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L’ouvrage, excellent,permet à la fois de découvrir l’eurythmie et d’en saisir intellectuellement les principes, les fondements et les aboutissements. Seule une pratique assidue peut bien sûr permettre une compréhension réelle.
Jean Luc Berthoud résume ainsi ce qu’est l’eurythmie :

« Chez l’être humain, le Son prend naissance dans le souffle, s’éveille par la vibration et se modèle à travers le corps entier, plus particulièrement le larynx et l’appareil phonatoire. Toutes ces étapes impliquent indiscutablement le mouvement. Ce mouvement sonore primordial se différencie avec chaque son, avec chaque phonème, et peut alors prendre toutes les formes dynamiques imaginables que nous trouvons dans notre environnement.
L’eurythmie est, premièrement, l’étude de ces différents mouvements du souffle formant le son à travers l’appareil phonatoire en activité ; deuxièmement, la transposition artistique de ces mouvements qui seront dansés par le corps entier ; troisièmement, l’étude des effets thérapeutiques de chacun de ces « gestes formateurs de Son ».
Le point de départ est donc on ne peut plus traditionnel. L’importance du son, du verbe, jailli du silence et du vide, créateur des formes, des mondes et des temps est commune à la plupart des traditions, du soufisme au shivaïsme en passant par le bouddhisme, la kabbale ou le christianisme ésotérique. La philosophie, la psychologie, les sciences dures en ont fait également une question centrale.
Le traitement de cette question, proposé par l’eurythmie est à la fois original et pragmatique. Il mêle, l’art, la poésie et l’efficacité pédagogique et thérapeutique. L’eurythmie est à la fois méditation, expression créatrice, thérapie et science de l’apprendre, voie d’éveil à part entière sans doute pour qui s’y engage de manière inconditionnelle.
Jean Luc Berthoud replace d’abord l’eurythmie dans le cadre de la Tradition, de la Sagesse avant d’en étudier les fondements : immobilité, mouvement, couleurs des sentiments, des caractères, des mouvements, corps, âme et esprit du langage, etc.
Il précise alors ce qui fait l’originalité de l’eurythmie :
« Avec cette attitude de départ qui cherche à retrouver ces deux aspects, à savoir de la vie et des lois-formes en toute chose, l’eurythmie va essayer de révéler, avec le geste corporel, le mouvement créateur qui est à l’origine de la vie.
Bien des arts sacrés ont porté cela dans l’histoire. Et l’eurythmie qu’apporte-t-elle de neuf ? Elle prend comme point de départ d’une part le langage, la parole humaine en tant que reflet ou miroir du verbe créateur cosmique, et d’autre part le langage musical, la musique terrestre humaine comme reflet de la musique des sphères, logos universel, berceau de toute vie, se prolongeant dans la mer étherique universelle, imprégnant tout, y compris notre plan terrestre et nous-mêmes. L’eurythmie cherche alors, par notre écoute intérieure, à découvrir ces multiples mouvements du verbe et de la musique, vivant sur le plan étherique de l’audible, et à les rendre perceptibles sur le plan du visible en incarnant ces mouvements de l’esprit dans le plan physique par les mouvements du corps, par une danse. La redécouverte et la compréhension de ces mouvements invisibles demandent une observation phénoménologique rigoureuse de tous les éléments imbriqués dans la composition du langage et de la musique. »
C’est donc une science du son et du geste, du mantra et du mudra. Un mudra n’étant pas un élément d’un code symbolique qu’il suffirait d’apprendre pour mettre en œuvre des forces correspondantes. Un mudra est un geste qui jaillit spontanément du silence pour exprimer une créativité originelle. Respir, son et geste ne doivent pas être circonvenus à la dimension physique.
L’auteur consacre une part importante de l’ouvrage à l’eurythmie comme art, à l’eurythmie pédagogique et à l’eurythmie thérapeutique. Le principe pédagogique à l’œuvre réside dans une volonté de « toujours découvrir et utiliser les lois didactiques propres à la matière enseignée elle-même » inscrite dans un double mouvement vers soi-même et vers les autres. Le jeu, la présence à soi, la conscientisation tiennent une place majeure dans cette démarche. L’eurythmie thérapeutique, née dès 1921, a de multiples applications. Elle s’est largement développée en Suisse et en Allemagne dans de nombreuses institutions qui ont pu en mesurer toute la valeur.
Art scénique, thérapie ou pédagogie, l’eurythmie contribue à un art de vivre auquel nous aspirons tous, consciemment ou inconsciemment. L’eurythmie, qui n’a cessé de se développer depuis 1917, est aussi un art du futur.