Sur la route spirituelle, en compagnie de Gilles Farcet
Très jeune, Gilles Farcet a entamé une recherche spirituelle intense avec l’intention de suivre une voie ancrée dans la vie quotidienne. Outre qu’elle l’a amené à devenir l’un des proches élèves puis collaborateur d’Arnaud Desjardins, elle l’a aussi conduit à nouer des liens étroits avec divers instructeurs (Yvan Amar, Lee Lozowick, Amma...) et nombre de complicités marquantes avec, entre autres, Alejandro Jodorowsky ou Allen Ginsberg.
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Dans cet entretien, il revient sur son propre parcours : riche itinéraire, du monde du journalisme et de l’édition à celui de la transmission spirituelle, de Paris à l’Inde en passant par l’Amérique du Nord.


À la fois récit et essai, ce livre alterne la narration d’une singulière aventure humaine fourmillant de souvenirs et d’anecdotes, et une réflexion approfondie sur la voie spirituelle, ses fondements, ses étapes, ses pièges ou illusions. Le tout donne un témoignage fort sur une quête spirituelle ancrée dans notre temps, originale et sans frontières.
Extrait de la vidéo
– Gilles Farset, bonjour, vous êtes écrivain et vous êtes également enseignant dans la lignée d'Arnaud Desjardins, vous êtes l'auteur d'une quinzaine d'ouvrages, vous avez été producteur à France Culture et vous avez également créé des groupes parisiens dans la lignée d'Arnaud Desjardins et vous venez d'écrire un livre passionnant qui s'appelle « Sur la route spirituelle » aux éditions du Relier où vous revenez sur le parcours qui est le vôtre, qui a été le vôtre, qui est toujours le vôtre et également les rencontres, on va dire, avec des hommes remarquables pour reprendre cette expression de Gurdjieff et d'un film remarquable également, donc avec des êtres remarquables, des maîtres spirituels dont vous racontez à la fois le parcours à travers votre propre parcours et les grands traits de l'enseignement.
Vous parlez aussi également de la Beat Generation, est-ce que « Sur la route spirituelle » c'est aussi un clin d'œil à cette génération ? Bien sûr, c'est un clin d'œil à Kerouac, son fameux livre « On the road » sur la route et puis comme je le mentionne brièvement dans le livre, parce que j'ai écrit tout un livre sur le sujet donc je n'ai pas voulu m'étendre dans celui-là, j'ai eu la chance de côtoyer Allen Ginsberg qui est un des héros de « Sur la route », un homme qui m'a beaucoup marqué aussi et donc bien sûr c'est un clin d'œil à cette génération et à cette conception aussi du voyage à la fois la route géographique et puis en même temps la route intérieure, les deux se mélangeant, donc ce livre c'est un petit peu, non pas un road movie mais un road book.
Plusieurs épigraphes sont tirés de Bob Dylan et vous par exemple qui disait « J'essaie d'entrer au paradis avant qu'il ne ferme la porte » ou « Celui qui n'est pas occupé à naître est occupé à mourir ». Est-ce que Bob Dylan est aussi un maître pour vous ? D'une certaine manière oui, pas un maître spirituel au sens précis du terme mais une figure d'inspiration qui m'accompagne depuis l'adolescence et je crois que c'est quelqu'un de tout à fait unique.
Pour moi c'est une sorte de prophète au sens fort des temps modernes et j'ai choisi donc, à part au tout début du livre, de ne mettre que des épigraphes de Bob Dylan. C'est un petit peu un jeu auquel je me suis amusé parce que je me suis aperçu qu'il y avait une richesse de Bob Dylan et je me suis aperçu qu'il y avait une richesse de Bob Dylan C'est un petit peu un jeu auquel je me suis amusé parce que je me suis aperçu qu'il y avait une richesse de citations, de propos d'une profondeur incroyable et je trouve que ça ressort bien dans le livre.
Ça me permet de faire la transition avec ces maîtres spirituels que vous avez rencontrés et dont vous décrivez à la fois la vie, ce qu'on pourrait considérer comme des traits caractéristiques ou des travers. Il existe ce que vous qualifiez des stages qui ont pour vous réaliser une vérité ultime qui transcende toutes les vérités relatives sans nécessairement les abolir. Est-ce que c'est un point commun à tous ces sages, à tous ces maîtres ?
Est-ce qu'il les distingue des autres êtres humains ? Oui, si on parle de sagesse authentique au sens où l'entendait mon propre maître Arnaud Desjardins qui a écrit « Les chemins de la sagesse » a beaucoup utilisé cette expression. C'est sûr, le point commun d'un être humain qu'on va qualifier de sage, je préfère de beaucoup, soit dit en passant, cette expression à celle aujourd'hui très à la mode, mode que j'ai contribué malheureusement à lancer il y a plus de 20 ans, je préfère beaucoup cette expression à celle d'Eveillé qui à mon sens est galvaudé et ne veut plus rien dire comme je m'en explique d'ailleurs dans le livre.
Donc oui, le point commun de ces êtres c'est effectivement d'avoir trouvé au plus profond d'eux-mêmes une dimension qui est celle dont parlent toutes les traditions spirituelles du monde sous différents noms, sous différentes formes et c'est effectivement une dimension qui transcende le temps et l'espace. C'est la dimension spirituelle qui par essence n'est pas limitée par le temps, par l'espace, par les conditionnements.
Est-ce que vous pensez qu'il existe in fine des vrais différents ? Je vous parlais de plusieurs traditions, entre un sage soufi, un chrétien ou un éveillé, je reprends le terme d'éveillé, ou sage indien ou bouddhiste. Vous parlez de densité de qualité, de liberté et de compassion. Est-ce que c'est quelque chose qu'on retrouve chez tous ces sages ?
Oui, il y a bien sûr beaucoup de différences, déjà des différences culturelles, des différences de formes, des différences d'approche, des différences même de conception de la voie imprégnées par une tradition. La tradition musulmane, puisque vous mentionnez les soufis, est très éloignée d'un certain point de vue de la tradition taoïste qui est très éloignée de la tradition hindoue, etc. Après, j'avais dit une fois à Arnaud Desjardins, j'avais un peu posé cette question à Arnaud Desjardins, il m'avait dit, quand j'étais en présence d'un sage soufi ou d'un sage hindou ou d'un sage bouddhiste, tibétain ou zen, japonais, je ne me suis pas demandé s'il s'agissait d'un amour soufi, d'un amour bouddhiste, d'un amour hindou, d'un amour tibétain ou japonais.
À mon sens, c'est une bonne réponse. Moi, j'insisterais beaucoup sur cette qualité de compassion. On insiste beaucoup aujourd'hui sur l'éveil, le fait d'atteindre je ne sais quel signe intérieur qui fait fantasmer tout le monde. Pour moi, la vie spirituelle doit toujours s'incarner et elle s'incarne essentiellement à travers des qualités toutes simples de bonté, de générosité, de compassion, de non-égocentrisme, d'attention à l'autre et à l'ensemble.
Et d'altruisme. Voilà. Mais est-ce qu'on peut pour autant, parce que c'est un peu la tendance de l'époque, faire de l'amalgame entre l'amour chrétien et la compassion, on va dire, bouddhiste ou indienne ? On voit un peu aujourd'hui qu'on mélange un peu toutes ces notions qui ne sont pas exactement les mêmes.
Oui, il y a une tendance aujourd'hui, dans la confusion actuelle, à prendre une approche un peu facile qui consiste à dire que tout est dans tout et réciproquement, tout est du pareil au même. Et bien sûr, ce n'est pas vrai. Ce n'est pas vrai en surface, c'est vrai en profondeur. C'est-à-dire que c'est important d'être rigoureux sur les différences des traditions.
C'est vrai, par exemple, dans le christianisme, le rapport à la personne du Christ est très important. Et donc un chrétien ne va pas du tout avoir la même conception de l'amour qu'un bouddhiste tibétain, par exemple, alors que la notion de personne, d'individualité est posée tout à fait différemment. Donc là, il y a de vraies différences qu'il ne faut pas éradiquer, gommer par facilité. Après, au final, moi j'en reviens à la réponse d'Arnaud, vous vous trouvez devant un authentique chrétien, ce qui soit dit en passant ne court pas les rues, ou un authentique bouddhiste, ce qui peut-être ne court pas davantage les rues aujourd'hui non plus, vous ressentez effectivement une qualité au-delà des mots, au-delà des apparences, au-delà des formes, qui est, à mon sens, commune.
Et cette qualité, c'est à la fois une qualité de présence, vous sentez effectivement une certaine densité de présence, et cette présence se manifeste aussi par quelque chose de très ouvert, de très simple aussi, et de très compatissant, quel que soit après la conception de la compassion que chacun va exprimer. Et s'il y avait un point commun entre eux, est-ce que ce serait justement la transmission d'un enseignement et d'une pratique ?
D'un certain point de vue, oui,