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Le divin bien, le divin vrai, le divin beau. Cette trilogie presque universelle scelle ce qu’il y a de plus profond dans l’expérience humaine.

Evitant l’opposition courante entre le mal et le bien, opposition qui maintient dans une vision et une expérience dualiste qui peut aisément se cristalliser en pensée totalitaire, François Cheng préfère opposer la beauté au mal. Il est vrai que par l’expérience absolue de l’être, la beauté apparaît comme la seule valeur, non la beauté formelle mais la beauté essentielle, toujours présente pour qui sait « voir ».
Ces cinq méditations, cinq dialogues avec le lecteur, abordent les grandes interrogations que pose l’existence humaine, à la recherche de la beauté, beauté de désir mais plus encore la liberté de la beauté, qui donne, se donne, sans jamais demander à recevoir, sans la moindre attente.
Dans une oscillation parfaite entre pensée occidentale et pensée orientale, François Cheng nous introduit à un art du vivre ensemble, à un art de vivre en nature, à un art créatif qui célébrerait gratuitement la beauté, à un art de l’Esprit enfin.
« Je viens de prononcer le mot « âme » ; il m’évoque la notion de yi-jing, « dimension d’âme », que nous avons déjà rencontrée dans la deuxième méditation à propos de la rose, et qui est, dans la pensée esthétique chinoise, un peu l’équivalent de shen-yun, « résonance divine ». Tout comme le shen, le yi, « dispositon du cœur, de l’âme », est ce dont sont dotés aussi bien l’homme que l’univers vivant. Le yi-jing suggère donc une connivence d’âme à âme entre l’humain et le divin, que la langue chinoise désigne par l’expression mo-qi, « entente tacite ». Entente jamais complète : il y aura toujours un hiatus, une suspension, un manque à combler. L’infini recherché est bien un in-fini. Le vide qui prolonge un rouleau de peinture chinoise est là pour le signifier. Ce vide mû par le souffle recèle une attente, une écoute qui est prête à accueillir un nouvel avènement, annonciateur d’une nouvelle entente. En vue de celle-ci, l’artiste, quant à lui, est toujours prêt à endurer douleur et chagrin, privations et perditions, jusqu’à se laisser consumer par le feu de son acte, se laisser aspirer par l’espace de l’œuvre. Il sait que la beauté, plus qu’une donnée, est le don suprême de la part de ce qui a été offert. Et que pour l’homme, plus qu’un acquis, elle sera toujours un défi, un pari. »
Dans ces pages, la poésie du sujet rencontre celle de l’auteur pour éveiller la poésie du lecteur. Un très beau texte.