point de vue orgueilleux, pour beaucoup d'êtres humains, ce qui est, non pas quantité négligeable, mais ce qui est nettement inférieur à l'être humain, à savoir l'agent animal ou le règne animal, etc., ils sont nos, pas nos frères, mais ils sont des inférieurs, donc bons à être dominés ou exploités, donc c'était cette relation-là, privilégiée, qui était importante, et pourquoi, en effet, ces saintes figures se sont tellement intéressées et attachées à ces animaux, ou les ont sauvées, ont prié pour eux, et puis ce qui me paraît aussi, alors plus profond encore, c'est, et on trouve ça, on va prendre des exemples, dans diverses religions, comment un être peut finalement assurer son salut, ou avoir une révélation, une expérience spirituelle profonde, non pas en voyant un spectacle exceptionnel, etc., mais parce qu'un jour il a été profondément bouleversé, donc le cœur broyé, retourné, ce qu'on appelle vraiment la compassion, sentiment déchirant par excellence, non pas sentiment doux, tiède et gentil, parce qu'un homme a été profondément bouleversé, soit par une pauvre chienne un soir d'hiver qui ne pouvait même pas nourrir ses petits, soit par un âne qui était blessé, et à ce moment-là, là c'est du côté soufflé, et bien le saint, le saint homme, il est tellement, il n'est pas encore saint, mais il est tellement touché, bouleversé par ce pauvre âne qu'il défait son turban, et il essaye de penser les plaies, et à ce moment-là il a la révélation, en effet, de ce que veut dire vraiment l'amour, voilà, c'est tellement, non pas facile, mais quand on dit, dans la tradition chrétienne, aimer son prochain, en général on dit, bon on aime ses semblables, c'est-à-dire on se tient chaud entre êtres humains, et puis lorsqu'on dit aussi aimer ses ennemis, alors ça c'est déjà beaucoup plus difficile, on voit aussi un ennemi humain, de l'espèce humaine, bon, et moi je me dis, avant d'aimer ses ennemis, ce serait bien d'avoir un peu d'attention, ou plus que ça, d'attention et de respect pour ceux, c'est eux, et ceux qui ne nous ressemblent pas du tout, à savoir ceux qui sont justement d'une autre espèce, comme on dit, ou d'un autre règne, d'aimer l'étranger, quand on dit l'étranger, l'étranger, l'animal est aussi un être tout à fait étranger, étrange, qui nous intéresse, qui nous questionne, et qui peut susciter, en effet, une conversion, un retournement, c'est une lourde, je trouve que c'est, oui, un lourd destin qu'ont les animaux, tous les animaux, indistinctement, parce que je pense que le sens, la signification de leurs conditions est souvent souffrante, et bien c'est de nous toucher, c'est de nous élargir le cœur, d'éveiller en nous des sentiments qui n'ont rien de, comment dire, de méprisable ou secondaire, d'éveiller en nous ce sentiment de pitié, de commisération, de tendresse, d'attention, voilà, ce sentiment de fraternité au sens universel du terme, et je trouve que c'est une rude mission qu'ont les animaux, c'est pourquoi aussi les chevaux, dans l'épopée d'Homère, l'Iliade, les chevaux d'Achille pleurent, ils pleurent, ce n'est pas

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