Marie-Madeleine Davy (audio)

Titulaire d’un doctorat, Marie-Madeleine Davy (1903-1998) est une médiéviste reconnue. Forte d'une expérience spirituelle intérieure, elle appartient en outre aux ésotéristes chrétiens occidentaux qui publièrent de nombreux ouvrages témoignant d'une expérience du "chemin du dedans", du "chemin mystérieux qui va vers l'intérieur".

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Qu'il s'agisse de l'Orient ou de l'Occident, nous ne sommes plus à l'époque des maîtres, mais à celle du guru intérieur, de l'Eglise intérieure" écrit-elle. Pour l'auteur, qui prône une voie chrétienne qui est essentiellement "détachement de soi", s'élever contre l'ésotérisme, au nom du rationnel, signifie ainsi une totale méconnaissance humaine. On peut lire aujourd'hui en guise d'épitaphe sur sa tombe " Passant, sois heureux".

Extrait de la vidéo

Marie-Madeleine Davy, que personnellement j'ai eu l'occasion de connaître dans deux parties de sa vie. En première partie, elle a été mon professeur, à l'époque où j'étudiais à la Sorbonne, elle a été pour moi mon professeur de philosophie et j'avais gardé d'elle un souvenir de professeur valable mais aussi plein d'autorité et qui nous faisait peur. Nous autres étudiants on avait peur, on disait tu vas au cours de la Marie-Madeleine ?

Oh je ne sais pas si j'y vais, je suis pas prêt, elle va m'engueuler, etc. Alors vous voyez, en tant qu'étudiant, c'était une femme d'autorité. Et puis je l'ai retrouvée 30 ans après, parce que j'ai passé l'importance de ma carrière à l'étranger, dans les pays étrangers, je l'ai retrouvée 30 ou 35 ans après, comme conférencière, elle-même était à la retraite, elle avait mis sa retraite et elle avait beaucoup vieilli évidemment, tout le monde vieillit, et j'ai découvert une autre face de Marie-Madeleine d'Avis, qui était le témoin d'un parcours spirituel exemplaire.

Car ce qu'il y a d'intéressant dans l'œuvre de Marie-Madeleine d'Avis, c'est qu'elle témoigne d'un parcours. Il ne s'agit pas de réflexion éparsue, mais de la description d'un parcours qui part de l'ombre du torrent, c'est-à-dire de l'homme à l'état brut, jusqu'à l'homme réalisé, l'ombre du général, l'ombre de femme, bien sûr, jusqu'à l'homme qui a retrouvé son unité primordiale dans le contact permanent avec la Véité.

Et c'est ce parcours admirable qui fait tout l'intérêt, si vous voulez, de l'œuvre de Marie-Madeleine d'Avis. Alors, je partirai d'un petit témoignage, d'un petit texte, qui est un peu triste parce que c'est son avis de décès, mais qui est quand même intéressant à étudier et à analyser, ne serait-ce que brièvement. Ceux qui, certains d'entre vous, ont pu peut-être prendre connaissance de ce petit texte paru dans la presse, je crois que celui que j'ai sous les yeux a dû paraître, je ne sais plus si c'est dans Le Monde ou dans Le Figaro, c'est une photocopie et je ne me souviens plus très bien où ça a été fait, il est celui-ci.

« On nous prie d'annoncer le décès de Marie-Madeleine d'Avis, philosophe, maître de recherche au CNRS, écrivain, conférencière, survenu le 1er novembre 1998. Après la cérémonie religieuse, le corps de la défunte a été inhumé au cimetière de Saint-Clémentin dans les Deux-Cèdres, dans une tombe anonyme, c'est-à-dire ne portant aucun nom, portant simplement ces mots « Sois heureux, passant ». Alors déjà, ce faire-part, qui doit correspondre à un souhait, qui certainement correspond à un souhait d'exprimer Marie-Madeleine, il est parlant.

Il est parlant d'abord par son anonymat. « On nous prie d'annoncer le décès de » Qui « on » ? Ce n'est pas la famille, il semble que la famille soit totalement absente. Ce n'est pas ses collègues, ce n'est pas ses anciens collègues, c'est « on ».

Donc déjà, il y a chez Marie-Madeleine d'Avis l'absence de soucis ou de souhaits d'impliquer les gens dans son passage, n'est-ce pas, dans le donnant. « On nous prie d'annoncer le décès de Marie-Madeleine d'Avis, et après la cérémonie religieuse » Donc quand même, on sait qu'elle avait gardé le contact avec, disons, les formes traditionnelles de la religion. On imagine tout de suite, n'est-ce pas, la cérémonie funèbre qui est faite devant son cercueil.

Et elle avait gardé donc quand même ses formes extérieures de la religion. Et ça c'est intéressant parce que nous verrons tout à l'heure justement qu'il y a eu chez elle un rejet des dogmes et de tout ce qu'il y avait de tout fait, de tout convenu dans les religions quelles qu'elles soient. Que ce soit le catholicisme romain, que ce soit également l'orthodoxie, qu'elle a rejeté également comme elle avait rejeté le dogme du catholicisme romain.

Alors elle est enterrée et dans une tombe anonyme, ce qui veut dire qu'elle ne suscite pas de souvenirs parmi les vivants. Nous faisons presque une proclamation ce soir, si je puis dire, en parlant d'elle. Et enfin ses derniers mots « Sois heureux, passant ». Elle souhaite le bonheur, et nous verrons ce que l'on entend par le bonheur, mais il y a un mot-clé qui est celui de « passant ».

En effet, pour Marie-Madeleine David, l'homme est un passant. Nous verrons qu'elle en parle, elle évoque cela, elle le cite, elle le dit plusieurs fois dans ses textes. Nous ne faisons que passer. La vie sur la terre n'est qu'une occasion et un moyen d'obtenir quelque chose.

Nous sommes un passant, et si nous ne profitons pas de notre passage pour réaliser ce que nous devons réaliser, alors notre passage sur terre a été un échec et n'a servi à rien. Voilà, je crois, ce qu'on peut dire ici de ce bref commentaire. Alors, Marie-Madeleine David, donc, je l'ai dit, part d'un constat. Elle part d'un constat, elle part de ce constat, c'est que l'homme du commun, l'homme ordinaire, l'homme qui n'a pas encore commencé à faire son évolution, soit parce qu'il n'a pas eu l'occasion, soit parce qu'il ne le souhaite pas, soit parce qu'il se contente de vivre une vie matérielle, elle part du constat du drame vécu par l'homme qui n'est pas encore engagé sur la voie.

Le drame vécu par ce passant qui n'a pas encore saisi le sens de son passage. Et elle dit ceci, alors, Incapable de voler, il lui faudrait alors vivre dans une cage et demeurer prisonnier. Tel oiseau, l'homme est fait pour la souveraine liberté. Il l'a confié par un au-delà de tout esclavage, celui de ses sens extérieurs, de son enracinement dans le terrestre.

C'est à ce prix qu'il dépasse les familles charnelles, les patries transitoires, tout ce qui appartient au passage et ne saurait faire éclore le mystère dans sa propre splendeur. Vous voyez déjà transitoire et passage. Comment provoquer l'animation de la dimension intérieure ? Comment découvrir le royaume du dedans qui coïncide avec la beauté de la fille du roi ?

Hier, la réponse eût été simple. Il suffisait de prendre une des voies traditionnelles et de se maintenir dans son sillage. Mais l'homme a évolué. Son exigence est devenue plus difficile.

Il s'éprouve dans la nécessité de communier à l'universel, de rencontrer ses frères et de partager un amour identique et une semblable connaissance. Incapable de supporter les divisions, les comparaisons, les divergences, il tend vers l'union, incluant les différences, sans être séparé par leur présence. Il n'existe aucune voie commune rassemblant tous les hommes de bonne volonté en dehors de l'intériorité.

Tel est le chemin le plus court, conduisant inexorablement vers son but. La seule voie valable, c'est la voie de l'intériorité, le retournement sur soi, comme nous verrons tout à l'heure plus en détail.

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