2 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1

Journaliste à Radio France puis producteur à France Culture, Gregorio Manzur a écrit pour le cinéma, le théâtre ou la radio et a publié quelques romans. Son métier de journaliste lui a permis d’effectuer de longs séjours en Asie au cours desquels il a rencontré plusieurs maîtres hindous et tibétains pais surtout suivi de manière intensive l’enseignement de deux maîtres de Tai Chi de Shanghai, Gu Meisheng et M. Chang, rencontre absolument déterminante pour l’auteur.

Le livre, sorte d’autobiographie spirituelle, témoigne du chemin, de l’expérience, de l’intimité spirituelle d’un homme qui s’est consacré à la quête. Le texte est organisé autour de la vie quotidienne, des rencontres, des moments de doute, des décompositions, des violences de nos sociétés, des expériences fulgurantes, des lentes maturations. Il rend compte précisément de ce qu’est une voie véritablement vécue, au contraire des nombreux écrits vaporeux qui encombrent les bibliothèques de textes spiritualistes. Il y a bien un enseignement au sein de ces pages, disséminé derrière la sueur, les larmes et les rires.
Ce livre mérite trois lectures, la première comme un roman, la deuxième pour en rassembler l’enseignement disséminé ici et là, la troisième aléatoire pour saisir la poésie de la vie de l’esprit.
Exemple :
« Le troisième jour, nous sommes allés rendre visite à des amis de Gu Meisheng, qui vivaient de l’autre côté de l’île. Ces artistes peintres nous ont reçus comme des membres de leur famille. Nous avons partagé avec eux le déjeuner, ce qui pour les Chinois revêt un caractère presque sacré. Puis le bateau est venu nous chercher et le « capitaine » nous a offert un tour complet de l’île. Revenus sous notre pergola, Gu Meisheng nous a montré la force du vide. Il a demandé à trois d’entre nous de lui tordre un bras et de le coincer fermement dans le dos. Nous nous sommes exécutés, et je me demandais comment diable il pensait nous échapper, car nous étions trois costauds. Il a fait un peu de comédie, feignant d’être impressionné par notre force. Puis il nous a demandé :
- Vous êtes prêts ?
- Oui ! avons-nous répondu, nous préparant au pire. Alors nous l’avons vu s’échapper d’entre nos mains, comme s’il s’était agi d’un coup de vent. Il nous a fait face en riant. Il faut dire que nous étions ahuris. Et il s’est exclamé :
-Le vide. Voilà. Il faut cultiver sa vacuité. Physique et mentale. Je viens de vous montrer que le vide énergétique est mille fois plus puissant que la force. Le vide des énergies, assaisonnées d’un brin de ruse, et voilà le travail ! Mais qu’est-ce qui se vide en moi ? Eh bien tout. Les os, le cerveau, les muscles, tout. Vous ne saisissez que de l’air frais. »