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Broch considère le roman comme la forme la plus aboutie de la connaissance du monde. A l’opposé d’une subjectivation envahissante, le roman est un essai, voire même un traité redoutablement objectif.

Les somnambules se présente sous la forme d’une trilogie, dans laquelle Broch entreprend un gigantesque travaille de démystification. Il traque l’illusion, l’ignorance, le mensonge, la médiocrité. Il identifie trois degrés qui se succèdent dans la dégradation des valeurs de la modernité, incarnés en trois personnages, dans un déclin qui semble irrémédiable : le romantisme, l’anarchie, le réalisme.
Broch démontre que notre prétention à l’objectivité et à la raison ne fait que voiler notre totale irrationalité. A travers ses personnages, ce sont les aberrations humaines qu’il dissèque, guerres, révolutions, ruptures multiples, violences inutiles…
Tout comme ceux de Robert Musil, les écrits de Hermann Broch résonnent puissamment en nous aujourd’hui tant ils sont prophétiques.
« Cette époque a-t-elle encore une réalité ? Possède-t-elle une réalité axiologique où se conserve le sens d’une non-vie ? Où la réalité s’est-elle réfugiée ? Dans la science ? Dans la loi ? Dans le devoir ? Ou dans le doute d’une logique éternellement interrogeante, dont le point de plausibilité s’est dérobé dans l’infini ? Hegel a assigné une promesse à l’histoire « la route de l’auto-libération de la substance spirituelle », la route de l’auto-libération du spirituel – ce fut la route conduisant toutes les valeurs elles-mêmes à déchirer leur chair vive en lambeaux. »