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Le fait que des mouvements extrémistes se soient réclamés dans le passé, ou se réclament encore aujourd’hui, de la pensée de Julius Evola, ne doit pas nous empêcher d’étudier l’œuvre de ce penseur qui véhicule le sens profond de la Tradition.

-Il suffira de garder un esprit critique par exemple quand il se montre incapable de comprendre la grandeur des civilisations traditionnelles d’Afrique Noire et la valeur des peuples noirs.
Comme le note à juste titre Junio Valerio Borghese, « Dans un certain sens, l’Auteur se situe au-delà des disputes et des divergences politiques contingentes – c’est-à-dire fascisme et anti-fascisme, libéralisme et communisme, capitalisme et socialisme – parce qu’il nie que la discussion doive se situer sur le plan uniquement matérialiste qu’ont choisi nos adversaires. Et par adversaires, il faut entendre ceux pour qui l’intérêt est supérieur au devoir ; le double jeu, préférable à la loyauté ; la richesse, une composante de la civilisation ; pour qui la résignation, la bassesse et l’égoïsme s’appellent vertus, l’audace et le courage, vices ; pour qui l’arbitraire remplace l’ordre ; pour qui le nombre démocratiquement indifférencié pèse davantage que l’aristocratie des valeurs : tous ceux qui sont du côté de la quantité contre la qualité, de la matière contre l’esprit. »
Nous avons déjà dit l’erreur fondamentale, à nos yeux, que constitue l’application des principes de la verticalité dans le champ de l’horizontalité, tout particulièrement en Kali-Yuga. Julius Evola, et plus encore, ceux qui se sont réclamés de lui, souvent à tort, n’ont pas réussi à se dégager de cette tenace illusion. Ceci dit, sans soutenir toutes ses positions, replaçant les écrits d’Evola dans leur contexte historique italien mouvementé, nous avons là une pensée traditionnelle remarquable qui s’appuie sur deux axes : la solarité, qui se traduit dans la pensée politique d’Evola par le concept d’imperium qu’il confond en partie avec l’Etat, et l’aristocratie, qui nous renvoie à la voie magique du héros.
La dénonciation de l’économie par Evola demeure exemplaire, à la fois prophétique et étrangement actuelle. Evola utilise l’expression « démonie de l’économie », rejetant capitalisme moderne et marxisme comme des subversions :
« On n’entend parler que d’économie, de consommation, de travail, de rendement, de classes économiques, de salaires, de propriété privée ou socialisée, de « marché du travail » ou d’ »exploitation des travailleurs », de « revendication sociales », etc. Pour les uns comme pour les autres on dirait vraiment qu’il n’existe que cela au monde. Pour le marxisme le reste existe bien, mais à titre de « superstructure » et de dérivation. Dans le camp adverse, on éprouve quelque pudeur à s’exprimer d’une façon aussi brutale, mais, en fait, l’horizon est le même, le standard est toujours économique, l’intérêt central est toujours l’économie.
Tout cela témoigne d’une véritable pathologie de la civilisation. C’est une hypnose, une démonie que l’économique est en train d’exercer sur l’homme moderne. Et comme il arrive souvent dans l’hypnose, ce sur quoi l’esprit se focalise finit par devenir réel. L’homme d’aujourd’hui est en train de donner corps à ce qui, dans une civilisation normale et complète serait apparu comme une aberration ou une plaisanterie de mauvais goût, à savoir, précisément, que l’économie, et le problème social en fonction de l’économie, « sont un destin ».
Ces mots ont un écho très particulier aujourd’hui, face à l’outrancière mondialisation économique et financière et au déni absolu de la personne. Evola poursuit :
« Si l’on veut poser un principe, il ne s’agit donc pas d’opposer une formule économique à une autre, mais de changer fondamentalement d’attitude, et de repousser absolument les prémisses matérialistes qui sont à l’origine de l’ « absolutisation » de l’économique. »
Rejetant l’antisémitisme primaire et toute idée de complot judéo-maçonnique, Evola identifie un tout autre adversaire engagé depuis plusieurs siècles dans une guerre occulte totale basée sur quatre tactiques, substitution, subversion, contrefaçon, inversion. Mettant en garde contre le fantasme ou la superstition, rejoignant René Guénon par certains aspects, Evola dénonce la guerre souterraine, qui atteint les inconscients collectifs et particuliers, menée contre l’Esprit de Tradition et en appelle à une nouvelle aristocratie.
On voit tout l’intérêt de la démarche. On en voit aussi tout le danger. Les temps sont peu propices à l’Esprit et Evola presque impossible à lire tant l’individu d’aujourd’hui est conditionné, sans accès à sa propre réalité. Pensons à Fernando Pessoa qui parle, à propos de nos contemporains, de « cadavres ajournés ». Qu’est-ce qu’un cadavre ferait de la voie héroïque ?
Evola, le penseur politique, doit être lu, avec distance, sans passion. Cet essai de philosophie politique, s’il n’abandonne pas complètement la polémique, est d’une grande richesse quant aux principes qu’il expose. Surtout, il est criant d’actualité.