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Voici un très beau texte de Sylvie Germain, hymne au silence et au vent qui souffle sur les énergies créatrices en toute liberté.
Nous connaissons la belle écriture de Sylvie Germain. Elle est ici au service de l’esprit pour une poésie qui éveille :

« Si l’on veut faire l’expérience du silence, il convient de se tenir face au tabernacle vide, dans la nuit noire et muette du Jeudi saint, et, même si l’on n’y comprend rien, veiller avec le Christ au mont des Oliviers – mont singulier où ne s’opère aucune épiphanie, nulle révélation ni transfiguration, mais où se condense l’absolu du silence. Alors on peut tenter d’accompagner Job dans son ultime chevauchée à travers le lointain, dans le nulle-part. Dans le No God’s Land : est-ouest-nord-sud-terre-ciel. Et la pensée repart à tous les vents. »
Et encore :
« L’histoire d’Elie est un prologue à celle du Christ en lequel le temple immatériel s’incarne pleinement, se met résolument en marche puis se déchire en jetant à la face des hommes le silence de Dieu, non plus comme un soupir, mais comme un cri, une haute clameur. Pour que les hommes, sourds au soupir de fin silence, entendent le désarroi de ce silence et s’interrogent sur sa source et son sens. Mais cette surdité n’en continue pas moins. « Et ils lui posaient cette question : Pourquoi les scribes disent-ils qu’Elie doit venir d’abord ? Il leur dit : Oui, Elie doit venir d’abord et tout remettre en ordre. Et comment est-il écrit du Fils de l’homme qu’il doit beaucoup souffrir et être méprisé ? Mais je vous le dis : Elie est bien déjà venu et ils l’ont traité à leur guise, comme il est écrit de lui » (Mc 9, 11-13).
Elie est venu – soupir de silence. Le Christ est venu – cri du silence. Mais l’humanité est composée en énorme majorité de sourds –néant du silence. »